25 décembre 2010

Défi 129 (Cédille)

C’est vraiment la foire dans l'alimentation du coin !

Mon unique bésicle sur le nez , je me colle des bouts de fils.

L'affriolante vieille chipie qui m'aide tousse à grande haleine un mégot surchargé.

Se tournant vers moi, elle déclare : « Toussez donc aussi sur moi, vous n’avez qu’un … »

A quoi je rétorque : « Chère Madame, si  j’avais pas voulu tousser sur vous, je me serais

tiré plus tôt ! »

Sa tête ! J’en rigole encore

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18 décembre 2010

Avec un si (Cédille)

Avec un si tout devient possible.
Demain si elle le pouvait elle laisserait
Crier ses oies sauvages,
(elle en a plein la tête)
Elle se moquerait du qu'en-dira-t-on.
Rembobinerait ses souvenirs âpres,
Casserait le rétroviseur,
Et s'en irait loin à la recherche
Des néons de la nuit.
Ceux de là-bas .
Elle jetterait ses frusques d'enfant sage,
Ouvrirait la porte à toutes les gourmandises,
Et fermerait à jamais les volets de l'ordinaire.
Mais Boudha persiste et sourit dans le vide,
Inébranlable et sourd il ne répond pas,
Il pleut sur le stupa
Et la boue lui colle aux pieds.
Elle c'est moi,
Retour à l'ordinaire,
Nous sommes mardi
Janis chante «Cry Baby»
Je n'ai pas trouvé le si,
Mes poches sont restées vides
Je ne suis riche de rien.

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11 décembre 2010

QUADRATURE DU CERCLE (Cédille)

Théorème amoureux
Équation jouissive
Sur ton hypoténuse
Je m'use, je muse !

Deux droites parallèles
Jeu équilatéral
Trois angles et un sommet
Dont  deux  en diagonales
Et côtés opposés.

Puis

En cube ou en carré
Ellipse ou angle droit
Rotation, projection
A l'envers, à l'endroit.

Enfin

Deux droites  remarquables
Un point A, un point B
Un sommet, un triangle
Cosinus consensus
Et  point G !

    

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04 décembre 2010

ADIEU BOULOT, ADIEU IMPOTS (Cédille)

Je ne fais rien, j'ai tout mon temps
J'observe les masses laborieuses,
Je ne fais rien je prends mon temps
Je compte mes lessiveuses.


Remplies jusqu'à la gorge elles sont
De billets, bijoux et pépites
Elles  protègent mes picaillons
Des envieux et des parasites.


J'ai pris mes jambes à mon cou
Pour sauver avoirs et actions,
Plus d'attaches, plus de licou
Sable fin et disparition.


Je ne fais rien j'ai tout mon temps
Cocotiers, salsa, fenua
C'est si bon d'avoir tout son temps
E patoto te miti taku va.

 

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06 novembre 2010

PAR DELA LES NUAGES (Cédille)

Tu sais, m'avait-elle dit un jour, lorsque j'étais morte je n'avais nul besoin de gloire éphémère et les bonheurs d'ici-bas ne m'étaient rien de plus que la sensation d'une eau tiède coulant sur un visage. Je ne comptais pas mieux qu'une carcasse de mésange rongée par les renards. C'était tranquille et sans douleur là-bas. Craindre, gémir, pleurer, peiner, souffrir n'étaient que peccadilles, aucun sentiment ne venait troubler ma quiétude.

Las ! Ceci ne dura pas. Un cri venant d'en bas parvint un jour jusqu'à moi. Quelqu'un avait franchi la Porte des Temps d'Avant. Alors les vents se levèrent, hurlèrent et détruisirent peu à peu ma félicité. Un soir les nuages s'entrouvrirent, vomirent leurs fleuves d'encre, crachèrent leurs volutes d'outrance, et laissèrent apparaître des lambeaux de ce bleu que je déteste tant ! Il fallu revenir, traverser les temps morcelés, et c'est à reculons que je rejoignit  l'ère des sacrifices, là où vos doigts vengeurs se pointent vers les agonisants afin de leur porter l'estocade !

Et c'est ainsi que me voici devant toi,  au cœur  des temps de  désolation,  de l'orgueil et du désespoir. Que vos lendemains sont lourds à porter et quel terrible sort attend vos enfants perdus !

