Il marqua une pause, et descendit son verre de bière d’un trait en poussant un soupir mélancolique.
C’est le vilebrequin.
Foutaises criai-je en jetant le verre de bière à sa figure.
C’est juste que vous n’y comprenez rien ma p’tite dame
Foutaises bis et mon cul, je n’ai jamais vu un garagiste comme vous dénué de compassion.
La conversation aurait pu se poursuivre tard dans la nuit , dans la même veine stimulante comme c’est souvent le cas , du mauvais côté jusqu’à ce que le dénommé rebond brise le flot
Écoutez dit- il d’une voix pâteuse
« au lieu de jacasser comme ça pouvez-vous vous décider
à la fermer que j’entende le moteur .
Entendons- nous bien je ne pourrai pas encaisser une mauvaise nouvelle le vilebrequin faut oublier

Donc poursuivit-il l’origine de la panne ne vous intéresse pas.
Je sais que je suis profane en la matière, mais ça ne doit pas être sorcier de redémarrer ce Pick up.
Le ton de sa voix ,sa manière de s’exprimer , sa phraséologie et son assurance complaisante commençaient à me déprimer tout autant que les nouvelles du vilebrequin.
Je restais plantée là alors qu’il s’éloignait en me disant vous allez bien vous en sortir !!

Je l’ai jeté le vilebrequin il était encombrant dis-je d’une voix sourde .
Ne vous inquiétez pas je le raconterai à personne dit-il en souriant
Je tiens de source sûre que des gens ont été assassinés à coup de vilebrequin dans leur voyage dis-je à mon tour
Dieu seul sait combien de cadavres croupissent défoncés dans un caniveau à coup de vilebrequin dit-il en riant.
Vous avez une phobie morbide pour cet outil .
Je vous l’accorde peu de situations sont aussi déconcertantes que la mienne.
Poussez le pick ou mourrez d’insolation voilà les alternatives me dit-il
Le Pick up fait le poids d’un buffle dis-je désespérée .
Sous ses longs cheveux frisés , il avait le regard fou de l’Australien moyen .
Ses mains avaient la taille d’une poêle à frire moyenne et ses pieds étaient gigantesques.
J’avais envie de m’évanouir .
Je fis alors ce que je n’aurais jamais osé faire en des circonstances normales . j’enfonçai de toutes mes forces mon talon dans ses orteils crasseux . je ne suis pas en surpoids, mais des orteils soumis à de tels assauts se seraient douloureusement écrabouilles en un tas d’os et de chair broyés.
Mais dans ce cas précis je ressentis une douleur vive à la cheville comme si j’avais mis un coup de pied dans un vilebrequin.
Confrontée à une situation aussi insolite j’aurais dû partir en courant , malheureusement ce n’était pas toujours possible . j’étais incapable de savoir ce qui allait se passer, mais je savais que quelque chose allait foirer . Je redoutais que ma phobie empire quand je le vis revenir avec un vilebrequin dans la main .
Je souffrais manifestement d’un trouble psychique . Ça ne me dérangeait pas outre mesure jusqu’ici .
Je crois que c’est à la vue du vilebrequin que les choses ont mal tourné.
L’idée de lui demander c’est quoi ce truc que tu tiens dans la main m’a effleuré un instant l’esprit Monsieur le Commissaire je sais c’est une aberration sociale que de faire ce que j’ai fait , mais bon il s’en sort bien .