01 avril 2010

Pssttt (Aude)

Ça compte pour un mot Pssttt? Un petit mail de vingt-deux mots pour me rappeler qu'il ne me reste qu'une cinquantaine d'heures pour écrire mes cents mots. Pourvu que je ne reste pas sans mots. Un petit message silencieux, un chuchotement.

Sans maugréer, je vais écrire mes cents mots, sans moqueries vous les lirez. Je ne peux pas écrire sans mots dire, mais sans maudire oui mes cents mots écrire pour faire fi du défi.

Bon sang maudite bourrique, tu aurais du t'y prendre plus tôt. Bon, cent mots dits bout à bout, ce n'est pas bien long.

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01 novembre 2008

L'ilot de l'âme - Aude

Nous sommes sur une petite île de Normandie, une petite île isolée, battue par les vents, fouettée par la pluie et trop rarement caressée par le soleil. Une île ? Plutôt un grand rocher où on aurait posé un château fort à l’air moyenâgeux. Un château fort qui fut repaire de corsaires, pirates et autres brigands. Cette île est si petite que les jours où soleil et pluie s’emmêlent, un arc en ciel passe comme un pont au-dessus, ses deux pieds retombant dans la mer. Il n’y a plus guère d’habitants sur cette île où rien ne pousse excepté le sable et les rochers. Reste le gardien du phare et le couple qui s’occupe du château transformé en chambres d’hôtes pour touristes en mal de grand-air et solitude.

J’arrive sur cette île un 1er novembre. Le temps est triste et maussade, il me rappelle ma femme que je cherchais à oublier justement. Depuis le bateau qui m’emmène j’aperçois un rocher isolé et sombre caché derrière le crachin et la brume qui tombent. Je me demande si c’est déjà l’île.

- Non me répond le Capitaine, ça c’est l’ilot de l’âme.b_cklin

- L’ilot de l’âme, c’est joli. D’où vient ce nom ?

Le capitaine hausse les épaules.

- Oh vous savez, je suis breton. Les histoires de ces normands je m’en fous.


Plus tard, j’interrogerai la dame qui s‘occupe des chambres au château. Ses yeux se révulsent, son visage se ferme. J’ai beau insister, je n’en tire rien.

J’enfile un des nombreux cirés ainsi que des bottes laissés à la disposition des touristes. La bruine me pénètre les os. La nuit commence à tomber, je ne suis même pas certain que le jour se soit levé aujourd’hui. Le brouillard est si dense que c’est arrivé à son pied que j’aperçois le phare. Je lève la tête vers la mer et je suis surpris de voir l’ilot de l’âme comme nappé d’un halo parmi les embruns. Il me parait encore plus solitaire et étrange. C’est comme si une force m’attirait vers lui. Puisque je suis au pied du phare, je décide de le visiter. Je frappe la porte à l’aide du heurtoir. J’attends un long moment avant qu’un grincement ouvre la porte. Un vieil homme se tient devant moi. Il est sympathique mais peu loquace. Il me plait bien. Je le suis dans l’étroit escalier de bois en colimaçon. De là haut, c’est encore l’ilot que j’aperçois. Rien d’autre, pas de lumières de bateau, pas de vague, pas même une mouette. J’interroge le gardien. Sa voix devient tremblante quand il me répond :

- Si vous saviez tout ce que je vois la nuit.

- Je voudrais savoir justement.

- Ici les gens n’aiment pas en parler. Ils racontent que ça porte malheur.

- Mais on a bien du vous le raconter à vous.

- J’avais déjà vu…

C’est à ce moment que je la vois sur l’ilot : une frêle silhouette blanche, aérienne, devrais-je dire irréelle ? Le vieil homme aussi l’a vu. Il raconte :

- Elle était la fille du châtelain, une bien jolie fille.

- Que lui est-il arrivé ?

- Elle est tombée amoureuse de l’un des nombreux pirates qui trainaient ici, peut-être le pire de tous. Il était cruel et dur, l’âme noire. Il ne pensait qu’à la détrousser.

