11 avril 2009

Soifs conjuguées (Captaine Lili)

Je soiffe de lui
Juteux fruit
Au creux de mes appétits

Tu soiffes de tout ?
Le vin de corps fous
L’eau de chez nous

Il soiffe d’elle
Et tangue la ritournelle
Aux mirabelles

Elle soiffe d’il
Comme le trésor a son île
Les bulles en exil

Nous soiffons
L’ivresse des sons
Des mots dans les flacons

Vous soiffez
L’exubérance de fée
De ma langue décoiffée

Elles soiffent d’ils
Etancher les idylles
Sous leurs cils

Ils soiffent d’elles
Et rêvent de l’hydromel
Des demoiselles

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28 mars 2009

Petit-déj, enfance et psychanalyse (Captaine Lili)

Sur le divan, paupières closes, je divague.

Mon vague à l’âme se dissout dans le sifflement de la bouilloire rouge.

L’eau bout, posée sur la vieille cuisinière à bois qui ronronne, qui s’essouffle, qui crache, qui gémit.

La chaleur valse avec les courants d’air clandestins, insinués entre les mauvaises planches du chalet. Et ce n’est pas grave.

L’odeur âcre, de poussière et de bois humide, me grise.

Sur la toile cirée rouge de deux grandes tables, des vases improvisés pour des brassées jaunes de coucous.

Le plancher craque. Les bûches éclatent. La bouilloire chante.

Je sais que tout près, il y a le grand champ à roulades, la forêt, la rivière.

Sur le divan, paupières closes, je joue à la bataille de peluches et je peux toucher le toit avec mes pieds.

Le volet est percé d’un sapin.

« Oui, docteur, vous disiez ? Vous n’êtes pas là pour les images ricoré ? Vous voulez du drame, de la tragédie, des lapsus révélateurs, de l’inconscient croustillant ? Là, ça fait trop cliché de bonheur ? Ah ben je crois que vous vous êtes trompée de patiente… Comment ? Le salon détente, c’est la porte à côté ? Oh pardon… je me disais bien qu’avec votre tête de vieux grincheux… »

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21 mars 2009

Parler d’eux ? (Captaine Lili)


Val(érie), Janeczka, Walrus et Papistache entament la deuxième année des Défis du samedi et mon étrange pudeur m’a fait parler de moi pour parler d’eux. Je les découvre depuis si peu…

Filant discrètement Pandora, un jour, un défi m’a happée. Quelques mots de Jules Renard : les femmes sont toujours décrites avec des mots de bijoutiers…

C’était un dimanche, les défis publient le samedi. J’ai laissé mes mots s’écrire, parce qu’il faut toujours libérer des mots qui viennent comme s’ils ne pouvaient faire autrement. Et j’ai doucement frappé à leur porte pour dire, juste dire, que le vent avait semé leur graine d’écriture jusqu’à moi.

Janeczka (dont j’ai toujours peur d’écorcher le nom en mélangeant deux lettres) est venue et m’a dit « il y a toujours une place pour les retardataires ». Alors mes mots sont allés se promener chez eux, et l’accueil a été si doux…

C’est ainsi que j’ai mis un pied chez les Défiants. C’était le 20 octobre 2008. Le 1er novembre, j’y laissais une main, retravaillant avec plaisir un devoir de français datant de 1995. Le 14 février, j’y posais mon cœur. Normal, me direz-vous, c’était la Saint-Valentin. Le 1er mars, je m’allongeais sur leur divan parfait : c’était psychanalyse à base de verbes anciens et rares ! Mais c’est le 8 mars que j’ai perdu la tête, pour leur cinquantième, volant tout ce que je pouvais au temps pour partager leur déluge de folie… euh de défis !

Depuis, j’apprivoise lentement les personnages qui s’y trouvent. Je ne peux décrire chacun d’une phrase, j’aurais aimé pourtant, mais je vous l’ai dit, je les découvre depuis peu et j’apprivoise lentement. Et puis, ce genre de jolis blogs, c’est comme les poupées russes : à chaque fois qu’on ouvre, on trouve un autre univers.

