16 avril 2016

Les voiles latines (Clémence)


En ce jeudi d'avril, le ciel était d'un bleu splendide et la mer quelque peu agitée. Les plages et les rues bandolaises  étaient désertes.  
Nous allâmes directement au restaurant, dans une rue parallèle au Quai.

Il s'assit en face de moi. Il leva son verre de vin. Rouge. Il  regarda droit dans mes yeux. Bleus. Il me dit :
- Je viens de recevoir le bulletin d'inscription pour les Régates.

Je le regardai droit dans ses yeux. Bruns. Je ne répondis pas, mais je me saisis de mon arme de choc : mon sourire.
Je l'avoue sans pudeur, j'aime la Méditerranée. Bleue. Elle est notre mer à tous. Mais je  reconnais humblement que je suis une  terrienne invétérée. Pour cette raison, des nœuds d'appréhension envahirent immédiatement mon ventre. L'an dernier, j'avais  vécu deux expériences mémorables: une panne de moteur sur une mer déchaînée et une chute non moins spectaculaire dans l'eau du port due à deux pare-battages récalcitrants.

Des amis entrèrent et nous rejoignirent à table. Les conversations convergèrent vers les bateaux et leur carénage. Je me régalais des mots qui chantaient comme dans un livre d'images : voile latine, plat bord, bordage, capian, calfatage, membrure, jambette, safran….
L'ambiance était chaleureuse et je me risquai à les faire virer de bord avec une question impertinente :
- Quels sont vos plus fameux souvenirs ?

Gérard commença à narrer un voyage vers la Corse et la tempête qui se leva en pleine nuit. J'étais toute ouïe. Je frémissais et grelottais de froid avec son équipage. Je vivais avec eux ces heures  interminables. Je soupirai d'aise lorsqu'il décrivit  la mer d'huile au petit matin.
Il enchaîna avec sa chute dans le port en pleine nuit de février. Chute qui aurait pu lui être fatale. Mais, finalement, il ne s'en est pas tiré trop mal puisqu'il est aujourd'hui avec nous, à table.

Jean-François raconta à son tour son périple et ses avaries près des Iles Baléares. Tempête et tourmente. Bateau retourné. Moteur en panne. Il raconta son arrivée dans un petit port espagnol, l'aide qu'il avait sollicitée auprès d'un pêcheur et l'ingratitude de celui-ci. Il termina son récit par le départ presque rocambolesque, le lendemain au petit matin.

J'en conclus que la Méditerranée n'était pas une mer à prendre à la légère. Presque fermée et sans marées spectaculaires, elle peut se déchaîner avec une vitesse et une violence fulgurantes.

Le repas touchait à sa fin. Nous nous séparâmes avec la promesse de nous revoir bientôt.
Nous partîmes vers le quai. Avec malice, j'imaginais la Méditerranée se venger de notre médisance en me privant d'une sortie  en pointu jusqu'à l'Ile de Bendor.

Il repoussa  une mèche de cheveux collée sur mes yeux et me demanda :
- Qu'est-ce que je réponds pour les Régates ?
-  Euh….la Baie est-elle … très …. profonde ?


Avec toute ma sympathie pour Gérard, Jean-François, Sophie, Jean et tous les amoureux de la mer et des Pointus.

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09 avril 2016

Photo prise par Clémence le 12 avril dans les Alpilles

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Un petit tour et puis s'en vont (Clémence)


A chaque fois, c'est pareil.
Un léger picotement dans les doigts, un frisson délicieux dans le dos.
Le déchiffrage et le décodage laborieux.
Le vide, le néant, l'engloutissement
La stupéfaction
Tout cela pour une image et un mot. Pas nécessairement en adéquation.
L'exclamation interrogative : où ont-ils été trouver cela ?
L'interrogation exclamative : qu'est-ce que je vais pouvoir raconter.
L'interrogation négative : ne vais-je pas être à la hauteur ?
Tout cela… pour une image et un mot qui appellent à un récit digne d'intérêt !

