Je suis entrée en coup de vent dans la masure
 v

Des milliers de bruits y murmuraient encore, une langue ancienne mâchonnée dans l’enfance
Est-ce que cette nuit recèlera un matin si j’y dépose mes valises
Sous ce soleil du sud enfin retrouvé la langue de ma mère si longtemps méprisée. Je suis née du désir de m’extraire et du remord de l’avoir fait.
Quel bonheur de m’endormir dans la longue chevelure de la mousse de ses robes et de la langue de son sein.
Je sais maintenant que tu as fait le mieux que tu pouvais avec le peu que tu possédais.
Je me demande maintenant ce que j’ai appris ou plutôt désappris à me battre loin de toi comme un animal
J’ai traversé son jardin sans le voir maintes et maintes fois.
Ma langue chaloupe à l’approche de la tienne, et je mesure mon égarement dans les débris de cette enfance que tu n’as su retenir.
Je reviens au lavoir l’ecchymose d’une langue qui a souffert d’être abandonnée et qui garde en son centre le palpitement d’un cœur attendri par tes mains dans ce lavoir.
Je laisse monter un soleil timide entre nous où ma langue prend enfin refuge .