Ce devait être au début des années septante quand le téléphone a été installé: les nouveaux voisins ne s'appelaient plus Albert et Julia et ils n'avaient pas le téléphone. 

On avait quitté le numéro 17 et la rue de grand-mère pour une maison où mini-Adrienne ne s'est jamais sentie chez elle.
Mais on avait le téléphone ;-) 
Ainsi qu'une porte de derrière et une porte de devant. 
Sauf que ni l'une ni l'autre n'était située à l'avant ou à l'arrière - vu qu'elles étaient toutes les deux sur les côtés - et que tout le monde utilisait la porte de derrière, même les visiteurs, alors que seule celle de devant avait une sonnette. 
Bref, un jour le voisin frappe à la porte de derrière et demande s'il peut utiliser le téléphone. 
Bien sûr qu'il peut. 
Le brave homme parle si fort dans le combiné que dans la pièce d'à côté, on peut suivre la conversation. 
Sauf que mini-Adrienne n'y comprend rien du tout. 
- Allô? ici c'est Devlé-Chauvert! répétait-il. 
- Pourquoi il dit Devlé-Chauvert? demande-t-elle à sa mère. 
- C'est parce qu'il téléphone en Wallonie. 
C'est ainsi que mini-Adrienne a appris trois choses: que le voisin, qui ne connaissait pas un mot de français, s'exprimait assez couramment en wallon, qu'il adaptait son nom de famille - Devleesschouwer - à son public, et que s'il était maigre comme un clou et crachait ses poumons, c'est parce qu'il avait travaillé dans le Borinage comme mineur de fond.