C'est ce qu'elle m'avait dit un jour, alors que nous courions devant l'approche des nuages de plomb annonçant l'orage.

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25 septembre 2010

L'AGONIE DU PHENIX (Cédille)

J'étais oiseau de feu, Phénix de légende,
J'agonisais le soir pour renaître au matin,
Vénéré des humains j'illuminais le monde,
La mystique du feu tel était mon destin.

Au temple du soleil j'étais l'enfant de Rê,
Sur la barque sacrée nous voguions de concert,
Chevauchant hardiment les vagues de l'Enfer,
J'étais Roi, j'étais Dieu, sur l'autel vénéré.

Un jour les dieux moururent, au progrès sacrifiés,
On célébra l'atome et l'électricité
Puis l'on me délaissa pour le feu nucléaire
Qui déchira mes os et me rongea les chairs.

Depuis je gis ici à l'ombre d'une clairière,
J'ai perdu ma superbe, de rayons je n'ai plus,
Comme un métal rouillé je m'effondre en poussière,
Les hommes ne m'aiment plus, les Dieux ont disparu.


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11 septembre 2010

JE M’ETRANGLE ! QU’A-T-ON FAIT DE MON PATRIMOINE ? (Cédille)

 Il n’est pire eau que l’eau qui dort, et je sens que les festivités sont ouvertes pensa Roselita en entendant un crissement de freins devant le perron. Elle avait reconnu le bruit incomparable de la Bugatti de Mademoiselle Anne-Charlotte, le modèle Type 101 sorti en 1951 mais si beau dans sa carrosserie rouge cramoisi ! Lorsque Mademoiselle Anne-Charlotte arrivait Roselita savait qu'elle bouleverserait l'ordinaire !

Elle se précipita pour l’accueillir, en bonne gouvernante qu’elle était. C’est que, dame, Mademoiselle Anne-Charlotte était la seule à se montrer généreuse et elle ne comptait pas ses largesses envers la gouvernante qui faisait aussi office de femme de chambre et de cuisinière au château. Grâce à Anne-Charlotte, Roselita pouvait se pavaner lorsque, profitant d’une journée de congé, elle se rendait en ville. Quelquefois malgré tout elle avait hésité avant de mettre telle ou telle robe, des vêtements de prix certes mais qui ne cachaient quasiment rien de ce qu’ils étaient censés cacher …

Précédée, suivie, enveloppée d’effluves d’un parfum capiteux (Roselita avait reconnu Chouchou de Cherlin) Anne-Charlotte avait éparpillé ses nombreuses valises dans le grand hall, jeté ses gants sur la bergère Louis XV et s’était affalée sans élégance sur la Chaise de la Reine, judicieuse petite merveille d’époque percée d’un trou circulaire sous lequel, à l’origine, était placé un seau très utilitaire ! Cette chaise faisait l’objet d’une dévotion particulière de toute la famille : La reine Marie-Antoinette y avait paraît-il posé son séant !

Anne-Charlotte n’eut pas le temps de se détendre. Une voix à l’accent pointu avait retenti :

- Aaaahhh ! Vous voilà enfin ma fille !... Mais, ne vous jetez donc pas ainsi sur LA chaise !

Anne-Charlotte soupira et se dit que les amabilités étaient lancées !

- Bonjour Mère s’entendit-elle répondre la tête ailleurs. Comment  vont vos jambes ?

- Vous vous faites si rare ma chère, ne me dites pas que vous vous en souciez ! Ma sciatique résiste à tous les traitements  et le docteur MEUSIER est au-dessous de tout, d’ailleurs je l’ai remercié et j’ai changé de médecin !

En geignant elle donna quelques ordres à Roselita qui ne perdait pas une miette de la joute qu’elle sentait naître, puis le silence se fit. Mère et fille n’avaient déjà plus rien à se dire même si elles ne s’étaient pas vues depuis presque une année.

Anne-Charlotte sortit une Gauloise sans filtre de son étui en or et lui ajouta un chewing-gum Hollywood qu’elle se mit à mâcher bruyamment et avec toute la conscience dont elle était capable. Madame Mère haussa les sourcils puis hoqueta. Ses yeux avaient pris une teinte d’orage !

