Maman adorait l'écossais. Je veux parler de la couleur bien sûr. M'en suis-je coltinée des vêtements à carreaux ! Et ma sœur aussi puisque la plupart du temps, elle usait les miens devenus trop petits.
Des jupes, des vestes, des blouses. Oui, des blouses que l'on portait alors obligatoirement à l'école primaire et même au collège. Maman avait du goût et savait marier la couleur écossaise avec de l'uni. Elle trouvait beaucoup de qualités à ces coloris mêlés : bleu, rouge, vert. Outre qu'ils lui plaisaient, elle disait qu'ils étaient peu salissants. Ce qui n'est évidemment pas négligeable quand on élève une troupe de 5 enfants. C'est bizarre : je ne me rappelle pas avoir vu mes frères vêtus de tels habits. Ils devaient bien en posséder aussi. Ou peut être portaient-ils uniquement des vêtements unis, l'écossais étant une fantaisie pour filles dans l'esprit de notre mère.

Pour Pâques, dans les campagnes corréziennes en tout cas, on renouvelait quelque peu sa garde-robe dans la mesure de ses moyens pour célébrer le printemps. Il était de bon ton d'arborer des tenues neuves à la grand-messe de  ce jour là. Les coquettes les plus riches se paraient de chapeaux quelquefois tarabiscotés qui provoquaient les moqueries des jaloux.

Maman, malgré ses faibles ressources,  ne voulait pas être en reste. Surtout pour ses enfants. Elle se rendait à la préfecture faire des emplettes et ramenait invariablement des coupons de tissu écossais pour nous, les filles. Nous allions alors chez Léonie, la couturière du village pour prendre nos mesures. Et il n'était pas question de choisir un modèle dans les rares catalogues que la brave femme possédait. Il fallait tirer le meilleur parti de la toile afin qu'elle puisse coudre plusieurs vêtements avec le moins d'étoffe possible. Ce qui fait que je portais toujours la même forme.

Je me souviens de l'histoire de la « jupe Sheila », vous savez la vendeuse de bonbons auvergnate devenue chanteuse à succès. Son look : des couettes et une jupe écossaise rouge et noire. J'en rêvais ! Et miracle, Maman avait trouvé le textile à la couleur tant convoitée.  Pour une fois, j'allais être « dans le vent ». Quand j'ai demandé à Léonie de couper la cotonnade en biais pour une imitation en règle de la jupe de la vedette, j'ai essuyé un refus catégorique de la part de ma mère. Il fallait qu'il reste assez afin de confectionner aussi une robe pour ma frangine. Quelle déception ! J'ai donc porté une « jupe Sheila » qui n'en était pas vraiment une.

Le Sud Ouest attire depuis des années, pour l'immobilier,  la clientèle outre-Manche. Aussi, dans un petit village de ma commune de naissance, sur huit feux – c'est ainsi que l'on appelle les maisons habitées – trois foyers abritent des anglais pour deux d'entre eux et un couple d’écossais pour le troisième. Ils sont les bienvenus parce qu'ils redonnent vie à des ruines la plupart du temps. Et puis, grâce à eux bien souvent, les villages se repeuplent.

Parlons donc de cet Écossais devenu Corrézien. Il paraît qu'il est très mal élevé de demander à un porteur de kilt s'il va, en-dessous de sa jupette, cul-nu. Pour comparer, cela ne viendrait à l'idée de personne d'interroger une dame pour les mêmes raisons : elle serait, à juste titre, outrée.
Je bride donc ma curiosité vis à vis de ce voisin  mais je crois deviner cependant. Tout l'été, le brave homme à la queue de cheval se promène dans son jardin seulement vêtu d'un string. J'en tire les conclusions qui s'imposent quand il arbore fièrement à la fête du coin son costume traditionnel. Ou bien, pour plus de virilité et pour faire la nique aux français, et surtout aux françaises, cède-t-il à la tradition de son pays d'origine.