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Le défi du samedi
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19 février 2022

Salade miraculeuse (Jean-Patrick)

 

02-18-Alina KuptsovaQuels souvenirs que ces plats parfumés quand le soleil brille, à table sur la terrasse des grands-parents. Mamy le savait et quand j’arrivais là-bas, en plein cœur de l’été, j’avais droit à ses inventions que je mangeais nulle part ailleurs. J’entendais aussi les discussions qui l’aimantaient à grand-père :

— J’ai ramassé les cornichons avant-hier ; les as-tu mis en bocaux ?

— J’en ai préparé pour l’année entière ! Tu peux donner le reste à la voisine.

— Et les petits oignons ?

— Tu t’imagines peut-être que je les laisse aux poules…

Le potager passait en entier dans les pots de verre que Papy et moi alignions dans la cave.

Les plus beaux échanges chantaient dans la cuisine avant l’heure du repas, grand-mère passait ses commandes et grand-père en assurait la livraison :

— Des radis et des patates, je vais lui faire une purée. Ramènes-en davantage pour ce soir…

Papy trottait dans ses carrés de légumes, la serre et la cave, puis réapparaissait les bras chargés des ingrédients que Mamy transformait dans ses chaudrons magiques. Rien qu’écrire les mots ou les lire à voix haute me mettent l’eau à la bouche : les recettes de grand-mère valaient amplement celles des chefs réputés qui se montrent à la télé en tenue blanche ; le tablier de grand-mère était beaucoup plus modeste, avec ses carreaux et ses rayures ; et j’entends encore le son des casseroles quand elles les attrapaient.

 

Un jour, la peur suintait des fourneaux, la maison tremblait presque. Le menu jouait aux abonnés absents, la maîtresse-queue manquait d’inspiration et son porteur attendait la commande qui ne venait pas :

— Des nouilles froides, proposa-t-il espérant la soulager.

— Une salade de nouilles, hésita-t-elle un moment, avant d’en repousser l’idée : vendredi, avec le thon !

J’étais suspendu à leurs lèvres, mais elles restaient muettes. Soudain Mamy fixa le potager par la fenêtre :

— Tu en as dans le jardin ? demanda-t-elle.

— C’est la pleine période, répondit Papy d’un air convenu.

— Va m’en chercher… des grosses, des belles, des juteuses.

Et grand-père partit à brides abattues, à fond la caisse, à toute allure. Il m’étonnait par l’allure à laquelle il marchait, comme si une guêpe l’avait piqué ou qu’une envie pressante le saisissait. Je n’avais jamais vu grand-père filer de la sorte.

— Papyva rapporter ce qu’il me vaut pour te faire une salade de saison. Tu m’en diras des nouvelles !

Pour moi, Mamy parlait chinois : chacun de ses repas était délicieux, je mangeais toujours du beau et du bon : les yeux et la bouche se régalaient. Que pouvait-elle faire de plus ou de mieux ?

Bien vite grand-père entra dans la cuisine et posa une cagette sur la table, pleine de légumes frais, comme d’habitude ; rien d’exceptionnel !

— Allez, on met la table pendant que Mamy nous prépare une salade mi-ra-cu-leuse.

Je lui demandai ce que signifiait tout ce remue-ménage, je ne comprenais rien à leur manège :

— Ah ! avec ta grand-mère, c’est comme ça. Depuis le temps qu’on est ensemble, on se comprend à demi-mots. Aujourd’hui, elle m’a expédié dans le jardin, en me faisant comprendre que pour sortir de la mouise, la tomate urge !

 

Commentaires
M
Bien joué ! :)
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L
miam...
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P
Un régal !... du début à la fin. Grand bravo !
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T
Hé ! Hé ! M'attendais pas du tout à la chute ;)
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J
Oups :-(<br /> <br /> Papyva rapporter ce qu’il me vaut pour te faire une salade de saison.<br /> <br /> il faut bien sûr lire :<br /> <br /> Papy va rapporter ce qu’il me Faut pour te faire une salade de saison.
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