Cette semaine, Walrus, le wallon magnanime, nous envoie tous à la chasse au zébu. Naturellement, après le wagon, le Xérès, le yéti, c’est le z qui arrive dans le Défi ; les derniers seront les premiers… A la petite école, je me souviens de mes lignes de z, avec leur bosse sur le dos, comme s’ils portaient le poids de toutes les autres lettres avant eux ; à la queue leu leu, ils étaient des pénitents silencieux remplissant les portées…
Cela aurait pu être zoo, zéro ou zizi, voire zazou, zigoto ou zizanie, mais c’est zébu qui décroche la timbale. Je nous vois déjà tous partir à sa recherche, dans la savane du continent africain, sur ses traces, à Madagascar, dans une rizière du côté de Bali, le long d’un versant tibétain, entre les cases d’un village perdu éthiopien…  

Là, regardez ! Regardez au détour de ce chemin de promenade ! N’est-ce pas Vegas, avec un pot de véritables rillettes du Mans dans une main et une boîte de calembours dans l’autre ? C’est sûr, il aura apprivoisé sa bestiole avant la fin de sa page !
Et là ! C’est miss Joye en personne, en saharienne et en tenue de femme libérée, qui traque l’animal de trait ! Elle, si fragile ! Quelques photos, quelques bons mots et, comme à son habitude, le tour sera joué ! Merveilleuse, une fois de plus, elle trônera à la une du Défi !
Entre deux bateaux à voile, entre deux avions à hélice, à dos de chameau, lancé dans une nouvelle expédition, notre talentueux Joe Krapov, toujours sur la piste de son Arthur Rimbaud, quelque part en Abyssinie, trouvera bien un moment pour nous situer, dans un encart hautement scientifique, une relation extraordinaire entre son poète et la bosse de la bête !... Au fait, comment dit-on zébu au féminin ? Une zébue ? Une zébute ? Une zébulette ?...
Mais c’est notre Amie Thérèse ! Appréciez sa technique ! Pour approcher l’animal de traite, elle cueille quelques beaux zinnias qu’elle sélectionne dans cette prairie verdoyante himalayenne ! Tout à l’heure, l’imposant ruminant s’appellera Zébulon ou Zakary et il broutera dans sa main comme une gentille petite chèvre des alpages !
Et là, encore, c’est Laura Loster ! Eprise d’existentialisme, sous les ombres fugaces, elle psalmodie les meilleurs poèmes de Gérard de Nerval pour les accommoder au challenge de cette semaine ! Elle nous trouvera facilement quelques peintres et quelques musiciens marocains qui ont sublimé l’animal dans leurs chefs-d’œuvre zénifiants !...
Assise sur une pierre bancale, devant un rude désert austral, ou à l’entrée d’une ZAD illégale, notre Bongopinot nationale aiguise ses vers ! Entre l’arc-en-ciel tendu d’une fin d’orage et les parfums de miel d’herbes sauvages, quels sont donc les mots qui riment avec zébu ? Car telle est sa question de cette semaine !... Barbu, tribu, fourbu ! diront les uns ! Imbu, urubu, herbu ! diront les autres !... 

Dans pas longtemps, Vegas aura trouvé sa belle zébute aux longues cornes étincelantes, et il nous la racontera dans un nouveau texte d’Enfers ; en forme de trompe de Donald, Joye aura son trophée accroché à sa page et elle le défendra bec et ongles contre tous les prédateurs taquins ; Joe, fidèle à ses amis et à son caractère géométrique, nous aura encore démontré l’importance prépondérante du zébu dans le cheminement spirituel de son poète adulé, pendant son escapade zapatiste de trafiquant exotique. Thérèse aura transposé son animal dans un conte de fées chatoyant ; je vois déjà les sabots d’or, la bosse comme un rostre magique et le zébu se transformant en drôle de zèbre, au premier baiser de la belle… 

Plus prosaïquement, j’ai trouvé mon zébu au Marché aux Puces de Saint-Ouen ; moi, je n’ai pas le courage d’un explorateur ambitieux ni la fortune d’un excursionniste blasé, à la recherche de nouvelles sensations africaines.
Au coin d’une mystérieuse échoppe en toit de Zeppelin, il était enroulé soigneusement, comme une nappe de grande table ; le zigue berbère, et vendeur de son état, me certifia que c’était bien du zébu…   

Moi qui ai toujours rêvé d’avoir une peau de bête accrochée contre mon mur ; entre deux tam-tams, des sagaies entrecroisées et quelques boucliers tribaux, j’avais enfin mon souvenir de colonialiste zélé. De mes parents, j’avais gardé des plumes zinzolines d’autruche, souvenirs qu’ils avaient ramenés d’une de nos anciennes colonies équatoriales. Mais là, avec cette peau de zébu, tout prenait une autre dimension ! Chez moi, au milieu de mon imagination sans frontière, je deviendrais naturellement l’ancien ambassadeur français du Zimbabwe ! Un ex vendeur d’esclaves au Zanzibar ! Un vieux chasseur de fauves d’Afrique Occidentale ! Un pisteur hors pair, réclamé par tous les grands noms de la noblesse d’autrefois !... 

Chargée sur mon épaule, je ramenai ma peau de bête à la maison, comme un fier porteur qui se coltine le trophée de son Nemrod ; deux cents euros le safari, ce n’était pas sans risque, à Saint-Ouen… Je grimpai jusqu’à chez moi, en ne me faisant pas voir par la concierge ; cette mémère à toutous, cette folle du cirque et de Zavatta, elle était bien capable de m’envoyer la SPA ou la Police des Frontières, à cause des animaux de contrebande !... Enfin, je déployai ma capture ; il fallut que j’empèse les bords de la peau tant elle avait tendance à se ré-enrouler. Ma fourrure avait la pelade, elle sentait mauvais et ses motifs avaient des couleurs fadasses…    

Tout à coup, je tombai nez à nez avec des signes cabalistiques écrits en minuscule sur le revers de la peau ; presque effacés, ce n’était évidemment pas ce petit vendeur qui avait pu les écrire. J’allai chercher ma loupe et, à quatre pattes, je tentai de déchiffrer tout ce mystère. Entre des signes diacritiques et des chiffres abscons, je pouvais apercevoir deux poissons entrelacés, un pavé et des pièces… Aucun doute, c’était une carte au trésor ! Tout était dit : c’est au bord de l’eau, là où il y a du dallage que tu trouveras de l’or ! Pour situer l’endroit, je n’avais qu’à me faire traduire ces arabesques tortueuses et tous ces accents ésotériques !...   

Je dépensai une fortune pour trouver le bon graphologue mais j’allais être remboursé au centuple… C’était de l’égyptien ancien, très ancien ; de l’égyptien du bord du Nil. Malgré les manques et les effacements, un traducteur de la rue Zola parvint en souriant à me faire cette laborieuse interprétation : « Grand fainéant, quand tu auras refourgué cette saloperie de peau si puante au marché d’Assouan, achète deux petites carpes, une galette de mil et quelques fruits, avant d’être saoul : il n’y a plus rien à manger à la casbah !… » 

Tu parles d’un dénouement rimbaldien ; c’est Vegas et les autres zouaves qui vont bien rigoler : étalement de zygomatiques assuré… Hé, Walrus le Grand, le Zouave du pont de Là-Bas, le Zidane des grandes surfaces, tu n’aurais pas pu nous trouver un z plus attrayant, au Défi de cette semaine ?... Je ne sais pas, moi, un zéphyr des tropiques, de la zibeline à poils doux ou un des signes du zodiaque ?! Zut, à la fin !...