Je relève mes manches et envisage une première technique.
Sur des petits carrées de papier rose, j'écris tous les pseudos.
Sur des petits carrés de papier bleu, j'écris ce que ma mémoire me sert sur un plateau.
Je fais tourner les ailes du moulin. Je lance les papiers dans le vent. Je récupère. J'apparie : un bleu+un rose.
Le meunier qui dormait sur son sac de farine ouvre un œil et me nargue :
- Ne vas-tu pas récolter un vent de tempête ? Les pseudos risquent de ne pas être satisfaits de ce que tu leur colles d'office…
- Certes, certes...Je vais donc mouliner une autre stratégie : le pari.

Et me voilà, papier et stylo en main. Deux colonnes. Les pseudos dans une leur idée dans l'autre.
Walrus : une fiche technique désopilante sur les moulins à vent du monde. Vegas : les aventures extra-conjugales de Germaine  et son meunier. MAP : un diaporama envolé. Pascal et les moulins de son enfance. Joye et son image unique, qui dit tout, d'un seul coup d'aile. EnlumériA et un conte à mille tours.  JAK et une théorie sur la révolution des rotations. Bongopinot et un joli moulin blanc aux ailes enrubannées de poésie. Joe le facétieux et sa virée au Moulin Rouge. Alain André...ha, aux kyrielles lancinantes, j'ajoute : « Tourne, tourne, petit moulin » et « Meunier tu dors... » et il fera des jolis rêves de plume…
Emma nous offrira peut-être  un autre diaporama. Cavalier : la lance de Don Quichotte d'une main.... Fairywen fera tourner les moulins de son coeur  et Lorraine pestera contre les éoliennes, leur préférant le moulin de Daudet. Laura et son goût des couleurs vives nous inventera un moulin aux mille couleurs ...Venise nous offrira,  après une délicieuse charlotte aux fraises, une moulinade  surprise et Marco ? Un poème proverbial aux saveurs de sirop d'érable...

Assez de rêveries! Assez de détours et de contours !
Malheur !Je ne suis encore nulle part !
Oh rage, oh désespoir, toutes les pistes sont prises.
Mes mots s'envolent, brassés par les ailes du moulin.
Ont-ils seulement une couleur ? Une odeur ? Une saveur ?

Voilà que tout à coup, un petit crissement se met à chanter délicieusement.
J'ai cinq ans. Je suis assise sur la petite chaise blanche au dossier tout raide, un petit moulin de bois calé entre mes genoux. J'ai rempli le réservoir de trois poignées de grains luisants. Le tiroir est bien fermé.
Je me concentre, je m'applique.
Petit poing serré, je tourne la manivelle…
Ce n'est pas du vent, juste un arôme suave qui s'élève doucement …

 

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02 avril 2016

A l'ombre (Clémence)


Je pourrais étaler, comme de la confiture, ma culture à propos du chapeau. Mais de la confiture sur un chapeau melon, sur un sombrero ou un adorable bibi, cela ferait mauvais genre...

Alors, je contourne, je louvoie, je dévoie….

Je ne parlerai pas de chapeau. Non !  
Je tirerai mon chapeau à ces artisans de l'Equateur qui, avec une patience légendaire, travaillent la palme de Carludovica palmata.
Je prendrai dans mes mains, leurs mains aux doigts torturés qui tressent de magnifiques Panama.
Je m'insurgerai de la modicité de leur salaire, quelques dollars pour des heures ou des journées de travail.

Je tirerai également mon chapeau à tous ces héros qui œuvrent dans l'ombre, pour notre plaisir, pour notre sécurité, pour notre bien-être, pour l'avenir que je voudrais sans nuages.
Je tirerai encore mon chapeau à tous ces héros qui ne défraient pas les chroniques, qui n'affolent pas la Toile ni les réseaux sociaux.

Chapeau, oui, chapeau à vous ...

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26 mars 2016

Une longue, très longue histoire (Clémence)


Elle avait claqué la porte. Une fois de plus. Après quelques semaines, elle retrouva la sérénité et l'envie de vivre. Intensément. Elle s'acheta un carnet de voyage et nota en première page, tous les lieux où elle se rendrait en villégiature. L'Italie, le Portugal, la Grèce, l’Éthiopie, New York, Milan pour la Scala et Venise pour la Fenice.