Dans la première poupée, j’ai trouvé humour, liberté, diversité, échange. Et je pense à cet atelier d’écriture « en vrai », où j’ai confronté mes 17, mes 18, mes 19 ans, à d’autres écritures, d’autres voix, d’autres vies. Compagnons de mots pour un temps… avec qui j’ai passé mon week-end d’avant – bac et c’était délicieux.

Délicieux comme le gâteau de mots offert chaque samedi par les Défiants…

_g_teau

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14 mars 2009

Flocon de coton blanc… un génie ? (Captain Lili)

Je me lève et je me bouscule… et je reste accrochée à mes rêves de funambule, comme d’habitude.

Dans le vague, j’ai bu mon thé d’agrume. Savouré les tartines mielleuses et moelleuses qui l’accompagnent chaque matin. J’en suis à l’étape maquillage et, bien sûr, je suis en retard. J’ai perdu les minutes sous l’eau brûlante de la douche… Un doux reflet cuivré sur les paupières, la bataille avec le mascara pour le poser sur les cils et non me l’enfoncer dans l’œil, le rose à lèvres… et zip, je déraille !

Un gros flocon de coton blanc s’échappe de la bonde de la baignoire  avec des « blops », des « ouch », des « ziiiiiiiiiiiii » et j’entends une voix bonhomme de gros nounours s’exclamer : « aaaaah, ça fait du bien ! Ils sont vraiment crades ces tuyaux, je n’en pouvais plus ! Je suis sûr que j’ai des tâches grises sur mon bel habit blanc maintenant… Ah, j’aime bien ce boulot mais alors les conséquences… et personne ne nous plaint jamais… Enfin, occupons-nous de vous ! » Et je me retrouve face-à-face avec une grande bouche, fendue d’un sourire qui va d’une oreille à l’autre (si cette forme a des oreilles…). Je cligne des yeux trois fois, puis trois autres fois, les frotte comme une lampe magique… le flocon de coton blanc m’attend, sagement installé dans mon lavabo.

« Bonjour, je suis un génie, alors, c’est quoi tes vœux Mamzelle ? » m’assène-t-il sans sourciller ! « Euh mes vœux quoi ? » balbutie-je… Il s’esclaffe gentiment : « tu habites dans la lune, Mamzelle ? Tu es encore dans les brumes du sommeil ? Je suis un génie, donc j’exauce des vœux. Quatre, pour être précis. Et pour être encore plus précis, c’est deux gentils, et deux moins gentils. » Je me surprends à rétorquer « c’est quoi, des vœux moins gentils ? » Et le flocon de coton blanc, génie de son état donc, se lance dans une longue dissertation sur les vertus comparées des vœux, exemples tirés de son expérience à l’appui… Je suis toujours avec mon maquillage raté et les minutes s’échappent de l’horloge à une vitesse !

« Et si on reparlait de tout ça ce soir ? » est la seule phrase sensée qui me vienne, si tant est que ce soit sensé de parler avec un génie… « Là, il faut que je file, j’ai un rendez-vous important ! » « Plus important que des vœux, Mamzelle ? Impossible ! Mais plus tu tardes à me faire tes vœux, plus je reste à l’air libre, alors ça me va ! On va où ? » On ???!!! « Ben Mamzelle, tu ne sais pas que les génies, enfin surtout moi, c’est ma spécialité, ils ne disparaissent que lorsque tu as fait tous tes vœux ? J’ai apparu, t’as gagné, et tu ne veux pas jouer ? » Gagné, gagné… pour le moment, j’ai surtout un gros flocon de coton blanc qui veut me suivre partout…

« D’abord, je n’ai pas frotté de lampe à huile alors qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne te serais pas trompé de route par hasard ? »

Le génie reprend son air sérieux de professeur et je réprime un rire tellement il en rajoute : « Je vois qu’on connaît ses classiques, Mamzelle … Aladin version Disney ou version littéraire ? Moi pour que j’apparaisse, c’est beaucoup plus complexe. C’est un peu technique, c’est une conjonction précise entre le choix du rouge à lèvres, le geste de la main, et l’heure… »