- Mais !... Vous n’y pensez pas ma fille !  Votre comportement laisse de plus en plus à désirer ! Non seulement vous vous affalez cuisses ouvertes sur la chaise de la reine mais voilà que vous fumez, vous mâchez ! C’est d’un commun ! De la tenue que diable ! Franchement ma chère, vous faites  peuple !

- C’est mieux que d’se payer une bonne bourre répondit Anne-Charlotte s’oubliant totalement ! C’est moi qui banque, pas besoin de gueuler comme un chabannais. Si ça démarre comme ça je mets les bouts,  je me casse à Chicoutimi ou à Dunkerque ! Peuple ? Vous avez dit Peuple ? ! Mais qu’est-ce que j’en ai à battre moi, que ça fasse peuple ! J'ai quand même le droit de me payer une bouiffe et je sais encore que mon derrière m’appartient, non mais des fois… !

Madame Mère, au bord de l’étranglement, et à la limite extrême de la crise de nerfs, s’effondra en pleurs  non sans avoir montré d’un doigt impérial, la porte à Anne-Charlotte !

- Mais où avez-vous donc appris ce langage ? Vous parlez comme une charretière… Que dis-je… une fille à soldats ! Qu’ai-je fait pour mériter une chose pareille ? Vous avez été éduquée comme il se doit, j’en connais encore le prix gémit elle, oubliant que dans la noblesse parler d’argent est inconvenant ! Je parie que vous ne savez même plus comment se mangent les asperges !

Anne-Charlotte failli briser ses dents et eut un hoquet. Manquerait plus qu’ça pensa-t-elle. La vieille se douterait-elle de quelque chose, sinon pourquoi aurait-elle parlé d’asperges ?

- Dans l’aristocratie on ne parie pas non plus rétorqua Anne-Charlotte, puis elle se dirigea vers les jardins après avoir calmé ses nerfs sur la superbe porte d’entrée dont les vitres volèrent en éclat ! Cet effondrement fracassant acheva Madame Mère !

- Je l’avais prédit, pleurnichait Roselita, et elle s’apprêtait à remettre les choses en état lorsqu’un cri de stupéfaction se fit entendre !

- Le bassin à la française ! Qu’a-t-on fait du bassin à la française ? Roselita, viens ici, explique !

Devant Anne-Charlotte ce qui avait été un bassin dessiné par LE NÔTRE n’était plus qu’un vulgaire trou d’eau boueuse.  Amas de terre et tuyauteries en tous genres s’étalaient sur les rosiers et un plongeoir dormait sur la petite haie de buis !

- Calmez-vous ! Mais calmez-vous donc Mademoiselle supplia Roselita… C’est que votre mère a décidé de transformer le bassin en piscine… Un coup d’jeune qu’elle a dit. D’ailleurs, vous le verrez, tout ou presque a été transformé ici. Autant que vous le sachiez les haras servent à présent de salle à manger,  Madame a exigé un bar  (chic et de bonne tenue cela va sans dire) et il y aura des douches dans les communs.

- J’ai plus qu’à me foutre une cartouche dans la cafetière hurla Anne-Charlotte ! Et dire que je m’encagasse sans arrêt avec ce domaine ! J'turbine moi, pour payer les factures ! C'est la mort de mon patrimoine historique ! C’est la fin des haricots !... Gaffe se dit-elle, je m’oublie, ici je suis Anne-Charlotte DE L---, je sens que je vais devoir être sur mes gardes…

-… Et attendez… C’est pas tout dit Roselita ravie de voir se déliter la Mademoiselle !... Le château… Ben c’est plus vraiment un château, mais moi j’dis rien hein ! D’ailleurs j’sais presque rien sauf que les grandes chambres de l’étage ont été divisées pour faire plein de petites. Madame a fait mettre aussi des bougeoirs en bronze sur toute la longueur de l’escalier d’honneur, elle dit que c’est pour impressionner les clients !

- Les clients ? Mais quels clients ? Les clients de qui ?

- Ben, mais les clients de l’hôtel Mademoiselle ! C’est un hôtel maintenant, depuis une saison déjà ! D’ailleurs voici l’un de nos meilleurs pensionnaires ! Bonjour Monsieur BERNARD minauda t-elle ! Bonne promenade ?