Dix mois plus tard, elle partait en vacances pour une destination qu'elle n'avait pas notée.
Le Languedoc.  Elle avait fait deux réservations. Une chambre dans un hôtel de l'agglomération montpelliéraine. Une autre dans un hôtel au cœur de la cité grande cité occitane.

La première semaine, elle visita les villages et sites conseillés dans le guide touristique. Elle fut émerveillée de tant de beautés, dont les couchers de soleil sur la Camargue.

La deuxième semaine fut consacrée à Montpellier.
Elle commença par l’Écusson. Guide en main, elle découvrit la Place de la Comédie sous un soleil de plomb. Elle la quitta rapidement et s'engagea dans les ruelles avoisinantes, décidée à suivre l'itinéraire des  coquilles saint jacques de cuivre, encastrées entre les pavés polis. La foule était dense. Elle s'écarta un instant de sa route. Elle  tomba en arrêt devant une porte cochère, calée sous un arc roman. Elle eut l'impression d'être épiée. Mais elle avait beau regarder autour d'elle, elle ne remarqua aucun présence.
Elle reprit son itinéraire initial : lo camin Romieu. Au fil des heures, la sensation étrange ne faiblissait pas, que du contraire.

Vers treize heures, elle s'arrêta à une terrasse pour déguster une salade. Lorsqu'elle ouvrit son sac, elle découvrit une feuille pliée en quatre :
- Je vous ai vue.
Elle regarda autour d'elle, haussa les épaules, déchira la missive et déposa les morceaux sous le set de table.
Elle continua sa promenade. Parfois, elle  changeait brusquement de direction. Elle jetait alors un coup d’œil rapide vers les fenêtres ou les vitrines. Elle ne détecta rien de particulier mais abrégea sa première sortie. Dans sa chambre, elle déposa son sac, enleva ses chaussures et s'allongea sur le lit.
Elle frissonna, se leva, fouilla dans son sac et retrouva la missive dont les morceaux avaient été soigneusement recollés avec du ruban adhésif invisible. Ses mains tremblaient. Elle ne savait que faire. Ignorer ? Prendre en considération ? Informer… Qui ? Et, la croirait-on pour un événement si ténu ?
En soirée, elle se fit conseiller un restaurant à proximité de l'hôtel. Elle picora dans son plat, mais apprécia son dessert.

Elle regarda distraitement la télé puis zappa jusqu'à ce qu'elle tombât sur les informations locales. Aucun événement insolite n'était signalé. Elle prit quelques granules homéopathiques. Elle vérifia la fermeture des fenêtres et s'endormit, bercée par le ronronnement du climatiseur.  

A son réveil, elle inspecta la chambre et son sac. Rien d'anormal. Elle prit son petit déjeuner. Elle découvrit une feuille pliée en quatre sous sa tasse.
- J'espère vous revoir.
Rageusement, elle déchira la missive, déposa les confetti dans un ravier et versa une rasade de café par dessus.

Pour cette journée, elle avait décidé de partit à la découverte des trompe- l’œil. De rues en ruelles et d'impasses en placettes, elle marchait le nez en l'air ! Il n'en restait plus qu'une à trouver - selon la liste de l'Office du Tourisme. Mais elle avait les pieds en feu et la gorge comme du buvard.
Elle rechercha une terrasse ombragée, s'affala sur la chaise et ferma les yeux.
Une main frôla son épaule :
- Madame, vous sentez-vous bien ? Désirez-vous un verre d'eau ?
Elle rassura la serveuse, et lui demanda un jus de fruit. A son retour, elle engagea la conversation  tout en s'étonnant de sa hardiesse. Elle lui fit part de son dépit à ne pas avoir trouvé le dernier trompe-l’œil.
- Avez-vous vu celui-ci, dit la serveuse en pointant le doigt vers le mur d'en face.
Il était là. Illusion parfaite. Elle ouvrit son sac pour régler la note et vit une enveloppe beige.
- Vous ne me tromperez pas !
L'inquiétude succéda à l'agacement. Elle demanda à la serveuse si elle avait vu une personne rôder près de sa table. La réponse fut négative.

