Il attendait sur le quai Malaquais. Il attendait, je ne sais quoi. Certains diraient : Godot, d’autres un bateau. Son esprit , lui semblait-il, devenait nébuleux et embarquait sur d’autres rives. Son regard se perdait dans les vagues de la Seine, dans les taches de lumière du soleil couchant qui se reflétaient sur l’eau, telles des paillettes d’or entraînées par le courant.
     Ces grains lumineux, songeait-il, coulent avec le fleuve vers la mer et moi, que fais-je ? Je reste là, j’erre sans but dans les rues et je n’accomplis rien. Depuis ces malheureux événements d’il y a deux mois je ne fais que tourner en rond. Je devrais agir mais je n’y parviens pas. Allons  !
     Il se remit en route.
     Le dos voûté, les mains courbées, les joues tombantes, il semblait porter sur lui un poids démesuré.
     En suivant le mouvement des quais il atteignit le Pont Neuf puis pénétra dans le square du Vert Galant.
     Il vint s’asseoir au fond du parc, là où sa forme se rétrécit jusqu’à prendre la forme d’une proue de navire. Les vagues légères qui longeaient la jetée et le dessin du courant en sens inverse lui donnaient l’impression d’être réellement sur un pont de bateau. Il ferma les yeux et s’imagina à bord d’un voilier sur une mer lointaine, le regard fixé sur l’horizon, découvrant, à mesure qu’ils se dévoilaient à lui, des paysages majestueux, des monuments témoins de splendeurs passées et des personnages ayant de fabuleuses histoires à raconter.
     Et moi, que fais-je ? songea-t-il en sortant de sa rêverie. Tant d’autres avant moi ont connu péripéties et difficultés mais ont choisi de combattre parce qu’ils croyaient en quelque chose. Et moi je soupire et je me plains et je m’apitoie sur moi-même. Si ici je n’ai pas rencontré ma chance, alors je dois m’en aller. Qu’importe l’inconnu et qu’importe le doute mais que mon aube se lève !
     Le soir même il se trouvait sur un quai de gare et embarquait pour autre part.