Bon, ben je crois que mon premier vœu moins gentil, ça va être de reporter mon rendez-vous important… « Une grève générale surprise, c’est possible ? Ça fera les pieds au prési-prince pendant qu’on y est ! »

« Tope-la Mamzelle, j’adore mettre la pagaille ! (il y a un POP dans une poussière poudrée) C’est quoi, ton deuxième vœu ? »

Ouh la, il est rapide… Il y a trois choses que je veux dans ma vie. Mais le monde aurait bien besoin de mes vœux aussi…

«  J’ai oublié de te dire, j’exauce les vœux personnels : la paix dans le monde, la vie douce pour tous, tout ça, ce n’est pas mon rayon. C’est beaucoup trop difficile pour un simple flocon de coton blanc de mon espèce ! »

Je m’affale sur le canapé, et le génie aussi. « Alors, alors, c’est quoi tes vœux ? On n’est pas obligé de les faire tout de suite mais tu comprends, je suis curieux ! Ca tourne souvent autour des mêmes choses, les vœux : amour, travail, vengeance… Je fais la liste de ceux qu’on me demande, tu veux que je te la lise ? » Et il sort un long, très long ruban bleu de ce qui doit être une poche-portefeuille. « Euh, ça fait longtemps que tu es génie ? »

Il se met à compter sur ses doigts boudinés comme des cumulo-nimbus… « 10803 vœux exaucés, Mamzelle, et aucune réclamation ! » Hum… pendant qu’il lit, je trouverai peut-être les vœux 10804, 10805 et 10806… Je veux un amoureux, une santé du tonnerre et vivre de mes écrits… Mais dans quel ordre de priorité ? Refiler mes douleurs à quelqu’un d’autre, ce n’est pas un vœu moins gentil, c’est un vœu très méchant ! A moins que je choisisse un dictateur ou un violeur d’enfant ? Demander des douleurs à jours fixes, un quota pour une année ? Ce que je voudrais le plus, c’est… « Dis, on peut faire un vœu pour l’avenir ? »

Epouser machin-chouette… avoir un lave-vaisselle… conduire une Porsche…

Le flocon de coton blanc lève la tête de sa liste, sourit : « oui, mais par contre, je ne peux pas faire tomber amoureux, c’est Cupidon qui a le monopole ! »

… savoir chanter… posséder une Rolex…

Bon, qu’est-ce qu’il me reste ? Ecrire en sachant que je vendrai quoi que je fasse, bof… Etre écrivain, c’est autre chose…

« Oh je voudrais passer mon automne au Canada ! »

«  C’est noté Mamzelle ! »

Oups, il ne me reste plus qu’un vœu gentil et un vœu moins gentil… Une rupture de stock régulière pour de nombreux livres un peu trop exposés, histoire que ça laisse de la place dans les librairies pour ceux qui restent invisibles, que chacun ait une chance sans battage médiatique ? Et puis, ce vœu pour l’avenir… « Je veux une belle histoire heureuse », c’est une formule qui résume un peu tout ?

… avoir tous les bisounours… que je disparaisse parce que je suis vraiment collant…

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08 mars 2009

Mots manquants (Captaine Lili)

Thème : La peinture n'avait qu'un défaut
Genre : Poème libre

Les ombres opales
D'un ciel d'ambre
S'élongeaient inégales
Dans la sombre chambre

Les voyageurs du
vent
Etalaient leurs
souvenirs
Sur la table ; montait le chant
De l'enfance et des plaisirs

La peinture n'avait qu'un défaut,
Elle était sans aucun mot.

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Exotique (captaine lili)‏

Thème : Gâteau vite fait et bon
Genre : Quatrain

Pour voyager exotique
Un tiramisu kiwi cola
C'est savoureux et pratique,
Pas besoin de visa !

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07 mars 2009

Sait-on? - Captaine Lili

Thème : A quoi servent les hommes ?
Genre : Sonnet

A quoi servent les hommes
Se demandent les femmes,
Epluchent-ils les pommes ?
Aiment-ils nos états d'âmes ?

A quoi sert-on pour les femmes
Se demandent les hommes,
Est-ce qu'on tient les rames
Pour ces demoiselles guère économes ?