Elle n'allait tout de même pas écourter ses journées ou ses vacances pour un « cinglé », ni se rendre dans un commissariat pour déposer une plainte. Elle entendait déjà une voix rigolarde lui dire :
«  Comment ? Quelques mots anodins, une plaisanterie d'un touriste taquin... »
Elle termina sa journée dans un salle de cinéma, peu lui importait le film. Elle avait la tête ailleurs.

Sa nuit fut mauvaise malgré toutes les précautions. Les questions et les hypothèses dansaient une folle sarabande.

Le lendemain, elle étudia soigneusement son parcours. Elle repasserait devant la porte cochère à l'arc roman, histoire de conjurer le mauvais sort. Grand mal lui en prit. A peine arrivée devant cette maudite porte, elle se tordit la cheville. Elle partit en claudiquant à la recherche d'une pharmacie. Elle montra sa cheville tuméfiée. Le pharmacien la pria de s'asseoir et lui fit un bandage. Il lui recommanda de ne pas forcer. Elle obéirait, tant pis pour cette journée perdue. Elle ouvrit son sac d'une main tremblante. Elle s'empara de son porte-feuille et blêmit quand elle vit le feuillet glissé à l'intérieur.
- Vous ne m'échapperez pas.
Elle perdit connaissance. Elle se réveilla, non pas dans sa chambre d'hôtel, mais dans une chambre d'hôpital. Elle passa les examens réglementaires.
- Rassurants. Un peu de fatigue et la chaleur, déclara le médecin.
Elle hésita un instant.
- Oui ?
- Non, rien…

De retour à l'hôtel, elle s'excusa et expliqua les raisons de son absence. Elle parla des lettres.
- Quelqu'un semble vous en vouloir, ce n'est pas seulement une plaisanterie…
Elle ne voulait pas se laisser abattre. Elle reprit ses balades. Le Jardin des Plantes, les plus beaux vestiges médiévaux  dont la plus ancienne maison à colombages mais aussi, la coquille de l'Hôtel de Sarret, la Tour des Pins, la Tour de la Babotte, l'Hôtel de Cambacérès. Elle avait l'audace de pousser des portes et de s'aventurer dans les cours intérieures. Elle respirait.

Dans son sac, son téléphone portable bipa. Un texto.
- Ce n'est qu'un début.
De la poche intérieure, un carton dépassait :
- Je vous suivrai partout.

Prise de panique, elle se mit à courir. Les gens se retournaient sur son passage. Elle arriva essoufflée à l'hôtel. Elle appela au secours, demanda sa note, expliqua dans un discours décousu le harcèlement dont elle était victime. Elle jeta les lettres en vrac et chercha le texto. Elle demanda qu'on l'accompagnât au commissariat le plus proche.
Dans le taxi, son portable se mit à couiner sur un rythme endiablé. La violence des messages s'accentuait.

Une enquête fut ouverte. Elle serait informée.

Elle quitta le Languedoc pour son pays. Sa vie devint un cauchemar. Missives sans empreintes. Téléphone non traçable. Le harcèlement continuait sans relâche. Aucune piste. Aucun résultat. Peine perdue. Peur au ventre. Pour combien de temps ?

La nouvelle tomba un soir d'hiver.
On avait retrouvé le corps de son ex-mari au bord de la rivière.
Suicide ou meurtre ? On ne le savait pas encore avec certitude, mais des éléments troublants...
Chez lui, on trouva un carnet au contenu édifiant. L'organisation de sa surveillance dès son départ du domicile conjugal, les compte-rendus journaliers, des photos, la liste des sorties et des rencontres, Montpellier, les coordonnées des  complices….


