30 décembre 2017

LE THURIFERAIRE (Venise)

 

Retiré sous le porche d’une maison le thuriféraire laissait passer la giboulée.

Une plénitude silencieuse se dégageait de lui. Je ne savais pas au juste ce qu’il tenait dans ses mains, mais une odeur d’encens remontait dans l’air.

J’entrevoyais une lassitude sur son visage d’enfant, épuisé désencombré des attachements.
Quelle parole, quel chant du cœur l’avaient mis sur ma route ?
Il était là comme un chant, un livre , une sculpture figée dans le temps.
J’avais devant moi un Rembrandt, et moi comme un peintre flamand, flairant le modèle parfait qui dormait dans l’atelier du Maitre je voulais toucher son âme.
Il s’est éloigné. Alors je me suis dit « si je le perds, je perds tout le reste , tout ce que le monde est en train d’oublier .
Alors à la manière d’un écureuil par bond et immobilité je l’ai suivi.
Je l’ai retrouvé figé dans la pierre au fronton de l’église comme un fantôme fatigué, plongé dans le ravissement d’un sommeil pur .
Un jour petit thuriféraire je parlerai de toi je montrerai comme tu m’as délivré de tout.

 

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La maison. (maryline18)


Du baraquement, j'en ai peu de souvenirs...Ah si, je me souviens qu'on dormait à trois : ma soeur, de quatre ans mon aînée, ainsi que mon grand frère et moi, dans la même chambre. Nous vivions, alors, dans trois pièces exigues.
... il y avait le bain du samedi, que je prenais dans la baignoire en zinc, devant la cuisinière à charbon. Il y avait aussi le porte bassine, sur pieds, ancêtre de l'évier. Je grimpais, haute comme trois pommes, sur un tetit tabouret pour y accéder car je voulais absolument faire la vaisselle ! ( Cette anecdote laissera, bien plus tard, mes filles incrédules...). C'étais le temps où je m'ouvrais à la vie, sans a priori : voir une souris bondir de mon baril de jouets m'amusait autant que de faire chaque jour le long chemin, à pieds, jusqu'à l'école. Après la traversée de la départementale, on longeait une route paisible de campagne. Les bas-côtés, bordés de vastes champs, traçaient notre chemin, lui donnant des allures de randonnée. Peu avant l'école, se trouvait une riche propriété arborée. De grands marronniers éparpillaient, de-ci, de-là, leurs fruits. Au retour, en prenant garde de ne pas nous piquer les doigts avec les bogues, nous nous en remplissions les poches. Nous les prenions à la sauvette, de crainte d'être surpris en flagrant délit. Braver l'interdit supposé de cette "cueillette" nous émoustillait. Mon frère me taquinait souvent, prenant sa revanche, sur les moments riches de frustrations, où il entendait maman lui répéter mainte fois, pour calmer mes caprices :
_"Laisses la faire, elle est petite ; prête lui...elle est petite..."
Il criait alors cette évidence qui ne lui avait pas échappé :
_"Mais elle sera TOUJOURS plus petite !" Tout en rageant, se raclant bruyamment la gorge, impuissant. Parfois il cueillait des orties pour me les coller sur les jambes. Il courait bien plus vite que moi donc je rentrais inévitablement pleine d'irritation, en pleurant.
Je donnais la main à ma soeur. Lui, devant, marquait le pas, nous donnant ainsi la cadence à adopter pour ne pas être en retard. En temps de brouillard, c'était amusant, voir impressionnant d'assister à l'absorption instantanée de tout son être par ce phénomène mystérieux, cotonneux. On l'appelait pour se rassurer. J'avais quand même un peu peur mais je renonçais à en avoir l'honneur ! Je serrais plus fort la main rassurante.
...Vous voyez le peu de souvenirs qu'il me reste de ces années!
...Ah oui, je dois vous parler aussi de la certitude, à cette époque, que ma mère était la seule personne sur terre à pouvoir entrer directement en communication avec le Père Noèl ! Les baraquements, construits, en grande hâte, en bois, pour accueillir les mineurs recrutés en nombres, offraient, eux seuls, sans doute cet avantage. La preuve en fut faite puisque le "charme" fut rompu une fois déménagée...
On venait d'arriver dans la cité de la Faisanderie...On les trouvait jolies, ces maisons de briques rouges, surplombées de cheminées, d'où sortaient en dansant, des volutes de fumée. Les belles bâtisses se scindaient en deux logements identiques. À la tenue du petit espace qui les entourait, on devinait qui avait "la main verte". Certains, tout ornés de troènes taillés avec le plus grand soin, attiraient l'attention par leur beauté, tant leurs massifs de fleurs avaient été disposés avec goût ou originalité. En se promenant, en courant, ou en pédalant, on parcourait les rues entre frères et soeurs. Parfois les plus petits s'affolaient car les plus grands les avaient distancés. C'était le coeur battant plus fort et les yeux humides, qu'ils tournaient alors dans un sens puis dans l'autre, jusqu'à retrouver en pleurnichant toute la troupe.
À chaque coin de rue, un bois miniature formait l'angle. Par temps sec on pouvait y jouer à cache-cache. Une fois je m'étais si bien cachée, menue, derrière un gros chêne, que personne ne m'avait trouvée ; jugeant alors le temps interminable, j'avais foncé jusqu'à la maison, toute contente, en les imaginant me chercher encore et encore...Ils me croyaient perdue. Leur colère fut à la hauteur de leur inquiétude, quand, en rentrant finalement prendre leur goûter, presque résignés, ils me trouvèrent confortablement installée devant un dessin animé. Le casse-croûte se composait presque tout le temps de tartines de beurre et de confiture et d'un verre de limonade (quand il en restait car nous adorions ça, si bien que la livraison du "camion brasseur", ne "faisait pas long feu". L'hiver un chocolat chaud remplaçait cette boisson.
