Je venais juste de garnir les gamelles pour calmer les Miaou et les Wouf de nos fauves quand j'ai perçu un bruit non répertorié provenant de notre chambre.
Je croyais pourtant avoir domestiqué tous les bruits de cette maison depuis qu'on l'avait faite construire il y a quarante ans.

Ce n'était ni le Clap clap clap des mules de Germaine – ses chaussons bien sûr, pas des bardots encore que Bardot porte aussi des mules – ni le Clac clac exaspérant de ses loups-bouquetins, c'est ainsi que j'aime moquer ses escarpins bon marché.
Non c'était plus subtil, comme un bruissement soyeux entre Frou frou et Froutch, un froissement de tissu suivi d'un Raaah que je trouvai incongru pour un début d'après-midi.  
Je dois dire que les Raaah de Germaine retentissent invariablement en fin de soirée un peu après les Guili guili et avant le Tagada tsoin-tsoin, un rituel qu'elle appelle pertinemment le Hop-là et dont je vous épargnerai la liste fluctuante d'onomatopées.

J'en étais là de mes supputations quand un Coin Coin tonitruant nous cloua sur place, notre ménagerie et moi.
Qu'est-ce qu'un Coin coin foutait à cette heure dans notre chambre ?
Kukuriku – notre chienne malinoise – avait instinctivement retroussé les babines et j'en fis de même quand une Germaine échevelée sortit de la chambre comme une furie, suivie du Vlan bien compréhensible de la porte.
Avant que Germaine ait ouvert la bouche, Kukuriku s'était jetée sur l'objet vibrant son dernier soupir et entreprit de le dévorer avec d'horribles Gnap.

« Ces foutus canards connectés, c'est d'la daube ! » s'écria Germaine hors d'elle c'est à dire hors de cet affriolant déshabillé commandé sur Ecuyère – ou Amazone, je ne sais plus – et qui lui avait valu en prime le dernier cri (Coin Coin) de la haute technologie libertine, le Duck Fripon 2.0 !  
« Hummm » osai-je pour toute réponse et conscient que tout commentaire risquerait de faire capoter notre prochain Hop-là.

«Beurk» fit Kukuriku qui parlait humain à ses heures et dont les crocs achevaient de démembrer le fâcheux volatile.
Boudeuse, Germaine avait prestement gagné son boudoir, notre salle de bains où je reconnus bientôt le doux ramage de ses Bla bla bla et Na na ni, Na na na, ceux-là même qu'elle échange à longueur de forfait téléphonique avec ses amies.

Après ce Couac intempestif notre maison semblait retrouver ses bruits familiers, ce rassurant ordonnancement qui fait qu'on s'y sent comme chez soi.
Kukuriku notre gourmande malinoise digérait l'objet du délit mise à part sa pile au lithium que je comptais bien récupérer dans sa petite déjection du matin.
Dans le boudoir les Na na ni, Na na na n'en finissaient pas de bouder; Germaine devait raconter ses malheurs à quelque curieuse confidente, pester contre cette notice en 12 langues quand une seule langue aurait suffi à faire son bonheur...
Alors Hop-là ou plus simplement Hop ! d'un saut de cabri sur mon Lanskrona en cuir pleine fleur (ne cherchez pas, c'est du suédois) je m'installai – zapette en main, Youpi – pour une après-midi de calme et de volupté.