02 mars 2019

Le danseur par bongopinot


Un réveil à l’aube
Le jour de tes sept ans
Après cet accident
Où tu perdis ta jambe

Petit unijambiste
Tu crois en ton rêve
Et il te soulève
Tu montes sur la piste

Et devenu danseur
Avec tes béquilles
Et tes yeux qui brillent
Tu es le meilleur

Véritable artiste
Tu danses et virevoltes
Et les notes flottent
Devant l’acrobate

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Neuf Haïkus pour une Jambe en l'Air (Fu)

 


Haïku 1 : Naturel

Mauvaise mine
- Alors, bois ou kevlar ? - Bois !
c'est mieux en forêt !

~~~~

Haïku 2 : Elle sentait si bon

- Vous dansez mam'zelle ?
- Oui, mais uniquement les slows !
- Ah, ça tombe bien !

~~~~

Haïku 3 : Après on s'étonne

Tire-au-cul ! feignant !
encore un supbpterfuge
pour pas travailler !

~~~~

Haïku 4 : Toujours les mêmes !

Un fauteuil roulant ?
mais il vous reste une jambe !
P'têt pas abusééér !!!

~~~~

Haïku 5 : Rééducation

- J'ai si peur maman !
- Ils sont tous comme toi ici
Courage, ma chérie !

~~~~

Haïku 6 : Colère

- Et tu fais comment
pour danser le French Cancan ?
- Avec ma jambe dans tes joyeuses, ducon !!!

~~~~

Haïku 7 : Ouf !

Quel drôle de rêve
j'avais trois jambes et trois bras
J'suis mieux comme je suis !

~~~~

Haïku long 8 : Récompenses

Géniale invention
La jambe qui marche toute seule !
Au nom de la science :
Merci
Merci
Et encore merci

Tu vas venir ici oui ?

~~~~

Haïku 9 : Le long chemin

Jambe en l'air
dans le ciel comme sur terre
trottine à grand pas
...

 

 

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Le tonton Henri (Pascal)


Il faut que je vous parle de mon oncle : le tonton Henri. Dans une fratrie de dix enfants, il était l’un des frères aînés de mon père. Une page ne suffirait pas pour expliquer ce fascinant personnage ; aussi, le temps de son écriture, je tremperai ma plume dans l’encrier des couleurs pour habiller son fantôme dans le plus bel habit du dimanche…  

Né en 1907, enfant de la campagne, inculte aux choses de l’école, réfractaire à tout commandement, il passait le plus clair de son temps dans les champs. Dans sa musette, avec un quignon de pain et un bout de tomme, il disparaissait de la ferme familiale, la journée entière. Le plus souvent nu-pieds, il gardait les chèvres, il jouait avec son ombre, il dénichait les oiseaux, il étudiait la course du vent et son implication avec les nuages passagers.
L’âge aidant, gavroche des champs, un bout d’herbe dans la bouche, fin limier dans le paysage, il pouvait suivre les traces d’un lièvre, lever un faisan, apercevoir une biche au coin d’un bois, raconter à la veillée qu’il avait vu le loup famélique traîner dans un vallon.
Adolescent, toujours aussi buissonnier, inlassablement, il parcourait la campagne, les chemins de traverse, toujours en quête de tout ce qu’elle pouvait lui apprendre, de tout ce qu’elle pouvait lui donner.
Les jonquilles sauvages, les asperges timides, le muguet parfumé, les champignons fragiles, les truffes si chères, les châtaignes craquantes, c’était ses amuse-gueules qui déroulaient les saisons à son emploi du temps d’écumeur de Nature. Il savait piéger les lapins, attraper les truites à la main, prendre les faisans dans ses collets. Grandissant, il était devenu une fine gâchette ; bécasses, perdreaux, cailles, lièvres, chevreuils, c’était ses habituels tableaux de chasse.
Homme à tout faire, il allait travailler au battage dans une ferme, engranger les balles de foin, ramasser les pommes de terre, traire les vaches, mener les bœufs au travail des champs. Connu comme le loup blanc, toujours par monts et par vaux, il allait couper du bois chez l’un, il refaisait la clôture chez l’autre ; il avait même travaillé un moment chez un patron plombier mais, intenable et sauvage, insoumis aux horaires et inapte à la ville, il préférait le grand air et l’aventure.
Aussi, il ramassait la ferraille, il alimentait les restaurants avec son braconnage, il troquait, il combinait, il marchandait. Une souche à arracher de la terre, un rocher à chasser d’un champ, un mauvais chemin à empierrer, un arbre à tomber, une fosse septique à vider, un puits à curer, on faisait appel à lui.
Avec les quelques sous récoltés, il allait voir les filles à la ville, et il revenait toujours un peu éméché. Plus tard, s’il avait des maîtresses esseulées, il était resté un célibataire endurci ; et son amour, et ses confidences, et ses sentiments, il les réservait à son chien et aux choses de la Nature…  