- A la trousser aussi, j’espère.

Je regrette déjà mon mauvais jeu de mots. La jeune femme semble toujours voler sur l’ilot.

- Il la rendit si malheureuse, qu’elle jeta son corps et son âme à l’eau. C’est à cet endroit qu’on retrouva son corps. Son père fou de douleur tua le pirate et extirpa de son corps encore chaud son cœur de pierre qu’il jeta à la mer. On raconte que le cœur de pierre est cet ilot et que l’âme de la jeune femme ne le quitte plus depuis.

- Mai pourquoi personne ne veut raconter cette histoire ?

- Parce que presque tous ceux qui connaissent l’histoire et qui ont aperçu le fantôme finissent par jeter leur âme à la mer.

Je regarde la jeune femme sur l’ilot qui m’appelle.

 

 

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18 octobre 2008

Triangle précieux (Aude)

Triangle

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11 octobre 2008

Fin du défi de Pandora (Aude)

Faites des gosses (Pandora)

John a été très laconique au téléphone mais son ton était on ne peut plus clair : ça chauffe. Après plus de dix ans à bosser ensemble, John et moi formons presque un petit couple, nous comprenant à demi-mots. Attention hein, en tout bien tout honneur, j’ai une femme et trois gosses. Enfin j’étais marié, Gloria est partie depuis un paquet d’années, jalouse de mon boulot, et je l’ai remplacée progressivement par la bouteille. Bref, il semble que ça bouge dans l’enquête que nous menons suite au meurtre du professeur Atkinson. Une sale affaire : il a été retrouvé mort par sa femme de ménage, à moitié nu et l’autre moitié, celle du haut, emballée dans des vêtements de latex plutôt moulants qui ne ressemblent pas à la tenue que l’on attend d’un professeur de physique pressenti comme l’un des futurs prix Nobel. Aucune idée si ça se donne à titre posthume ce genre de chose, mais sinon c’est râpé pour lui. Et outre son habillage, le respectable professeur a été émasculé et personne n’a réussi à remettre la main sur ses bijoux de famille. Une affaire pour laquelle on nous attend au tournant, le téléphone n’arrêtant pas de sonner dans le bureau du commissaire. Nous marchons sur des œufs.

Nous nous sommes partagés le travail et pendant que j’épluche les factures de téléphone, les relevés bancaires et tous les documents qui pourraient nous mettre sur une piste éventuelle, John furète du côté des bars à putes où il se pourrait que le professeur bien sous tous rapports, mais amateur de latex, aille défouler ses instincts particuliers de mâle insatisfait par sa bourgeoise et amateur de plaisirs très particuliers. Et pour avoir interrogé sa bourgeoise toute la matinée d’hier, je le comprends un peu d’aller voir ailleurs (par contre je suis allergique au latex, ça me donne des boutons). Et il semble donc que John soit tombé sur quelque chose d’intéressant.

Me voilà parti à toute blinde vers la gare heureusement proche où se croisent dans une ambiance interlope les voyageurs, les toxicos et les pervers  de notre chouette ville. Notre fond de commerce. Nous y trainons régulièrement et je connais donc le coin comme ma poche. John m’a dit de le rejoindre au « pink flamand », un bar plutôt mal famé situé à la frontière entre le quartier de la gare et celui du port. Je me gare au plus près comme je pouvais, sans me soucier des panneaux d’interdiction. Y a pas trop de satisfaction dans ce boulot à fréquenter les macchabées et les criminels, alors autant profiter des rares avantages. Je vérifie que mon pétard est fonctionnel, j’enfile par-dessus ma veste de complet râpé et j’entre dans le bar, roulant des mécaniques comme le cow boy que je ne suis pas mais auquel je veux donner l’impression de ressembler. Dans ce job, c’est 90% d’intox contre 10% de réels problèmes, la première permettant d’éviter les seconds. Je montre ma plaque au videur et m’avance dans le bar où des filles en petite tenue servent des boissons à des hommes qui pourraient pour la plupart être leur père. Des types qui n’ont absolument pas soif mais qui doivent exhiber leurs dollars avant de pouvoir sortir leur engin. L’une d’elle s’approche mais n’insiste pas quand elle me reconnait. Ces nanas sont un vrai radar à flics. La barmaid, que j’ai fait coffrer la semaine dernière, me fait un clin d’œil ironique et le directeur assis au bar m’apostrophe (La venue de la police n’est jamais bonne pour les affaires).