Devant Anne-Charlotte se tenait un costaud au regard de braise,  large sourire, dents  carnassières en or, borsalino  voilant la braise des yeux. Un air de « me touche pas de trop près ou je t’en colle une ». Un gourmand de première classe, ça se voyait à l’œil nu ! L’odeur d’un cigare enveloppait le tout comme un paquet cadeau.

- ça c’est un Cohiba pensa Anne-Charlotte…. Et celui qui mord le cigare c’est… Oh my God, mais c’est… ! Se fut sa dernière pensée, ses yeux roulèrent et elle eut l’impression fugitive des nuages qui fondaient sur elle plus vite que le son… Elle venait de perdre connaissance.

Cris de Madame Mère, gémissements de Roselita, lorsque Anne-Charlotte revint à elle, elle vit ces deux-là, inquiètes au-dessus d’elle, comme des poules en recherche de couvée. Mais il y avait aussi Monsieur BERNARD !  On le vit sourire de tout l’or de ses dents et avaler en un baiser goulu les lèvres d'Anne-Charlotte ! Surprises, ces lèvres-là n’hésitèrent pas longtemps entre bienséance et gourmandise. Monsieur BERNARD fut dégusté comme une fraise juteuse !

Au bout d’un temps qui avait laissé Mère et gouvernante à l’état de statues de sel, Monsieur BERNARD se redressa et l’on entendit sa voix de basse murmurer :

- Alors comme ça Gina on prend des vacances chez les Aristos ? J’suis bien content de te retrouver ici. La cambrousse ça ne me va qu’un temps mais j’ai dû me mettre au vert et décambuter de Paname quelques temps ; j’ai esbigné comme dirait ton Marcel (Madame Mère n’en perdait pas une !)…Ah tu sais (soupirs) j’en ai payé des douloureuses, j’ai fait le con, j’ai trop éclusé… Finalement je me suis fait coincer par GARLON (c’est un commissaire, ajouta BERNARD à l’intention de Madame Mère). Deux ans au trou, j’ai supporté mais j’ai voulu voir du pays alors j’ai monté une affaire à Caracas… J’étais pas à plaindre là-bas, y a des filles autant que t’en veux, question nibards c’était chouette… Mais pas tant qu’toi  Gina ! Question santé ça va, j'me maintiens, même si j'ai eu un temps la panique... J'ai eu peur d'avoir attrapé la chtrouille, ça m'a emberlingué longtemps, j'avais des fraises pas tagada sur mon ensemble trois pièces mais t'inquiète pas, ça brille comme avant et c'est tout neuf ! Oh puis tiens, j'ai comme un besoin là, urgent qu'il est Pépette, un tite bourrée exotique d'une heure pour pas cher, ça te dirait ?

Madame Mère était au bord de l’apoplexie !

- Dis ! T’as pas augmenté tes tarifs quand même ! Pour moi ce sera les mêmes gourmandises qu’autrefois ! Je m’en souviens comme tu les faisais bien !

Se redressant comme une paonne javanaise, Anne-Charlotte alias Gina, retrouvant comme par miracle son accent des faubourgs, lança à sa comtesse de mère :

- Eh bien voui ! Voyez-vous mère, je suis comme qui dirait dans les asperges ! Autrement dit je suis une fille, une vraie, une rabatteuse, une qu’a pas peur des heures sup ! Au turbin j'suis Gina ! Vous faut-il un dessin ou ça va comme ça ? Pas la peine de faire votre tête de Gauloise, c'est tel que j'vous l'dis, j'prends cher, pas moins de 400,00 euros la moitié d'une heure, j'ai un statut et j'y tiens, pas question de mandaver ! Et j'entretiens tout ça croyez-le bien mère, j'ai une bien belle minche (que je tiens de vous d'ailleurs) et je la soigne ! Traduis Roselita et dit à la patronne, pour faire simple, que sa fille racole !

… Et c’est ainsi que Madame Eléonore DE L---, comtesse de son état, découvrit que sa chère fille Anne-Charlotte, celle en qui elle mettait il y a peu tous ses espoirs, vivait de ses charmes (qu’elle avait nombreux) sur les boulevards mal famés de la capitale !


Madame Mère se dégonfla et s'effondra comme un soufflé  raté…  On a la noblesse qu’on peut !

