J'ouvre la grande porte sculpée
pour pénétrer dans  l'abbaye
l'obélisque au garde à vous
sur son socle de marbre rose
protège le seuil et veille
avec les morts des vieilles guerres
incrits à jamais dans sa pierre

Le silence l'habite
chargé d'odeurs d'encens
et de cire fondue des cierges
Vertige de la lumière
le bleu et le rouge des vitraux
éclairés de soleil
dessinent un kaléidoscope
de la nef jusqu'au choeur
sur les dalles de pierre

Les pas se font menus
pour ne pas heurter le silence
Transcendant l'instant
le regard embrasse la mémoire,
sonde le mystère d'un Moyen Age
batisseur de cathédrales
créateur de merveilles
que l'on ne sait plus faire
malgré les techniques partenaires
des batisseurs de ce siècle
 
Piétinement de vies, de besognes et de prières
Etés, automnes, hivers, printemps
ont résisté au temps
En spires les suppliques
des ans et des neiges d'antan
les psaumes, les pater et les ave
s'accrochent aux feuilles de lierre
des colonnes sculptées
pour grimper vers le ciel

Deux fois l'an,  un rayon de lumière oblique
traverse la rosace au dessus de l'autel
au cœur de la colombe aux ailes déployées
Il vient caresser une large dalle de pierre
usée par tous les pas qui l'ont foulée
C'est le trésor secret de l'abbaye
c'est du moins ce qui se dit
Il emplit d' un regain d'énergie
cosmique et tellurique
les corps des  fidèles initiés
qui attendent pieds nus sur la dalle sacrée
l'instant magique où il va l'éclairer