« J’espère que vous n’en avez plus pour longtemps avec Cindy, ça fait une plombe que votre collègue discute avec elle. Je vous signale qu’elle est sensée bosser et ramener un peu de fric pour justifier son salaire exorbitant ».

Je passe en faisant semblant de ne rien avoir entendu, ayant repéré John assis dans un des boxes privés du fond. Il parle à une pute d’un âge certain que l’épaisse couche de maquillage qui la recouvre rend incertain, Cindy probablement.

- Michael, te voilà enfin. Je te présente Cindy. Sais-tu que Cindy connaissait bien le professeur ?

- Ah bon ?

- Ouaip, c’était même un sacré numéro paraît-il, pas vrai Cindy ?

Je m’assois en face d’eux et regarde Cindy qui me fixe à son tour d’un regard bovin en mâchant son chewing gum.

- Un sacré cinglé plutôt, dans le genre bon à enfermer. J’vous dis pas c’qui m’demandait de lui faire. D’ailleurs souvent on faisait ça à deux, avec Jessica. Et vendredi soir, comme je n’étais pas dispo, c’est elle qui y est allée toute seule.

John me fait un clin d’œil de connivence, vendredi soir est le soir du meurtre. C’est effectivement du chaud brûlant qu’on tient là avec une première piste très sérieuse et peut-être même notre suspect. Suspecte en l’occurrence.

- D’ailleurs elle est là-bas. Jessica ramène toi voir par là…

Nous nous retournons de concert vers Jessica une jolie blonde au sourire qui se fige en me voyant, en même temps que je sens ce qui me reste de cheveux, c’est à dire vraiment pas grand-chose, se hérisser sur ma tête. John, qui a reconnu lui aussi ma fille se lève pour rattraper Emily qui essaie de s’enfuir en se précipitant vers la sortie tandis que je reste les fesses scotchées au fauteuil.

Ma fille Emily se prostitue dans un bar à pute et est le suspect numéro un dans cette sale affaire de meurtre. Je ne pense pas m’être jamais senti aussi seul qu’à cet instant. Faites des gosses qu’ils disaient.

Moi en tout cas je boirais bien un scotch. Double au moins.

…………………………………………………………………………………………………..

 

Le temps que John me ramène ma fille, j’ai déjà éclusé deux verres. Elle est pas fiérote la môme. Ça me rappelle quand elle ramenait un mauvais bulletin de l’école. Elle faisait cette tête là aussi la fois où elle avait filé rencard au fils du quincaillier en douce et que cet abruti avait jeté un caillou à la fenêtre de notre chambre plutôt qu’à la sienne.

- Alors Emily, ou plutôt Jessica, t’as des trucs à nous raconter ?

- Non Papa ou plutôt Inspecteur.

- Monsieur l’Inspecteur, je préfère.

Je la regarde ma môme, une sacrée belle môme, tout le portrait de sa mère, plus jolie même. Elle a toujours eu le don pour se fourrer dans des sales galères et faire les mauvaises rencontres au mauvais moment. C’est vrai aussi que je ne m’en suis pas beaucoup occupé après qu’elle soit partie vivre avec sa mère. Je pensais que ça serait mieux. Pas sur. Je me ressers un verre. Je vois son regard implorant se poser sur mon scotch. Ah c’est bien ma fille. Je lui tends le verre. Cul sec qu’elle se l’enfile la petiote. Ailleurs, j’aurais pu en être fier.