   

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28 août 2010

LE MARCHE EXTRAORDINAIRE (Cédille)

Me voilà chargée comme une mule, je rentre à l'instant de mon marché extraordinaire. Ne le cherchez pas,  seuls y ont accès ceux  qui connaissent le chemin du pays de l'imaginaire et qui sont pourvus d'une patte blanche, d'un troisième œil et d'une boule de cristal. Trouver le chemin de ce lieu est difficile, en sortir est périlleux si vous ne vous êtes pas munis :

  • d'un vieux cheval de retour,

  • d'un sac de nœuds,

  • d'un fil à couper le beurre

  • et d'un fil d'Ariane.

Si vous réunissez toutes les conditions et obtenez le droit d'entrer vous trouverez chez mon marchand de sable :

  • des yeux de biche

  • un effet bœuf

  • un œil de bœuf

  • un bison futé

  • un chat perché

  • une bourrique têtue

  • un âne bâté

  • une teigne méchante

  • un nœud papillon

  • une taille de guêpe

  • une vache à lait

  • une grenouille de bénitier

  • un cœur d'artichaut

  • une vache enragée

  • un ours mal léché

  • un oiseau de mauvais augure

  • un fil d'Ariane

  • un bonnet blanc et un blanc bonnet


Bien entendu vous paierez le tout en monnaie de singe !


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21 août 2010

DIX VIES EN UNE -défi 11- (Cédille)

 

Chaque matin je me levais et ouvrais les yeux sur un décor ou le pharaonique le disputait à la grandeur solennelle d'une cathédrale. La soie des draps me caressait délicatement à chaque mouvement et j'éprouvais un plaisir sans bornes à promener mes jambes sur le tissu précieux. Puis venait jusqu'à mes oreilles le chuchotement des vagues du lagon comme un appel à l'amour dans une eau qui avait la pureté d'un diamant noir...

Le miroir me renvoyait l'image d'une jeune femme blonde qui aurait pu être belle si elle n'avait abusé la veille d'une petite mousse, suivie d'une autre petite mousse, suivie d'une, non de beaucoup de petites mousses ! Je pris une Royale menthol en chantonnant : j'sais plus qui j'suis, j'sais plus qui j'suis !


Un appel retentit : Ève ! Ève !... Je mis un temps avant de réaliser qu'il s'agissait de moi... Je ne savais plus, après tant de vies vécues en une seule !

Ce que je savais c'est que j'avais très envie d'un diamant, d'un gros diamant. Depuis la veille cette envie ne me quittait pas.


D'ailleurs parlons diamant pensais-je... ne pas oublier de suggérer au grand Zig qu'il n'y a pas meilleur cadeau pour prouver son attachement, mais fais gaffe Henriette (Henriette je crois que c'est moi mais j'ai un p'tit doute,) veille surtout à ne pas pousser le pépère dans les orties... et pendant que tu y es veille aussi à ce que ta caboche garde bien en elle que tu es Ève ici... et prends bien soin de laisser Henriette là où tu aurais bien cru la voir finir son existence : au Juvénat de l'île trucmuche ou sur les planches du Fol Amant ! Penses-y bien ma toute belle me disais-je en me levant pour savourer le petit déjeuner qu'un tahitien musclé à souhait venait de déposer devant moi (faudra que je trouve un instant pour lever le tahitien pensais-je).


Ève ? Henriette ? Sœur Maria de Jésus ? Ninon Bouche en Cul ? Lova Roploplo ? Je ne savais plus très bien. Faut dire qu'il y avait de quoi !


Née Henriette LEGROS dans les années cinquante, j'avais passé mes quinze premières années en cité d'urgence avec quatorze frères et sœurs, deux parents alcooliques professionnels, une grand-mère voleuse de poules et fille de joie à ses heures (on l'appelait encore La Grande Lola), un grand-père qui à quatre-vingt ans estimait encore être le parrain du coin même s'il n'était  plus charrieur à la mécanique (Fred Pied Léger qu'on le surnommait, car il était aussi leste qu'un danseur étoile), c'est vous dire !


A quinze ans, ivre de l'univers (que je croyais m'appartenir) j'étais partie un matin sans demander mon reste. Las ! Qui n'a pas connu la rue ne peux comprendre. Un temps je crus à l'amour, le vrai, l'éternel, celui qui vous fait briller dans les yeux de l'autre, je suis une passionneuse qui dévore tout au propre comme au figuré, faut l'savoir !