Réformé en 40, il était le seul garçon resté à la ferme. Entre les travaux des champs, avec son père, on dit qu’il planquait des armes, qu’il alimentait le maquis, qu’il allumait les feux pour les parachutages, qu’il avait saboté quelques ponts. Dénoncé, il avait disparu pendant des mois.
À la libération, il avait repris ses activités illicites de piégeage. Un peu voleur de poules, un peu maquignon, un peu vétérinaire, un peu castreur, un peu accoucheur, il plantait ses cordeaux dans les trous d’eau des rivières, il chassait pendant la fermeture. Sa tête était mise à prix ; les pandores étaient sur sa trace, espérant le flagrant délit…  
Mon oncle, il ne savait pas lire et pas écrire, alors, toutes leurs injonctions de carabiniers, leurs convocations pressantes, leurs ultimatums pompeux, cela lui passait au-dessus de la tête. Il n’empêche, une nuit de pleine lune, alors qu’il était en train de remonter quelques truites du torrent, il y eut quand même quelques balles d’argousins qui lui sifflèrent dans les oreilles. Mais comme il approvisionnait aussi la femme du maire de la ville, l’affaire s’était tassée.
Cela l’avait calmé, mon oncle ; et puis, il avait vieilli, il ne courait plus aussi vite ; il avait passé l’âge de toutes ces activités délictueuses. Il retourna à ses travaux de valet de ferme jusqu’à ce jour fatidique…  

Un après-midi d’été orageux, dans un champ difficile, la charrue tractée par un attelage de quatre chevaux, il était occupé à peigner la terre ; tout à coup, soubresaut d’un animal piqué par un taon, déblocage soudain de l’outil, inadvertance, ou un peu les trois, un des socs vint se planter dans sa jambe, arrachant des lambeaux de chair. Bien sûr, trop fier pour se plaindre, il garrotta sa vilaine plaie avec son mouchoir, but un canon de vin, travailla jusqu’au soir, et c’est à peine s’il boitait quand il rentra chez lui. Quelque temps plus tard, la gangrène ayant fait son travail de nécrose, on lui coupa la jambe…  

C’est là que j’arrive dans l’histoire ; pour lui rendre visite, mon père m’avait emmené avec lui, j’avais six ou sept ans. Au dispensaire, allongé sur son lit, le corps caché par le drap, il était étrangement propre ; à la bise du bonjour, imaginez mon inquiétude. Il piquait, il sentait le tilleul, il avait des grands yeux bleus, il avait l’haleine du vent du Nord, il me souriait avec ses dents qui auraient pu facilement me croquer…  
Moitié en patois, moitié en argot, il parla avec mon père de choses que je ne comprenais pas, de choses de la guerre, des boches, de ces secrets qu’on n’arrive pas à enterrer au plus profond de sa conscience. Je le compris plus tard : il se confessait, il justifiait ses actes passés, et mon père acquiesçait comme s’il lui donnait naturellement l’absolution.
À la forme du drap, j’essayais de deviner cette jambe qui manquait. Mais comment allait-il tenir debout, maintenant ?...  Comment ferait-il pour marcher ?... Derrière lui, contre le mur, il y avait des antiques béquilles, et je n’arrivais pas à faire la relation entre mon oncle et cette paire d’échasses…  

Tout à coup, mon père avait réclamé les WC ; ben non, je ne pouvais pas aller avec lui ; il disparut dans le grand couloir. Mon oncle me demanda de m’approcher ; il avait quelque chose à me dire, je n’étais pas rassuré…  
Ses grands yeux ronds étaient comme deux aimants envoûtants, il avait un accent de cigale et les fossettes de ses sourires ensorceleurs harmonisaient son visage avenant…
« Tu travailles bien, à l’école ?... » Mes furieux et sincères hochements de tête le convainquirent de toute mon assiduité scolaire… « Tu sais, j’ai mal à la jambe que je n’ai plus… » Mais comment pouvait-on avoir mal à la jambe qu’on n’avait plus ?... Devant mes yeux écarquillés par toute mon incompréhension, tous les points d’interrogation qui devaient pousser sur ma tête, il éclata de rire et les autres bonshommes de la chambrée firent de même…