Je secoue la tête. Ça va pas. Emily, elle ne supportait pas qu’on touche à une mouche, alors tuer un mec. J’y crois pas. Je demande à rester seul avec elle. John comprend, il est chouette John. On nous emmène dans une chambre vide Emily, la bouteille et moi. C’est que l’atmosphère n’est plus trop à la bagatelle ici !

Elle se tient crânement devant moi, la tête bien droite comme quand elle allait à ses cours de danse. Elle était mignonne avec son tutu. Dur de se dire qu’elle a remplacé le tutu par la turlutte à la chaine !

- Tu me crois coupable hein ?

- Non.

Regard surpris. Qu’elle a de beaux yeux ma fille.

- Pourtant je le suis.

- Arrête Emily, t’as toujours menti. Comment veux tu que je te croie.

- Pourquoi je m’accuserai à tort ?

- T’as toujours fait des trucs comme ça. Tu planquais des boulettes de terre pour effrayer ta mère. Elle pensait que c’était du cannabis. J’vais pas te laisser t’accuser. Allez tu veux couvrir qui ? ton protecteur ?

- Mêle pas Dylan à tout ça. Il est blanc depuis qu’il est sorti de taule.

- Dylan, c’est pour lui que tu tapines ? Ce petit crétin boutonneux fils de ce voleur de quincaillier ?

Elle ne répond pas, baisse la tête. J’ai jamais pu l’encadrer le Dylan pas seulement parce qu’il m’avait réveillé au milieu de la nuit en se trompant de fenêtre. Je sentais la raclure en ce type.

- Ce ne serait pas la première fois que tu le couvrirais. Quand il avait esquinté le vélo de la voisine, t’avais dit que c’était toi pour pas qu’il se fasse engueuler. Tu crois qu’on n’avait pas deviné.

Et là elle craque ma petiote.

- Il m’avait forcé à mentir. Il disait qu’il crèverait les yeux du chat sinon.

J’ai jamais pu la voir pleurer.

- Et là, il t’a menacé de quoi pour que tu le couvres ?

- De crever les yeux d’Arthur ?

- Arthur ?

- Ton petit-fils.

Je le bois au goulot le scotch pour le coup. Elle s’effondre, déballe tout.

- Je voulais qu’il m’offre une bague parce qu’il m’avait forcé à vendre celle de grand-mère. Alors il a tué ce type, lui a coupé les couilles en me disant : « Ah tu regrettes tes bijoux de famille, et bien en voilà et ils sont chauds même s’ils ne sont plus de première fraicheur. ».

Je savais bien qu’elle ne tuerait pas une mouche ma fille.

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04 octobre 2008

Mais où est passée la sculpture de Gerry Henrard? (Aude)

Gerry Henrard, l’inspecteur le plus sexy de l’ouest et bien au-delà encore était bien ennuyé. Il lui avait été dérobé la sculpture qui trônait sur son bureau depuis de nombreuses années. Il aurait d’autant plus de mal à la retrouver que pour se concentrer il avait la réconfortante habitude de la contempler, voire la caresser distraitement. Et à chaque fois, ça ne manquait jamais, la solution de l’énigme s’imposait à lui, évidente. Il bouclait alors son enquête en quelques heures.

C’était une sculpture assez particulière que lui avait offert un ami sculpteur : Philippe Mordevol. Elle représentait un sexe de femme. Tous ne s’en apercevaient pas au premier coup d’œil, mais parfois un regard un peu plus attentif se transformait en regard pour le moins surpris quand les personnes présentes dans le bureau de Gerry Henrard s’apercevaient de la forme originale voire originelle de la sculpture. Il était toutefois fort heureux que Gerry ne travaille pas à la brigade des mœurs. Le supérieur de Gerry, le commissaire Clandus ne s’était jamais aperçu de rien. Il croyait encore qu’il s’agissait d’un moulage raté réalisé pour la fête des pères par le fils de Gerry.

