Depuis que Jephté – le chef de bande des hommes de Galaad – a ouvert sa boîte de nuit branchée « L'arrêt Galaad » une foule se presse chaque soir pour s'y éclater jusqu'à l'aube.
Grâce à son légendaire pouvoir de persuasion Germaine a réussi à m'entraîner sur les rives du Jourdain mais si elle rayonne dans sa tenue de vestale du même tissu (la rayonne) j'ai plus l'air d'une vieille pétasse que d'un éphèbe dans une tunique bien trop courte pour moi.
Au bout d'une plombe on se présente enfin devant un cerbère taciturne qui se fend d'un rictus en découvrant mon accoutrement.
« Etes-vous Ephraïmites ? » aboie t-il comme tout cerbère.
« Non » répond Germaine qui a bien retenu la leçon.
L'écho de la fête nous parvient ...
« Aqaba, Aqabi
Aqabi où l'amour danse avec la nuit »

Derrière le cerbère on distingue un amas de corps enchevêtrés. « C'est ceux qui ont mal répondu aux questions» me susurre Germaine à l'oreille.
« Z'avez le code ? » éructe le cerbère taciturne.
Germaine opine du chef comme une première de la classe snobant ses copines devant la maîtresse ; elle déclame « Ciboulette ».
Le cerbère fronce les sourcils en portant la main au pommeau de son cimeterre.
J'ai comme une boule de kebbeh en travers de la gorge tandis que Germaine s'offusque: «C'est pas ça ? »
«Dernière chance » gronde le cerbère avec un clin d'oeil indécent vers Germaine, mais il me pointe du doigt et dit : «Vous ! »
C'est bien ma veine, ils ont dû changer le code.
J'interroge Germaine du regard mais elle a la tête ailleurs car dans la boîte de nuit ça chante à tue-tête :
« C'est pour les vivants
Un peu d'enfer
le Connemara »

A tue-tête ? A tue-tête c'est ce qui va m'arriver si je ne donne pas ce foutu code.
J'ignorais que les jordaniens connaissaient les lacs irlandais mais ça n'est pas ma priorité.
Instinctivement il me vient ail, oignon, échalote … Qu'est-ce qu'ils peuvent bien bouffer comme condiments dans le Galaad ?
Le cerbère n'est plus taciturne du tout, il a le cimeterre qui le démange alors va pour l'oignon puisque tout le monde sur terre mange des oignons.
Germaine me broie la main : »Dis quelque chose, on va pas finir sur ce tas de mecs »
J'ouvre la bouche.
Le cerbère a dégainé sa rapière tandis que dans la boîte ça crie : « And I'll survive, I will survive, hey, hey »
C'est plus fort que moi, je hurle : »Connards ! »
Avant de m'évanouir j'entends le cerbère dire « C'est ça »



Ma vestale échevelée est penchée sur moi : »Qu'est-ce que tu fous sur la carpette ? »
« Hein ? »
Je n'avais jamais remarqué qu'on possédait un tapis persan percé ...
« T'as encore fait un de tes cauchemars du samedi. Tu vas me faire le plaisir d'arrêter avec ces fichus Défis ! »
Je me mets à quatre pattes et je rampe nu comme un ver jusqu'à l'ordinateur.
Je n'ai pas l'air d'être mort et j'ai perdu cette ridicule tunique courte.
Je me connecte là où vous savez … pour une fois que j'ai une idée.