Elle soupira. Une porte se fermait enfin. Elle se sentit libre.  La vie reprenait son cours.
Elle ouvrit son carnet de voyage et, les yeux fermés, pointa une destination…

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19 mars 2016

Ma fortune pour un pot (Clémence)


Souchon susurrait:  « J'ai dix ans »
Bécaud clamait : « La solitude, ça n'existe pas »
Brel  quittait la scène et voguait vers les Marquises
Sardou se souvenait d'une fille aux yeux clairs.
J'écoutais les chansons à la radio.
J'enregistrais mes préférées sur un magnétophone à cassettes.
Lorsque j'entendis pour la première fois, « La chanteuse a vingt ans », j'avais 25 ans.
« Pathétique » fut le mot que j'écrivis sur le petit carton répertoire glissé dans le boîtier.

Le soir, dans le miroir, je scrutai mon visage sans complaisance.
Rien.
Mes joues avaient encore ce petit quelque chose du rebondi de l'enfance.
Mes paupières ne se plissaient d'aucune patte d'oie.
Mon sourire  n'était pas encore souligné des rides traîtresses du sourire.

Alors, pourquoi cette chanson avait une telle résonance en moi?
Parce que je savais. Je savais qu'un jour viendrait où je prendrais aussi mon visage à deux mains. Que j'alignerais les petits pots au élixirs miraculeux.
Mais j'étais loin de me douter que leur alignement serait stupéfiant si j'obéissais aux diktats de la sublime beauté. Vous ne me croyez pas ? Allons donc, juste un petit aperçu pour vous convaincre.

Extrait de la revue « Jouvence de la Belle Souris »
«  Vous rêvez de la jeunesse éternelle ! Ce n'est plus un rêve. Suivez l’algorithme pas à pas…

Dès le réveil matinal :
- Plongez vos doigts avec générosité dans le pot A et frictionnez-vous sous une douche tiède.
- Après un séchage tout en douceur, ponctionnez quelques noix de lait (assorti à votre parfum) dans le pot B et enduisez généreusement votre corps pour le réhydrater.
- Une lichette puisée dans le pot C fera le bonheur de vos pieds que vous masserez en tenant compte des principes de la réflexologie plantaire.
- Soyez généreuse en puisant dans le pot D, il contient toutes les molécules pour venir à bout de la cellulite où qu'elle se cache  ou se niche: poignées d'amour, culotte de cheval...

Étape soins du visage :
- Pot E (et non potée) : l'équivalent d'une noix de démaquillant pour enlever toutes les desquamations et secrétions de la nuit, massez en mouvements amples et circulaires.
- Pot F, contient une lotion aux fleurs, tonifiant et vivifiant.
- Pot G : à l'aide de la pipette, quelques gouttes de sérum lissant.
- Pot H : à l'aide de la spatule, prélevez un peu de baume lissant et colmatant…

Étape pré-maquillage : selon votre humeur, optez pour la palette (oui, la palette!) aux teintes  froides, chaudes, pastels, nacrées, irisées, mates….
- Pot I (pas encore potiche) : plongez vos deux index dans le pot et caressez votre visage du centre vers l'extérieur…

Étape maquillage : vous travaillerez de préférence aux pinceaux.
- Pot J : les sourcils : ils sont la base de l'architecture de votre visage, soignez leur tracé.
- Pots K , L, M, N, O: les paupières : de la teinte la plus claire à la plus foncé. Consultez la fiche conseil et démo à l'intérieur du couvercle.
- Pot P : glissez délicatement votre index sur la surface et taoptez sur vos lèvres, du centre vers les commissures.
- Pot Q : (non, ce n'est pas encore le moment de passer aux toilettes) : passez délicatement le gras de vos majeurs sur la poudre corail et chouchoutez vos pommettes.
- Pot R : rien de tel que l'eye-liner compact. Soulignez sans déborder…
- Pot S : compact aussi le rimmel, vous obtiendrez un smoky eyes sublime  et profond.

Étape capillaire. La chevelure  couronnera tous vos efforts par sa brillance absolue.
- Pot T (presque l'heure du tea time) : puisez une noix de baume et massez votre chevelure sans traumatiser le cuir chevelu.
Procédez au séchage à température tiède.
- Pot U : plongez le bout de vos doigts et froissez quelques mèches autour de votre visage por apporter de la lumière.
- Pot V : prudence en l'ouvrant : le produit est très volatile…
- Pot W : nettement plus efficace que le concentré. Puisez avec parcimonie dans votre parfum crème et appliquez-le aux endroits « chauds » de votre corps.
- Pot X : soyez généreuse avec cette crème pour les mains, anti-tache de vieillesse.
- Pot Y : plongez votre nez, humez… enivrez vos sens, avant la dernière étape (de ce tour de force).