Gerry aurait pu demander à Moredevol de lui en vendre une autre mais il attribuait à sa sculpture des pouvoirs magiques.

Il n’avait aucun indice. Les personnes habituelles avaient eu accès à son bureau : ses collègues, son chef et la femme de ménage en qui il avait toute confiance

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27 septembre 2008

The Frame (Aude)

_d_fidusamedi

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20 septembre 2008

Piapia magazine - Aude

Piapia

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06 septembre 2008

Val, Papistache et Janeczka dans un bateau (Aude)

Val, Papistache et Janeczka sont dans un bateau. Mais qui a proposé un tel sujet ? Ah oui, l’idée de départ était la mienne.

Val, Papistache et Janeczka sont dans un bateau. S’il s’agit d’une barque, il n’y a plus de place pour pince-mi et pince-moi. Les auraient-ils poussés dans l’eau ? J’imagine bien Janeczka et ses 40 kg toute mouillée, jeter les deux pinceurs dans l’eau pour laisser la place à Papistache et Val.

Où bien sont-ils montés dans le yacht d’un richissime ami ? Ah non, je confonds avec d’autres.

Val, Papistache et Janeczka sont sur un chalutier. Ah mais c’est bien ça. Ils vont ramener du poisson à leur famille.

Val, Papistache et Janeczka dans un bateau de pirates ? Tiens pourquoi pas ? Mais ce sont eux les pirates. Ils attrapent les blogueurs sur le grand océan des blogs pour les ramener sur l’île des défis du samedi.

Val, Papistache et Janeczka sur un bateau ? Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

Val, Papistache et Janeczka sont sur un bateau, que font-ils ? Comment voulez vous que je sache, je n’y étais pas.

Val, Papistache et Janeczka sont sur un bateau que font-ils ? Et bien ils naviguent, que voulez vous qu’ils y fassent.

 Maman, les petits bateaux ont-ils des ailes ? Avec ces 3 là, bien sur qu’ils ont aussi des ailes les bateaux.

C’était vraiment un sujet bateau.

Illustration : Joye

carr_menbien

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30 août 2008

Un jour, à la caisse (Aude)

Elle choisit rapidement les quelques courses dont elle a besoin. Elle n’aime pas vraiment faire les courses. Elle s’attarde au rayon beaux-arts, plutôt bien garni dans ce magasin. Elle frôle de ses longs doigts pâles les pastels, effleure les sombres fusains, s’attarde sur les tubes de peinture. Elle en attrape un, vive, le jaune. Elle se souvient que c’est celui qui lui manque le jaune. Elle file à la caisse, contemple agacée la queue. La caisse prioritaire ? Son ventre encore trop plat et ses 20 ans empêchent les autres chalands de deviner l’enfant qui grandit en elle. Elle attend à la caisse « moins de 10 articles ». ça avance assez vite mais la file lui parait si longue.

- Pourquoi seulement du jaune, murmure une voix derrière elle.

Non ce n’est pas un murmure. C’est une voix d’homme jeune, assurée et mélodieuse. Elle se retourne : un jet bleu l’éclabousse. Il a de si beaux yeux et un joli sourire aussi.

- Moi aussi, c’est ce beurre que je préfère, continue-t-il en détaillant son panier.

Elle lui sourit à son tour.

- Alors pourquoi ce jaune ?

- Parce que j’en ai plus.

- Mais pourquoi est-ce le jaune qui te manque ?

- C’est celui que j’utilise le plus.

Elle n’ose pas lui dire qu’elle ne peint plus guère et qu’elle en est triste. C’est son tour de passer à la caisse. Elle étale ses courses sous le regard curieux de l’inconnu qui la dévisage aussi. Il la trouble. Elle trouve cela délicieux. Elle paye, s’apprête à lui dire au revoir. Il l’arrête.

- On pourrait boire un verre. J’habite à côté.

