On nous avait conviés  au théâtre du vieux colombier là où devait se dérouler la dictée de Pivot.

Tous les érudits, comme moi qui n’avais jamais renoncé à scruter les ténèbres de l’orthographe s’étaient rués sur ledit lieu.

 

Tout ce qui compte de mondes civilisés devait d’après moi se soumettre à l’exercice.

Nous attendions avec impatience les premiers mots quand le premier fut

 ATRABILAIRE.

L’incrédulité a dû se voir sur mon visage, car PIVOT a prononcé trois fois ce mot.

On n’imagine pas l’envergure de ma gêne à la découverte de ce mot barbare .

Soudain Pivot me parut docte et solennel avec son ATRABILAIRE et moi pauvre pèlerin qui avait oublié dans sa besace , la peste et la gale .

ATRABILAIRE devait être un lieu de ville , et pour étancher ma soif  je me plongeai  dans mon portable discrètement dissimulé sous ma jupe .

 

Je jure que j’ai tenté de peigner le lion afin de m’adapter à ces rugissements , mais cette rupture de réseau me fut fatale .

J’avais connu des hauts et maintenant je me noyais  dans les bas .

Ce terme ressemblait à un aquarium et moi à une grenouille albinos qui s’agitait sans trouver d’issue.

Puis j’ai senti sur moi passer  le vent de l’aile de l’imbécilité.

Avoir son abîme à côté de soi n’est pas chose aisée , du coup je pris la tangente et sortis de ce lieu hanté , comme une barque qui prend le large à la vue du récif.

Je suis revenue plus tard à l’écriture cela reste un breuvage inoubliable.