Pour quelqu'un qui ne maîtrise pas l'art des topiaires je m'étais plutôt bien débrouillé.
Ça m'avait coûté deux lames de taille-haie et quelques coupures de doigts au sécateur mais Germaine était aux anges en découvrant sa callipyge statue de buis taillé.

Après un échec cuisant de sculpture sur notre vieil érable pourri qui ressemblait plus à un mammouth antédiluvien qu'à ma Germaine, après qu'elle m'eut fait la gueule comme elle sait si bien faire pendant une semaine, j'avais eu l'idée de tailler ce grand buis près de la cabane au fond du jardin.
Inutile de faire poser mon modèle des heures entières car je connaissais son corps par cœur et notre voisin eut été trop content de se rincer l'oeil.

Le buisson alangui buissonnait joliment sous le soleil de juillet.
« C'est très ressemblant » s'exclama t-elle en me sautant au cou.
« Tu es mon Gaughin » ajouta t-elle, un peu fâchée avec les arts et les artistes.
Je ne relevai pas, Gaughin s'étant essayé à la sculpture et puis ça rimait presque avec Rodin.
Un couple de tourterelles s'envola bruyamment de sa chevelure végétale, ajoutant à la poésie de l'instant ; Germaine battait des mains comme une gamine.
Je ne l'avais pas vue aussi enthousiaste depuis que je lui avais offert ce magnifique aspirateur sans fil de chez Lidl sur lequel elle pestait chaque semaine.
Dérangé par le bruit, un écureuil roux qui passait par là – la queue en panache – s'enfouit vicieusement dans l'intimité touffue d'un endroit que la décence m'interdit de nommer mais Germaine – toute à sa joie – ne le vit pas et c'était aussi bien pour nous deux.

Déjà Germaine téléphonait à ses copines … le week-end promettait d'être riche en visites