Mais que manque l'autre à l'une,
Et c'est le désert qui cherche ses dunes,
L'homme, c'est sûr, sert à quelque chose...

Il séduit, il amuse, il assomme,
Il dépite, il déplait, il captive en somme ;
Sait-on à quoi servent les épines des roses ?

Posté par Janeczka à 13:36 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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A la fenetre - Captaine Lili

Theme: rideaux pour fenetres arrondies
Genre: haiku

Je lis
Voile sur le hublot
La lune

Posté par Janeczka à 10:56 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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01 mars 2009

Fleur bleuie (Captaine Lili)

tache_defiFleur bleuie

C'est une fleur

Bleue, dans laquelle mon cœur

Folichonne.

Je vous l'assure, docteur,

Il drageonne !

Je soupçonne la chaleur

De vos yeux, leur ardeur

Le rudente et le godronne.

Il va faire un malheur

Ainsi orné de vos splendeurs…

Oui, mon pauvre cœur

Folichonne.

 

Ne le laissez point sorguer

Comme une belle endormie,

Mon cœur est pris.

Palotez-le, je vous en prie,

Sans crainte de queuter.

Dans son eau bleue, mirez-vous mon ami.

Nul besoin de warranter,

Je vous le régale gratuit,

Veillez seulement à ne pas vétiller.

Mon cœur en fleur bleuie

Est à licher

Tel un élixir de vie.

Posté par Old_Papistache à 09:59 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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14 février 2009

« Et si vous me disiez que je vous aime ? » (Captaine Lili)


Et si vous me disiez « je vous aime » ?

Je vous ouvrirais grand les bras et pour un baiser amant, je vous donnerais mes lèvres.

Je rêve de votre main posée sur mes hanches, de votre corps tout près du mien.

Je voudrais entendre votre voix qui rend sexy mon petit nom, lire votre désir de moi dans vos regards qui n’osent pas.

Et si vous me disiez « je vous aime » ? Je le croirais parce que j’en ai l’envie qui se taisait. Parce que votre air de petit garçon dans votre assurance d’homme sait faire battre mon cœur intimidé. Parce que je me souviens de votre bouche sur ma joue pour une bise que vous m’avez demandée comme une faveur. Je le croirais pour le sourire entre nous, pour nos yeux qui s’accrochent parfois comme si rien d’autre n’existait.

Et si vous me disiez « je vous aime » ? J’aimerais que l’on s’apprenne cela, aussi.

.

Le facteur, amoureux, n’avait pas attendu que la petite aiguille dépasse 16h. Il était parti tôt du centre de tri pour ne pas rater son train. Il ne voulait pas perdre une minute pour rejoindre sa belle aujourd’hui, puisque quelqu’un avait décidé que c’était une journée spéciale pour l’amour. Tout à ses désirs d’elle, à ses suppositions de ce qu’elle avait pu préparer (depuis 7 ans qu’ils étaient ensemble, elle lui sortait toujours le grand jeu, ces jours-là), tout à son impatience de découvrir sa joie enfantine devant le cadeau qu’il avait cherché depuis des mois, il n’avait pas vu la lettre glisser dans le sac plastique qui contenait ses achats de dernière minute pour être au diapason de sa douce romantique.

En grimpant dans le wagon aux vitres sales, une bande d’adolescents sauvages, excités de la soirée qu’ils espéraient passer à emballer les filles et aguicher les garçons, le bouscula sans ménagement. Bien trop occupés à parler SMS et codes vestimentaires et plans drague, ils ne virent même pas le facteur amoureux, lui aussi pris dans le filet de ses pensées. Il lâcha son paquet qui glissa jusqu’à l’autre porte en face où il échoua lamentablement.

La lettre que la jeune femme avait osée pour donner suite à cette étrange question posée, « et si je vous disais que je vous aime ? », tomba du sac plastique où elle n’aurait jamais dû se trouver. Elle resta dans ce train de 16h16 jusqu’au soir où il fut nettoyé. Un courant d’air l’emporta et les mots d’amour hésitant s’effacèrent sous les larmes d’une pluie neigeuse.

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Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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