« Mesdames et messieurs, sous l’égide et la direction exclusive du « Défi du Samedi », aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter l’illustre, le légendaire, que dis-je, le célébrissime Ernest Gonisth, l’unique pétomane encore en représentation dans le monde entier !... » 

A l’époque, il se produisait à l’Alfalzar. Avec cette sobre entrée en matière : « Le prout à Gonisth », ses affiches constellaient toute la capitale ; son nom écrit en lettres d’or sur le fronton du bâtiment attirait les foules et, dès que le public averti avait vent de la future représentation, il s’empressait aux guichets…  

Il ne manquait pas d’air, notre Ernest Gonisth ; rempli d’aisance, sur la scène, il était un indécrottable boute-en-train, un véritable pionner dans son domaine, une sommité bruiteuse. Il brûlait les planches ; tout à son art, tout à son pétard, il fallait entendre ses pétarades enjouées, ses trémolos péteurs, ses concertos en anus majeur, ses vesses rengaines. Prenant la pose, réfléchissant à l’agencement de ses intestins, préparant la future salve, il jouait avec sa chaise comme d’une assistante complice. Tout à coup, entre deux grimaces burlesques, entre deux sourires convenus, il lâchait ses perles en longs chapelets musicaux ! Admettez l’exploit ! Faire de son trou de balle une fanfare en faisant applaudir la foule ! Les premiers rangs se reculaient précipitamment sur leurs fauteuils ! Entre rires et gêne, les dames affolées s’aéraient nerveusement avec leurs éventails ! La salle s’esclaffait en retenant son souffle !...  

Plein gaz, son bouquet final était un feu d’artifice de flatulences épaisses en mille déflagrations détonantes ! Dans le brouhaha général, les rideaux tremblaient ! L’éclairage s’opacifiait ! Les yeux pleuraient !...  

Entre nous, je ne sais toujours pas comment il signait ses autographes…