Étape finale

Ouvrez avec moult précautions le Pot Z, appelé pompeusement pot aux roses. Déposez-y votre billet quotidien. Un bleu de préférence, pour garantir votre réassortiment prochain. »

Bon, après tout cela, ce sera à la fortune du pot : un jambon beurre, un café-crème et basta…
Il sera bientôt l'heure du rituel du soir.
Je donnerais bien ma fortune pour un pot unique !

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12 mars 2016

Ça, c'est pas chic ! (Clémence)


Vous parler de mes collections kitsch, ça, jamais ! Plutôt mourir.
Mais….
Mais c'était sans compter sur ma mère qui, houssoir en main,  râlait sur mes poupées russes déboîtées et cheminant en nautile. Vu que j'étais toc-ée, je piquais des crises pas possibles si l'une d'entre elles sortait de sa trajectoire !
C'était sans compter sur mon père qui chipait régulièrement une aile de papillons dans ma collection de moulinets à vent pour en faire des mouches pour la pêche à la truite.
C'était aussi sans compter sur ma frangine qui ponctionnait dans ma collection de cartes de poupées de Peynet pour écrire à son amoureux.
Et sans compter sur mon grand frère qui se servait sans vergogne dans ma collection de stylo pour épater ses copains. Les stylos, vous savez, ceux dont le capuchon contient du liquide où se dénude une pin-up...
Il y avait aussi ma petite sœur qui s'était approprié de mon cochon tirelire en tutu rose et l'avais promu doudou à perpétuité. Ca faisait un drôle de vide dans la série !
Mon petit frère, ha, j'allais l'oublier celui-là ! Il planquait des hannetons dans mes boîtes à pilules...

Ils ont éventé mes secrets et vous, en lisant, vous êtes complices. Mais, tout bien réfléchi, plutôt que de mourir, je vais me venger !
- Comment ça ? Vous croyez que je n'en suis pas capable ? Vous avez raison, je ne suis ni rancunière ni vindicative. Mes tocs me suffisent comme défaut. Je vous fais la part belle, je vous offre un cadeau. Je vous en prie, entrez dans ma kitchenette et observez mon savoir faire…

Sur une plaque bien ronde, je colorie un tiers de vert, un tiers de jaune et un tiers de bleu.
Sur les tiers adéquats, je colle :
- une gondole de Venise,
- un billet vert ramené de Vegas,
- un walibi qui m'a été offert par un ami russe,
- un ferry-boat miniature en souvenir  de Wenduine,
- une feuille d'érable plantée sur son pétiole, ça fait l'arbre,
- une plume pour faire l'oiseau,
- un roi ou une dame,
- quelques notes de l'hymne à la joie,
- un billet doux plié à l'infini,
- beaucoup de paillettes pour imiter l'aura,
Voilà, je crois que je n'ai rien oublié.

Je prends un gros bocal rond comme la terre, j'y verse un tiers de glycérine, un peu moins de deux tiers d'eau, et une grosse pincée de paillettes. Je visse la plaque-couvercle soigneusement.
Et j'agite.
Tu gîtes.
Ils cogitent….
Et moi, je me marre, je vous ai tous mis en bocal !

J'oubliais une chose importante. Jak avait prédit que mon pari kitsch ferait un flop !
Moi, pas convaincue du tout, j'ai pris ma machine à pain, prêtée par Emma, ma voisine, et j'ai confectionné une  brioche à la fleur d'oranger. Je vous en servirai une tranche avec une tasse de thé.

Sans rancune, les amis ? Mais fallait pas me tenter comme ça…..

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05 mars 2016

Oscillations (Clémence)


Bruxelles. Un  jour d'été.

