Tu es un Chevalier, tu te lèves matin sonnant, d’un seul bon, comme d’hab. Ton épée, Excalibur, la sainte Excalibur roupille encore. Tu la secoues. Bordel, tu la secoues, elle ne se réveille pas.
Tu l’interroges : et la quête ?
Tu te souviens de tes dix ans, elle rutilait et tu savais à peine t’en servir. Mais à force du poignet tu en avais tiré quelque chose. Quelque chose, comme on t’avait raconté dans les dortoirs du pensionnat de garçons où tu avais grandi si lentement.
Et puis, tu l’avais enfin aperçue, au bout de ta quête, cette exaltation, cette fin sublime et poisseuse. Déjà un souvenir.
Il s’est passé du temps, des désirs incroyables et des râteaux aux dents aiguisées comme des Graal de fraîches framboises sur papier imprimé.
Et, un soir, tu as cru enfin savoir à quoi elle servait cette drôle de chose qui allait et venait dans ton contentement, et aussi dans celui de la fille quand elle avait dit, oui encore, encore, encore… Encore un souvenir.
Tu te lèves ce matin, le rein grinçant. Ton épée, Excalibur, la sainte Excalibur roupille encore. Tu la caresses, tu la caresses, elle se réveille mollement.
Tu l’interroges : et la quête ? Mais tu connais la réponse.
Elle te sourit avec la tendresse d’une bonne compagne : t’as soixante-dix ans, mon brav’ Miguel… Qui quête encore à cet âge ?