L’échauguette c’est l’angle mort de notre rêverie.  Elle
N’enjolive pas le monde, comme un ornement sans conséquence, elle l’intensifie ; elle ne le mutile pas, elle en creuse l’énigme et l’éclat.

L’architecture peut former et exercer notre capacité à pleurer pour tous ceux qui ne sont pas nous, ou qui ne sont pas des nôtres.

Oui Messieurs Mesdames devant une échauguette je pleure. je me vautre dans l’impudeur à cet instant ; mon cœur est à nu devant ce signe que nous fait le temps .

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours senti ce besoin, l’appel de l’architecture. Plus exactement : c’est venu à l’adolescence, et ça ne m’a plus quitté depuis (contrairement à mon intérêt pour le football, par exemple, apparu plus tôt mais dont il ne me reste presque rien).

Certains disent : » tout fout le camp. Ça fout les jetons. On se demande s’il y a eu un temps où ce n’était pas le cas. Où foutre le camp ne résumait pas le tout du peu que nous sommes, que tout est.

Bref tant qu’on trouvera sur notre chemin des échauguettes je serai bouleversée.

Je pensais donc l’autre soir, et puis j’ai pensé à autre chose : la pensée est elle-même sujette à foutre le camp ; du moins la mienne, si tant est qu’en la matière on puisse s’arroger un titre de propriété. Bon.
Je pensais disais je à obtenir un titre de propriété d’une échauguette.

Car qu’est ce qui va rester quand tout aura foutu le camp !!

Je ressens une réticence, le sentiment que quelque chose, de quelque ordre que ce soit, est appelé à demeurer, à ne pas foutre le camp.

Oui sauvons les échauguettes, la dignité d’un être humain indocile aux formatages, consiste à persister à penser à ce genre de questions sans âge, dont la solution est hors de notre portée. Et de ne pas s’en priver, sous peine de se transformer en petit compteur Geiger ou bien en formateur en new public management. Voilà ce que je dis, ici, maintenant, confiant dans nos capacités de résistance. Puisque vous lisez ce défi, vous ne pouvez pas ne pas m’approuver, et cela me procure un sentiment d’affinité. Et me voilà emportée par une impression exaltante : ce qui demeure, ne fout pas le camp, en dépit parfois des apparences.

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