Elle quitta la noirceur des quais de la Gare Centrale pour se laisser éblouir par un soleil posé dans un ciel  infiniment bleu. Elle hésita sur la direction à prendre.
Son cœur balançait éternellement entre la Grand Place et le Sablon. Le Jardin du Mont des Arts lui tendit ses allées et l'invita à la flânerie.
Quelques notes de musique s'envolèrent gracieusement et lui rappelèrent un souvenir empreint de tristesse et d'abandon : le Musé des Instruments de Musique, endormi au coin de la rue de la Régence et du Petit Sablon,  à proximité du  Conservatoire royal de musique.
Depuis peu, il revivait  dans un écrin de verre et d'acier, de style Art Nouveau: le « Old England »
« Vous allez voir ce que vous allez entendre » scandait le slogan du Musée appelé MIM.
Elle ne fut pas déçue. Les plus grandes émotions furent au rendez-vous.

La tête dans les nuages, elle se dirigea vers le Sablon puis le Quartier des Marolles.
Son regard s'attarda à la vitrine d'un magasin de brocante. La porte était ouverte sur un intérieur sombre. Elle entra et fut immédiatement accueillie par un « bonjour » tonitruant et une invitation à la découverte.
Ses yeux se posèrent sur un métronome, abandonné sur la tablette griffée d'un guéridon. Elle tendit la main. Le brocanteur s'avança vers elle.
- Il est en bon état...
- Je viens de visiter le MIM…
- Et ça vous a plu ? demanda-t-il en s'affalant dans un club au cuir craquelé.
- Oui, surtout  les claviers … ils m'ont fait chavirer
- Ah…un naufrage.
- C'est émouvant de voir des pianos sur lesquels…
- J'en ai un dans la salle du fond…

Elle continua doucement.
- sur lequel Schubert a fait danser ses mains, j'en ai encore des frissons...
- La saint-Hubert ?
- Non, Franz Schubert et ses Impromptus…
- Il était copain avec Chopin, non ?
- Copain, je ne sais pas, mais Chopin et Georges, ce fut une belle histoire d'amour…
- Georges et son éternelle pipe…
Elle se retint de rire et continua d'une voix posée :
- J'ai visité la chartreuse où vécurent Frédéric Chopin et Georges Sand, à Valldemossa…
- Volladolid, c'est une belle ville…
- Valldemossa, à Majorque…

Il plongea ses doigts dans sa tignasse grise et  confia :
- Le métronome, il ne tourne plus rond là-dedans, il y a comme un truc qui coince…
Son sourire était un peu triste, mais ses yeux bleu clair pétillaient de malice. Se jouait-il d'elle ?
- Vous aimez la musique, ça se voit...Vous avez un peu de temps ?
- Oui, pourquoi ?
- Ça me fait du bien de parler avec vous…
- J'en suis ravie…
- Racontez encore...

Elle lui parla de la maison natale de Mozart à Salzbourg, du baiser de Klimt, des amours de Picasso et Dora Maar, de Rodin et Camille Claudel…

Les paupières de l'homme se faisaient lourdes, mais il souriait.
Il prit le métronome et tourna la clé...

D'une voix mélancolique, il parla de lui, de son amour impossible.

Elle l'écouta.
Il entendait Brahms évoquer son amour immarcescible  pour Clara...

 

mim

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27 février 2016

Jambo Tembo ! (Clémence)

 

Les péripéties du voyage pour arriver à ma destination africaine furent épiques ! Retards, changements de cap, escale supplémentaire et bagages livrés quelques jours plus tard, pour faire bref.

La semaine de travail fut dense, extraordinaire et drôle à la fois ! Perturbante pour moi qui n'avais jamais posé un pied en Afrique, et encore moins en Afrique du centre est.

Les derniers jours furent plus calmes.
Samedi, mon amie et collègue (expatriée) me fit visiter la ville, en voiture.
Dimanche, nous partîmes en Range Rover vers la « ferme africaine ». J'étais à mille lieues d'imaginer que, passés les faubourgs, la savane s'étendait à perte de vue.
C'était l'hiver là-bas. La végétation était rabougrie, les pistes étaient en latérite et la terre rouge nimbait l'horizon d'un brouillard ocre. Les volutes de fumée signalaient la présence de  villages.