Que pouvait devenir cet estropié, cet inconditionnel amoureux de la Nature, cloué avec cet irréparable handicap d’unijambiste ? Une de ses sœurs le récupéra et le garda dans sa grande maison, à la campagne. Tous les jours, il réclamait son fusil, son chapeau, et qu’on le laisse assis au coin d’un champ de vigne ; tous les jours, elle mettait un quignon de pain dans sa musette, une bonne bouteille de vin, un bout de saucisson et une ou deux tommes de chèvre. Il tirait sur les grives, il siestait, il guettait les premières hirondelles, il regardait les nuages passagers du ciel et, jaloux, il suivait leurs ombres clandestines quand elles enjambaient les vignes alentour. Quelque temps plus tard, on le retrouva mort au coin du champ, le sourire aux lèvres…  

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Wolfgang (Lecrilibriste)


Comme chaque soir, depuis que nous sommes revenus dans le village de son père, Bernard est allé fermer l'église, sise juste en face de chez nous et qu'il ouvre tous les  matins. Nous habitons maintenant pile sur le chemin de Compostelle qui va de Genève au Puy en Velay et  les Pèlerins et Pèlerines qui passent de mars à  octobre longent la maison et font souvent une halte dans l'église pour se reposer un peu, se recueillir ou laisser un mot sur le livre d'or.  

Or, Bernard est allé deux fois à Compostelle à pieds, une fois par Le Puy en Velay, une fois par le chemin d' Arles et lorsqu'il est revenu, il s'est investi corps et âme dans l'association des Amis de St  Jacques pour baliser et nettoyer les chemins en Isère, trouver des familles d'accueil dans les  villages d'étape  et renseigner les pèlerins de passage, à tel point que les gens l'ont surnommé "La coquille" (puisque la balise est une coquille St Jacques ) et nous  envoient tous les pèlerins paumés.

Ce soir là,  un pèlerin est couché sur les marches du porche de l'église sur une espèce de bache. Il est là pour passer la nuit.  Bernard lui dit qu'il ne peut pas rester là, lui demande s'il n'a pas trouvé de lieu d'accueil et le Pèlerin se lève, vacille un peu sur son baton de pèlerin en se relevant et, Bernard,  à sa grande stupéfaction voit que cet homme n'a qu'une jambe. Il le questionne un peu et l'amène à la maison pour passer la nuit.  Je fais cuire une platée de pâtes, avec quelques tranches de saucisson, ça fait toujours l'affaire et la dose de sucres lents, en cas d'urgence !

Il se nomme Wolfgang , il est grand et mince, les cheveux grisonnnants, il fait très aristocrate ...  ou prédicateur ascète et jésuite  (si tant est qu'il y ait un look spécial pour ce genre de personnage).. . Avec une grande pudeur, il nous explique un tout petit peu de sa vie. Sa femme est décédée, emportée par un cancer. Lui-même en est atteint et on a dû l'amputer d'une jambe. N'ayant plus rien à perdre,  il a décidé d'aller à Compostelle avec ses béquilles.
Il est parti de chez lui à Nuremberg le 25 Juillet 2007, sac au dos avec un grand courage et la volonté inébranlable d'aller jusqu'au bout.  Il fait une dizaine de kilomètres par jour  avec ses béquilles, et ce n'est pas des pieds dont il souffre mais de ses bras qui fatiguent et de ses aisselles sur lesquelles forcent les béquilles qui portent son poids et celui de son sac. Mais il n'aime pas que l'on s'appitoie et que l'on parle de son handicap, ça le gêne.  Il est,  et veut être,  comme les autres. Il nous demande simplement d'envoyer un message à sa soeur pour lui dire qu'il va bien.

Après la pause d'une nuit, Wolfgang est reparti avec son courage et sa volonté inébranlables. Le "téléphone arabe" de l'Isère l'a accompagné et a bien fonctionné tout le long pour l'accueillir, et sans doute plus loin car son passage et son personnage marquaient intensément tous ceux qu'il rencontrait.

Il pensait arriver aux alentours de Noël 2007 à Santiago mais il a dû s'arrêter à Burgos le 24 novembre, ses bras n'en pouvaient plus. Il a été hospitalisé.  Son état s'est rapidement dégradé.
Il a rejoint les étoiles le 12 janvier 2008, laissant à tous ceux qui l'ont rencontré un souvenrir impérissable de force, de foi en la vie, de libre arbitre, de courage et de détermination.

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Brève de comptoir (Walrus)

 

Bon, d'accord, unijambiste, c'est dramatique...

Mais il y a quand même des familles entières où c'est la norme !