Elle s’entend, à peine étonnée accepter. Dans la rue il lui apprend qu’il s’appelle Boris, qu’il est comédien. Ils arrivent bientôt dans la cour d’un vieil immeuble, montent au deuxième étage. Il ouvre la porte.

- C’est chez ma copine en fait. Elle est en tournée.

Elle observe malgré elle les traces de la jeune femme. Il lui fait un thé chaud. Elle examine silencieuse les livres qui l’entourent, le regarde à la dérobée aussi. Le désir qui les attise les empêche de prendre des chemins détournés. Le thé ne sera pas bu, les draps seront froissés. Elle y restera exactement 24heures puis rentrera chez elle, enfouira cette histoire dans un coin inconnu et secret de sa mémoire.

Un jour, onze an plus tard, après une pièce de théâtre, le même regard la transperce à une dizaine de personnes de là. Il la rejoint, lui sourit.

- Tu as aimé la pièce ?

- Mon amoureux y joue.

Il n’y a qu’un rôle masculin.

- Oh mais je le connais alors.

Il regarde l’enfant près d’elle.

- C’est ton fils ?

- Oui.

- Il a quel âge ?

- Presque 11 ans.

Elle le sent troublé, comprend son trouble, éclate de rire, fait non de la tête. Il pousse un soupir de soulagement.

- Y’a longtemps que tu es avec Fabien ?

- Deux ans. T’es toujours comédien ?

- Oui mais c’est dur. Tu peins toujours ?

Elle sort de son sac un carton d’invitation couleur soleil, lui tend : son premier vernissage.

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02 août 2008

Un avenir sans essence (Aude)

C’est en préparant mon petit déjeuner que je m’en aperçois. L’essence épicée de mon thé ne me chatouille plus les narines comme à l’ordinaire. Je rapproche mon nez de la boite, le thé se serait-il éventé en une seule journée ? Je ne sens plus non plus la réconfortante senteur du pain qui grille. Je ne suis pourtant pas enrhumée. C’est sans plaisir que j’avale mon petit déjeuner, je ne lui trouve aucun gout.

 

Dans la salle de bains, je renifle avec efforts les flacons de shampoing et autres savons. Mon shampoing au miel ne sent plus le miel… Ma crème de jour ne sent plus non plus. C’est comme si je ne me passais que de l’eau partout sur le corps. Je n’essaye même pas le flacon de parfum aux essences ambrées.

 

Dans la chambre, je me penche vers le lit, enfouis ma tête au creux du cou de l’homme qui y est allongé. Rien, je ne sens rien. L’homme m’embrasse : je ne ressens rien. A défaut de sentir ses phéromones, je sens l’angoisse monter. Pas le temps de m’appesantir. Je file au travail.

 

Je salue mes collègues. Madame Beaujour ne sent pas mauvais ce matin. Non pas qu’elle sente bon, elle est inodore. D’habitude, dès le matin, elle nous inonde de ses généreux effluves malodorants. Je m’assieds à mon bureau face à Nat ma collègue. Elle adore manger de l’ail et quand elle me parle, j’évite de respirer en général. Et bien là, rien du tout. Nat ne sent pas l’ail. Non pas que je regrette ces odeurs nauséabondes mais cela m’inquiète. Je vais tenter un test à 10h30. Tous les matins à 10h15 M Torlecou va aux toilettes, il en sort à 10h20. Après, nous évitons tous les toilettes pendant au moins trente bonnes minutes. Là, j’y vais juste après. Et bien rien, je ne sens toujours rien.

 

En repartant, réflexe idiot, je ne peux m’empêcher de me pencher sur une rose rouge qui me cligne de l’œil. Je ne sens rien encore une fois.

 

Mon repas du midi est fade et pâle sans aucun arôme.

 

Je téléphone à mon médecin. J’en passe des batteries d’examen. Le verdict est cruel : anosmie ou perte totale de l’odorat.

Il va falloir vous habituer à un avenir sans essence, m'annonce-t-il. 

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