Au moment où j'écris ces lignes (parfaitement, je suis capable d'écrire plusieurs lignes, lecteurs de peu de foi !), j'ai déjà reçu les textes de trois participantes. Deux d'entre elles évoquent une situation à laquelle j'avais moi-même pensé : l'utilisation du vocable "Macaroni" pour désigner les Italiens d'importation dans leurs pays respectifs (qui sont paradoxalement le même, enfin, faut encore voir ce qu'on entend par "pays", le français ne brille pas par la précision de son vocabulaire).

Donc, je ne vous raconterai pas que chez nous aussi la chose était commune, que mon meilleur ami quand j'habitais Montignies-sur-Sambre au début de mes études primaires s'appelait Roberto Botti, qu'il habitait un peu plus loin dans ma rue (Bois Monceu) que son père était mineur, que sa famille italienne était bien sympathique. Que chacun d'entre nous connaît, à l'instar de Brassens et du curé de chez lui, le seul étranger différent de toute la racaille de son espèce (tous les Italiens ne sont pas de bonnes pâtes, n'est-ce pas), si vous voyez ce que j'aurais voulu dire...

Non, je ne vous le raconterai pas, je vais plutôt vous parler du macaroni de mon enfance : le macaroni Soubry !

Soubry, marque belge, fabriquait des macaroni (et des vermicelli) dès 1921, soit bien avant la vague d'immigration italienne d'après la deuxième guerre mondiale (y en a qui disent seconde, mais je crains fort qu'ils soient dans l'erreur). À l'époque dont je vous parle, celle de ma prime jeunesse donc, les macaroni n'existaient que dans leur version longue. Si vous en vouliez des courts, il fallait les casser.

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Donc, avant que les Italiens et leurs (délicieuses) traditions culinaires ne débarquent chez eux, les Belges mangeaient déjà des macaroni... à la cassonade et au beurre salé (en Belgique on dit salé, pas demi-sel, on laisse ça aux Français pour leur beurre et leurs maquereaux).

La recette est d'une simplicité navrante : disposer les macaroni dans une assiette dès leur sortie de la casserole de cuisson, saupoudrer de cassonade (vergeoise) et déposer quelques morceaux de beurre à leur surface. Mélanger et manger à belles dents. Conserver un morceau de macaroni et l'utiliser comme paille pour aspirer la sauce résiduelle en faisant le plus de bruit de succion possible. C'est ce dernier point qui fait tout le charme de la recette, parce que pour le reste...

C'est les Italiens qui ont été surpris quand ils ont découvert cette façon de "déguster" les macaroni !