Le jour où la fée Mélusine, de passage dans la forêt profonde, reçut sur la tête, coup sur coup, trois canettes de Coca, accompagnées du rire vulgaire du jeune Colas, la casquette écarlate à l'envers, qui avait shooté dedans exprès et trouvait ça très drôle..... C'en était trop ! ….

Elle décida de punir l'importun pour lui faire comprendre la politesse et lui inculquer de force le respect de la nature. D'un coup énergique de baguette magique, elle fit voler la casquette et transforma sur le champ l'incivil en un Troll hideux qu'elle nomma Colatroll . Il en resta tétanisé, la bouche grande ouverte figée dans l'étonnement.

Elle réfléchit un moment ce qu'elle allait en faire … Avec sa bouche béante et son air effrayé, il ressemblait à …à … à... un regard de fontaine …

Elle aussi se mit à rire ... Tiens donc !….Elle allait le déguiser.... en fontaine ...Elle s'amusa à le coiffer de broussailles, à l'habiller de feuilles, puis elle l'assit, bon gré mal gré, au milieu d' une clairière dans le secret de la forêt et l'astreint à vomir en cascade et en continu des herbes nouvelles, des fleurs fraîches et des feuilles de chêne, de tilleul et de hêtres pour compenser toutes les saletés – canettes vides, sacs de plastique remplis de cochoneries - qu'il avait laissé traîner exprès, ou avec la flemme de les rapporter - et pour souiller la nature depuis qu'il avait l'âge de raison .

Devant son air effaré, elle décida , bonne pâte, que le sortilège pourrait, malgré tout, prendre fin le jour où une vieille dame excentrique, marchant pieds nus dans la forêt en parlant aux plantes s'arrêterait toucherait la tête de Cloatroll et le délivrerait à jamais du sortilège et de sa mauvaise habitude..

 

Depuis trois mois déjà, nuit et jour, la coulée de verdure giclait en continu de la bouche de Colatroll déroulant un tapis d'émeraude entre ses jambes au milieu de la clairière devenue si verdoyante et si fleurie que tous les insectes rappliquaient pour se saouler de pollen et lui faire un moment la causette . Mais lui ne pouvait faire que ... gloup...gloup... gloup..gloup... pour répondre tristement. A côté, une source à l'eau transparente lui murmurait une chanson douce pour calmer sa tristesse

- Tu as l'herbe dans la peau, c'est le moins qu'on puisse dire mon vieux, disait la libellule

- T'en as pour jusqu'à la fin des vacances, c'est sûr, disait le papillon

- C'est pire qu'à Koh-Lanta disait le criquet

- Elle exagère Melusine disait le ver luisant

- Il faut vraiment faire quelque chose, dit soudain l'abeille compatissante. Réunissons-nous et débrouillons-nous pour amener jusqu'ici la vieille dame excentrique qui marche pieds nus et parle aux plantes.

C'est ainsi qu'un beau matin, la vieille dame excentrique, qui marchait pieds nus en parlant aux plantes et qui, de surcroit, était un peu sorcière, fut fort étonnée de voir un essaim d'abeilles, un nuage de papillons et cinq libellules lui passer devant. En vrombissant et en la précèdant. Elle leur parla gentiment

- Laissez moi passer, les amis, il a plu dans la nuit, il doit y avoir des cèpes dans la clairière …

Mais l'escadrille continua de la préceder et comme elle était curieuse de tout ce qui touchait à la nature, et que ce cortège était vraiment étrange, elle le suivit pour en connaître la raison et voir où l'essaim allait se poser...

C'est ainsi que la troupe arriva dans la clairière où la vieille dame poussa un cri de joie en trouvant des cèpes à foison. Mais l'escadrille lui tournait autour sans la laisser ramasser, dans une ronde effrénée jusqu'à ce qu'elle se retourne fort étonnée et découvre cette fontaine étrange d'où giclait en continu un flot de verdure. Elle s'approcha et caressa la tête en broussailles en disant …

- Des ronces ? Voyons, vous n'allez pas envahir cette fontaine de jouvence avec vos épines, les ronces ?

et elle ramassa quelques mures qui avaient muri là, touchant de ce fait, la tête de Colatroll qui d'un seul coup se déplia, se redressa reprenant forme humaine, et sauta au cou de la vieille dame, ébahie, au milieu de la ronde des essaims d'insectes qui se réjouirent de voir le sortilège prendre fin.

 

Et depuis ce jour, Colas msupprima à jamais au Coca-cola. Il se mit à marcher pieds nus dans la forêt et à respecter la nature dans laquelle il avait baigné pendant trois mois. Il apprit avec la vieille dame excentrique les secrets des plantes et de la nature et devint un grand herboriste . Et lui, il l enseigna à la vieille dame le langage des insectes qu'il avait eu le temps de comprendre et d'apprendre