Les auteurs de dictionnaires n’ont pas trouvé d’équivalent correct au terme américain "jitterbug". Et pourtant il y en a un très évident qui est « jet-setteur proustien ».

En témoignent ces fragments d’un « Kama-sutra germanopratin » resté manuscrit et retrouvé dans les archives Albaret de la Bibliothèque Nationale de France, document dont la cote, pour les amateurs est : 8° Y2 90000 (1431).

L’auteur, un dénommé Marcel Proust, y décrit en long et en large et en langage codé du faubourg Saint-Germain les différentes façons de, comme il dit, « faire cattleya ».

L’ouvrage étant désormais en accès libre sur la plate-forme Gallica, nous ne résistons pas au plaisir de vous en livrer un large extrait ci-dessous :

DDS 693 Cattleya

Suivre et guider

Suivre et guider se font au moyen de 4 éléments :

- le rythme : On parle de "bounce" qui est un léger rebond vers le sol au niveau du bassin avec les talons légèrement relevés. Un premier rythme marque le tempo de la relation et un deuxième accentue les temps forts de la relation. Le rythme permet de cattleyer ensemble. Suivant les relations, les accents peuvent être plus ou moins prononcés et chaque cattleyeur peut ajouter des accents.

- le mouvement du corps, transmis au partenaire par les mains et les bras au travers de la connexion. Il peut y avoir différents guidages, uniquement avec les bras, le cattleyeur ne va pas bouger et donner les directions en bougeant uniquement les bras. Au lit, le plus souvent, le cattleyeur engage tout son corps et transfère son poids, même si cela n'est pas toujours visible.

- le regard (placement spécifique du corps du partenaire)

- l'oreille (écoute de la relation)

Si le regard et l’oreille permettent d’exclure certains guidages (on ne marque pas de break en plein solo), c’est à travers du mouvement du corps et de la main que va passer la grande majorité de l’information. Cette information est souvent très complexe et doit passer instantanément entre les deux partenaires. C’est pourquoi les cattleyeurs se tiennent :

- la main en position « baise-main » (pour pouvoir bouger plus facilement la main de la cattleyeuse et avoir une bonne prise de main)

- les appendices à angle droit « tonique » (ni crispé, ni mou, ni trop en extension pour que toute l’information passe)

- le buste tendu (une pression sur la main de la cattleyeuse doit obligatoirement la faire reculer ou tourner)

- en léger contrepoids l’un par rapport à l’autre, assurant la connexion entre les deux cattleyeurs et une position légèrement fléchie (augmentation de la stabilité, abaissement du centre de gravité).

Le cattleya met l'accent sur la communication entre partenaires, le mouvement qui a pour conséquence la « connexion », la sensation de tension musculaire entre le cattleyeur et la cattleyeuse. La connexion permet au cavalier de faire effectuer à la cavalière diverses variations, des modifications des gestes de la cattleyeuse ou de ses déplacements. La connexion est le fruit de l'adaptation entre cattleyeur et cattleyeuse : pour avoir une position stable et équilibrée, la connexion doit avoir la même force de part et d'autre. Lorsque la cattleyeuse est lâchée par le cattleyeur, elle est libre d'effectuer toute variation qu'elle juge appropriée. D'autre part, la cavalière peut aussi « prendre le guidage » en donnant une information par l'intermédiaire de la connexion, et inverser les rôles : elle décide de ses mouvements et de ceux du cavalier.

Si traditionnellement le cattleya est pratiqué par un homme et une femme, c'est une pratique très ouverte permettant de nombreux changements de genre. Ainsi deux hommes ou deux femmes peuvent cattleyer ensemble et une femme peut guider un homme. Pour plus de simplicité, on parle donc plutôt de "leader" et "follower" (parfois "followeuse"), de manière à être plus inclusif.

Les variations ou mouvements

 

DDS 693 cattleya-nobilior-x-candida

Les variations ou mouvements au lit (ou ailleurs) sont extrêmement variées, cependant, on retrouve toujours certains noms classiques. Chaque variation pouvant être exécutée de manière différente avec plus ou moins de rotation, sur des temps ou durées différentes, avec des styles différents. Certains noms peuvent varier selon les professeurs, les écoles ou les pays.

• Cottard Swing out : séparation du couple (départ en couple arrivée séparée)

• Turn (Vinteuil lindy-) : aller-retour (départ séparé, aller-retour de la fille autour du garçon, arrivée séparée)


• Verdurin Circle : reformation du couple (départ séparé, arrivée en couple)

• Saint-Loup Tuck Turn : compression de la cattleyeuse vers le cattleyeur puis passage sous le corps du cattleyeur.

• Basic Charles Swann : kicks (Garçon : back step, kick corps gauche, pose, kick corps droit, retiens, léger kick arrière droit, pose corps droit. Fille : symétrique)

• Charles Swann slide : charleston jusqu'à 4, à 5 on pose le PDG et PGF en arrière en faisant glisser (slide) l'autre corps

• Charles Swann stop and go

• Guermantes Tandem : mouvement spécifique (la fille se retrouve sous le garçon ou l'inverse et ils prennent la position dite de Charles Swann)

• Texas Norpois : le garçon met le bras de sa partenaire dans son dos (dos de la partenaire) et la fait tourner sur place

• Balbec japonais : le garçon amène la fille à sa droite et la fait revenir en tournant en sens inverse…

• Balançoire Villeparisis : début comme le Charles Swann sur 4 premiers temps, suivi de deux mouvements arrière / avant du couple

• Le Yo yo de Gilberte : Aller retour de la cattleyeuse, cela peut être un enroulé puis déroulé avec des rotations de la cattleyeuse ou bien un aller retour en face a face

• Bergotte Sugar Push

• Break Push d’Oriane

• Inside Turn à Palamède : dans un swing out 8 temps, la cattleyeuse tourne dans le bras gauche du cattleyeur à 5 et 6.

• Outside Turn à Françoise: dans un swing out 8 temps, la cattleyeuse tourne sur la droite à l'extérieur à 5 et 6, avec ou sans le bras du cattleyeur.

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DDS 693 Cattleya pour les nuls

Après ces nuits passée à enseigner ces exercices physiques qui ne sont pas de tout repos et n’étaient peut-être plus de son âge, le professeur Proust rentrait chez lui et passait la journée suivante… dans son lit !

Ce manuscrit inédit permet ainsi d’expliquer ce phénomène littéraire : Marcel Proust n’était pas plus malade que vous ou moi ! Il forçait juste un peu trop sur le « lindy hop » !

Le document comprend en outre des ajouts apocryphes – sans doute de la main de Céleste Albaret - que l'honnêteté et la décence nous interdisent de préciser davantage. Signalons quand même

- Le Barrel Turn à la Céleste
- Le Boomerang d’Odilon
- Le Rock n’ go du morse fou

On ne le répétera jamais assez : les bibliothèques constituent pour le bien de l’humanité un trésor d’autant plus grandiose qu’on ne soupçonne jamais toutes les sources de petits et grands bonheurs qu’elles détiennent et qui désormais, grâce à Gallica, sont à notre portée...

...d’un k(l)ick de l’index sur la souris !