francois sagouin

Le vieux schnoque, Harry Ouinestone, possédait un sagouin savant. La petite bête moustachue qu’il avait gagnée lors d’un jeu de poker savait danser, jouer d’un petit accordéon et faire encore tout plein d’astuces.  Elle lui apportait même ses pantoufles miteuses.

Rentrant tout éméché un soir, Harry entendit, éberlué, le petit singe  qui commença à lui parler. D’abord en français, et après en anglais, en espagnol, en allemand, et, enfin, en portugais.  C’était, après tout, sa langue natale. 

Harry fut tellement surpris qu'il perdit connaissnce, soit à cause du choc, soit à cause des multiples verres pris au bistrot avec les potes après son taf de pépère à l’usine de la ville.

Bien sûr que cet Harry dit à tous ses copains le lendemain après le boulot que son petit singe savait parler et bien sûr que les copains ne le croyaient pas. Après tout, ils savaient bien que leur pote était non seulement un schnoque mais aussi un ivrogne et aussi quelque peu menteur. Comme quoi, ils ne prirent pas la peine d’étouffer quelques murmures dérisoires en sifflant leurs verres.

-          Beuh non, pardi, je vais vous le prouver ! cria-t-il.  Harry appela le tamarin qui l'attendait, selon son habitude, dehors.

La bestiole arriva à ses pieds et attendit que son maître le commande.

-          Parle anglais ! grommela l’ivrogne, mais l’animal restait silencieux jusqu'à ce que Harry le tape.

-          Fiiiiiiiiiiiiiiii ! hurla l'animal.

-          Voyez-vous ? s'exclama Harry à ses potes. Il a dit « Fee ». C’est le mot anglais pour « honoraire » !

Le groupe d’amis ne se montra pas très convaincu. Un bruit irrité monta au fond du comptoir.

-          Allez, parle l’espagnol ! cria Harry. De nouveau, silence, alors le schnoque le pinça.

-          Ahiiiiiiiiiiiii ! cria le petit singe.

-          Je vous l’ai bien dit, gloussa Harry. « Ahí » en espagnol, cela veut dire « là-bas » !

Ses amis n’avaient visiblement pas assez bu, et ils commençaient même à se moquer ouvertement du pauvre Harry et de son encore plus pauvre bête moustachue.

-          Non, non, les mecs, attendez !  Il parle l’allemand !  Allez, toi, parle allemand ! et sans attendre le silence préliminaire, il tira méchamment sur la queue de la piteuse créature.

-          Ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! glapit-elle.

-          Vous avez bien entendu, elle a dit « Sie » ! En allemand, cela veut dire « vous » !

Tout un chacun dans le bistrot explosa en rires, sauf Harry, qui allait sans doute étrangler sa petite victime polyglotte.

Excédé, et plus bourré que d’habitude, Louis, qui cotisait en secret à la SPCA, saisit la pauvre bête qui grimpa tout de suite sur sa tête chauve, hurlant toutes sortes de mots dans la langue des singes. 

Les copains roulaient par terre à l’entendre, criant tour à tour « Y parle japonais ! » et « Bah, ouais, c’est bien le wolof, ça ! »  Harry rentra chez lui, humilié.

Mais hélas, c’était la dernière fois qu’on vit la petite bestiole, devenue le nouvel amour de Louis. Trop tard, il apprit qu’elle parlait dans son sommeil, évoquant le prénom de son ancien maître :  « Ha-riiiiiiiiiiii ! Ha-riiiiiiiiiiiii ! »  

Louis, consterné, regrettait fort de l’avoir baptisée « Françoise ».

Bah oui. Françoise Sagouin.

Vous vous attendiez à Marmoset Saugham ?