 

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Ne coupez pas ! (Vegas sur sarthe)


Employé dans une ferme-modèle de dressage de mille-pattes, Hubert travaillait d'arrache-pied et même si son patron l'avait à l'oeil, l'accident tant redouté arriva.
Depuis qu'il avait été mis à pied et qu'il était rentré chez lui la queue entre la jambe, Hubert se désespérait jusqu'au jour où, alors qu'il faisait la queue au guichet de Pôle Emploi, il rencontra Germaine.
Il remplaça donc Paulette au pied levé – prenant sa jambe à son cou – et découvrit qu'il n'y perdait pas au change avec Germaine.
Unijambiste borgne, Hubert se levait maintenant bon pied bon œil malgré les nuits torrides qu'il enchaînait avec elle.
Germaine avait une solide expérience et si elle avait les jambes de l'Arc de Triomphe, son poilu était loin d'être inconnu !
Elle avait su lui faire de l 'œil avec les siennes alors qu'il n'en avait qu'un et plus qu'une seule.

Ah il fallait voir notre saint Hubert – trompe de chasse érigée – prendre son pied lors de ses parties de jambe en l'air !
Si comme le dit Truffaut « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe» Hubert y voyait des ciseaux, se laissant tronçonner sans crainte au risque de finir homme-tronc.
Là où d'autres se seraient consumés, Hubert s'offrait à la découpe d'une Germaine experte en collier de Vénus, entremêlé, charrette ou papillon ... enfin toutes ces positions qui seyaient à son infirmité.
Loin d'être manchote Germaine mettait la main à la patte sans rechigner malgré une surdité congénitale qui la privait de s'entendre crier de plaisir.
Aussi fut-elle surprise de constater – lors d'un ciseau trop violent – qu'un matin Hubert avait perdu son unique jambe.
Il garda sa patte comme porte-bonheur non sans avoir remarqué très justement que celle du lapin n'a jamais porté bonheur aux lapins !
« Au moins ne partirai-je pas les pieds devant » fit remarquer l'optimiste borgne sans que Germaine ne l'entende, trop empressée à réactualiser son kama sutra ...

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Unijambiste(et autres): (Laura)

 

Comme tout le monde, j'avais déjà vu des images ou des photos  d'unijambistes ou de personnes avec un seul bras suite à la guerre, un accident  ou une maladie.

Mais je n'en avais jamais vu en vrai  , autant et de si près qu'à Casablanca où nous avons travaillé et vécu trois ans.

Il faut vous rappeler qu'il n'y pas de Sécurité sociale au Maroc(elle se construit)  comme chez nous. La santé est donc là-bas affaire d'argent et/ou de mendicité, l'aumône étant un des piliers de l'Islam.

Quand je me rendais dans une des plus grandes librairies de mon quartier, je voyais toujours à la sortie un mendiant avec un seule jambe et/ou un seul bras et/ou une plaie très vilaine.

 

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Unijambiste (Venise)


Mon accordéon était plein de sable, et mon vieux chat moutarde exténué par la forte chaleur , commençait à montrer des signes de lassitude .

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Je me sentais réduite à l’épi de maïs quand surgit sur ma route un unijambiste.

Hé petite me dit il en sautillant tu vas attraper une insolation si tu restes ici sur le bord de la route.

Dans un sens cette rencontre me convenait. Je suivais ce jouet détraqué qui tout en s’épongeant le front avait pris mon chat moutarde sur ses épaules.

J’appris qu’il était peintre et qu’il crevait de faim comme tous les artistes dans ce pays.

v2
 
Dans son atelier il me fit découvrir ses croquis et je me disais au fond de moi que cette rencontre me faisait passer le temps.

Mes histoires le faisaient rire et mes chansons lui faisaient plaisir. IL tapait de son uniquement jambe le rythme sur le sol et nous partagions le gâteau au miel confectionné la veille .



J’avais toujours pensé être une noix dure à casser, mais devant son air bonhomme l’unijambiste avait réussi en un tour de main à m’apprivoiser moi et mon chat moutarde. Le lendemain Il avait semé des cailloux de couleur sur la route qui menait à la gare afin que je ne me perde pas.



Tout me remuait le cœur, il m’a fallu voir le train rentrer en gare pour comprendre que je ne le prendrai pas.
A mon retour les cailloux avaient disparu.

Je frappai à la porte de l’atelier Il était là perché sur sa canne. Pourquoi as-tu fait disparaitre les cailloux lui ai-je demandé inquiète.



Parce que tu connaissais le chemin du retour.

v3



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