Nous étions attendus à la ferme. Après le repas, mon amie et moi, prîmes la direction du « parc ».
Une volée de singe nous encercla dès l'arrivée. Quelques mètres plus loin, une girafe traversa élégamment le sentier. Je l'admirais. Elle me snoba.
Le chemin au mille nids de poule nous permit d'admirer d'un troupeau zèbres broutant paisiblement, des dromadaires, tout aussi paisibles, des gazelles et des gnous. Nous vîmes quelques serpents s'enrouler autour de branches hautes.
Tout au long de la promenade, s'élevaient des monticules impressionnants par leur structures. Des termitières. Au sommet de certaines, vidées de leurs occupantes,  étaient posées de petites cabanes d'où la vue était infinie.
Nous nous fondions dans la nature, le silence était majestueux.

Au loin, un vol de hérons attira notre attention. Le plan d'eau n'était plus très loin. Un homme nous dépassa sur son antique vélo, un immense fagot de bois  fixé en équilibre instable sur le porte-bagages.

Le site était d'une beauté époustouflante.
Près d'un minuscule ponton, il y avait une case. Pareille à toutes celles que j'avais vue le long de la piste. Carrée avec un toit de branchages. Une entrée arrondie, un tas de cendres, un fauteuil  en plastique blanc et le vélo.

C'est alors que, dans le silence absolu s'élevèrent les  notes cuivrées du troisième mouvement du concerto pour trompette de Haydn…

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20 février 2016

Le dernier jour (Clémence)


Ciel et soleil incandescents. Sables à perte de vue.

La porte-fenêtre s'ouvrit. Elle s'avança sous la véranda.
Silhouette longiligne, vêtue d'un chemisier et d'un pantalon blancs.
Sous ses mèches blondes, les diamants scintillaient sauvagement.
Près de sa bouche écarlate, un porte cigarette nacré.
Une volute bleutée dansait dans le souffle du vent.
Son autre main, alourdie de bagues, était posée sur la balustrade.
Elle regardait au loin, déjà ailleurs.

Les couleurs ocres et turquoise s'éteignaient doucement.
Elle recula, presque à regrets et s'assit dans son rocking-chair.
Elle se balança aussi doucement que le temps.
Les encoignures s'arrondissaient de sable ocre.
Elle ferma les yeux.

1949. La nouvelle était tombée. Artésia et son mari s'apprêtaient à quitter Kolmanskop.
Elle ne vit pas le journaliste en face. Elle ne vit ni entendit  le flash.
Il nota dans son carnet : « Sculpturale - Cariatide »
Il tenait son papier.

Quand elle ouvrit les yeux, elle vit,  sur la table basse, sa tasse de thé et le journal.
Elle secoua les grains de sable qui s'étaient aventurés sur son visage et ses vêtements.

A l'intérieur, les malles étaient faites.
Les jours à venir ne seraient plus jamais pareils. Elle quittait la Namibie.

Berlin.
La porte-fenêtre s'ouvrit. Elle s'avança sous la véranda.
Silhouette longiligne, vêtue d'un chemisier et d'un pantalon grège.
Sous ses mèches argentées, les diamants scintillaient sauvagement.
Près de sa bouche écarlate, un porte cigarette nacré.
Une volute bleutée dansait dans le souffle du vent.
Son autre main, alourdie de bagues, était posée sur la balustrade.
Son regard était ailleurs.
Elle s'assit dans son rocking-chair.
Elle se balança aussi doucement que le temps.
Elle soupira. La fatigue devenait insoutenable.
Chaque nuit, elle retournait à Kolmanskop.
Chaque nuit, elle errait dans la ville.
Elle retrouvait sa maison.
Les parquets  étaient devenus dunes, les portes étaient devenues fenêtres.
Les turquoises s'ocraient, les ocres blanchissaient.
Chaque nuit, le sable phagocytait un espace de plus.

A Berlin, jusqu'au dernier jour,  le sable enlisera sa mémoire.
A Kolmanskop, jusqu'au dernier souffle, une dame en blanc glissera dans les rues.

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