Voilà ce que j'étais jusqu'à ce que Bébert le Toulousain, mon homme, mon marlou chéri aux yeux fauves me prête à Yamamoto Kadératé un japonais ex sumo au regard plus torve que torve !


Nouvelle fuite, nouvel univers, nouveau nom ! Je fus recueillie par une dame patronnesse, comtesse de son état, qui me confia au Juvénat des Filles du Christ. Je mis un temps à m'adapter. Par exemple les sœurs n'aimaient pas du tout me voir dévaler les étages sur la rampe d'escalier, n'appréciaient pas vraiment de m'entendre proposer la botte au jardinier du monastère (moi j'étais gentille, j'voulais faire plaisir à ce pauvre homme). Je mis un an avant de répondre lorsque j'entendais « Sœur Maria de Jésus, au parloir ! »


Il fallait que je me regarde dans la petite glace de ma cellule et que je me répète : si t'entends Sœur Maria de Jésus tu réponds, Sœur Maria de Jésus, c'est toi !


Le Juvénat c'était pas si mal, sauf qu'il fallait se lever au milieu de la nuit pour aller à la prière alors qu'auparavant c'était l'heure à partir de laquelle je commençais à trouver un certain goût à l'existence ! Je garde encore le souvenir de nuits de salsa et de samba dans les bras de Bébert !


- ah c'que t'es belle ! Ah c'qu'e t'es bonne Ninon Bouche en Cul me serinait-il ! La danse tu l'as dans l'corps comme du bon pinard !


Hélas ici, au Juvénat, salsa et samba ne faisaient pas partie de l'ordinaire des nonnes et le seul exercice physique autorisé était la génuflexion et l'exercice terrible du Prie-Dieu ! Faut l'voir pour le croire ! Deux heures à genoux sur un Prie-Dieu est un exercice de niveau olympique et vous en sortez aussi moulue qu'après passage dans un presse-purée ! Ajoutez à cela que j'avais une voix qui arrachait des cris d'effroi à la chorale des nonnes et vous aurez compris !


- Vous roucoulez Sœur Maria me répétait la Mère Abbesse, vous roucoulez, c'est indécent !


Il y avait aussi mon vocabulaire qui ne satisfaisait pas et j'avais du mal à faire comprendre à la Mère Supérieure


- qu'aller au canard ça faisait du bien,

- que « les dessous de Paris » n'étaient que mon porte-jarretelle et ma petite culotte,

- que lorsque je disais que Sœur de l'Enfant Roi se parfumait à l'essence de chaussette ça voulait dire qu'elle puait des pieds

- qu'un étalon n'était pas un cheval, encore moins un bourrin mais un homme qui faisait bien l'amour

- que je n'étoufferai plus jamais la bouteille de vin de messe... je disais vrai !


Bref les nonnes se déliquéfiant et la Mère Supérieure s'étranglant, j'avais l'impression désagréable d'être de la Paroisse de la Nigaude, et entre roucoulades et Olympiades du Prie-Dieu j'ai déclaré forfait au bout d'un an. Adieu l'habit immaculé, adieu le voile qui me coupait le front, à moi bas noirs, bouche rouge et tout le reste... Et puis une année sans amour... rouillée que j'étais !


Ce fut alors que des envies de salsa me reprenant j'eus l'audace de me présenter à la porte du Fol Amant, une cave où paraît-il on cherchait des danseuses. Il fallait un cul, une bouche, des jambes, des seins... J'avais tout le matériel sur moi ! Ce fut avec succès que je passai l'examen. L'on me baptisa Lola Roploplo (mon tour de poitrine).


J'eus un succès fou, les hommes se disputèrent mes faveurs (j'étais partageuse), mais un jour IL vint, lui, le Président «de» ou «du», je ne sais plus très bien. Le pouvoir est une drogue savez-vous, surtout lorsque vous l'avez sur un homme tel que lui. J'avais tout : la beauté, l'amour, le pouvoir, l'argent, le Président !


J'avais trouvé ma vraie place. Certes je ne porterai jamais son nom, mais aujourd'hui encore il m'a à la bonne, et c'est moi et non Bobonne qui s'étale dans l'eau du lagon. Si j'osais je chanterai bien Voilà Ma Gloire, mais je dois rester digne, Ève je suis devenue, Ève je dois rester... même si c'est un peu dur d'être plusieurs !



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