Le froid ne nous empêchait pas de jouer dehors, encore et toujours ! Quand il neigeait, on enfilait nos bottes en caoutchouc, et notre gros manteau pour aller glisser et se lancer des boules de neige ramassées en douce. Les plus petits, moins rapides en prenaient plein la tête ! Ces jours là je rentrais toute mouillée en couinant, répétant que ce n'était pas juste. C'étais le bon plan pour me faire un peu caliner par maman, et je pensais : "tant pis pour eux".
Bientôt une petite soeur agrandit la famille, et quelques années plus tard, ce fut un petit frère qui pointa le bout de son nez.
Quand approchait Noël, papa nous emmenait, mon grand frère, ma grande soeur et moi, en voiture voir"mèmère". J'avais le mal des transports donc j'appréhendais les longues sorties. J'utilisais une technique imparable pour éviter d'avoir la nausée : je faisais tout le voyage les yeux fermés. Au début, toute occupée à imaginer ce que je ne voyais donc plus, je laissais mon corps pencher tantôt à droite,tantôt à gauche, mais très vite, je m'endormais, bercée par la conduite souple de mon père. Quand j'ouvrais les yeux, croyant le voyage terminé, il m' arrivait de voir débarquer, profitant de l'arrêt des voitures au feu rouge, le Père-Noèl, tout sourire, distribuant des sachets de friandises avec en plus une orange et une coquille fondante à souhait. Je ne tardais pas, ravie, à en croquer les extrémités. Mélés aux bonbons colorés, acidulés, se trouvaient des "carambar". Je ne savais pas encore lire mais j'étais curieuse des mots...Je déballais ces espèces de longs caramels et les donnais à ma soeur qui lisait à voix haute les charades qu'ils cachaient. Je me souviens de l'une d'entre elles qui nous avait laissé sans voix, c'était celle-ci :
_"Mon premier vient après le "je"dans les conjugaisons".
_"Mon deuxième est une céréale nourricière cultivée sous un climat chaud et humide".
_"Mon troisième permet de repasser le linge".
_"Mon quatrième est la mélodie d'une chanson".
"Mon tout est un encenseur".
Donnant notre langue au chat, à l'unisson, dans la voiture, ma soeur nous lu la solution : "un thuriféraire".
Même papa ne savait pas qui était celui là ! Pourtant il connaissait des tas de gens !
Le coron où "mémère" restait me semblait triste, il n'y avait pas d'enfants avec qui jouer, sauf quand ses voisines recevaient de la famille. Nous sortions de la voiture, un peu engourdis par le trajet, l'automne avait eu raison des dernières pensées qui égayaient, aux beaux jours, la petite allée de graviers blancs. On avançait, précédés par papa qui, après avoir salué sa mère, nous disait toujours la même chose :
"-Fais un' baiss' à mémère !"
Nous obéissions, déposant, un peu timides, sur la pointe des pieds, un baiser furtif qui ne claquait pas et laissions la place au suivant, sans état d'âme...Elle ne nous enlaçait pas comme nombres de mamies d'aujourd'hui. Ses cheveux gris, tirés en arrière, s'enroulaient dans un chignon bas. Une blouse sans teinte vraiment définie, sombre et lustrée par places, uniformisait sa silhouette longiligne. Je me souviens qu'elle piquait un peu comme papa...Le son de sa voix, je l'ai oublié...Elle s'exprimait avec parcimonie.
La pièce où nous passions la journée lui servait également de chambre. Le papier peint d'un autre temps, l'assombrissait. Dans la demeure, flottait une odeur de renfermé qui imprégnait les vêtements de "mémère", et bientôt nos manteaux, que nous déposions sur l'épaisse courte-pointe qui recouvrait son lit. Les quelques rayons de lumière qui traversaient l'unique fenêtre, se fatiguaient vite mais "mémère" attendait qu'il fasse presque sombre pour allumer la lampe, ce qui donnait un côté lugubre à la salle-à-manger/chambre. Le tic-tac de l'horloge au dessus du lit, qui faisait face au fauteuil en similicuir dans lequel je m'installais toujours, surprenant par ma rapidité mon frère et ma soeur, rythmait les longues heures de ces dimanches.( Les enfants ne participaient pas aux conversations des adultes, dans mon enfance...)Parfois nous sortions quelques minutes nous aérer. J'avais très peur de me perdre et de ne plus retrouver la bonne maison car elles se ressemblaient toutes.
Nous redoutions l'inévitable envie qui nous obligerait à nous rendre au bout de la cour. Les "cabinets" qui ne ressemblaient en rien aux "wc"actuels nous rebutaient. il fallait soulever la planche en arrêtant de respirer un instant, et se résigner à s'assoir au dessus du trou, noir et nauséabond. L'aissant alors couler les eaux usées que nous avions courageusement essayé de retenir, nous levions des yeux plein d'effroi sur les toiles d'arraignées accrochées un peu partout. Toute frissonnante, de peur d'y apercevoir l'arachnide, je me revois encore tortiller mon corps, les pieds dans le vide, afin de toucher le sol, pour fuir ce décor digne d'un film d'horreur ! Le papier journal remplaçait le papier hygiénique !
Pour attendre l'heure du départ, je jouais avec les trous du plaid crocheté qui ornait le fauteuil. Mes doigs grimpaient des montagnes, dévalaient des pentes...L'après midi, la télévision fonctionnait sans réussir à égayer l'atmosphère. Mon père la regardait ainsi que sa mère et curieusement, ni l'un, ni l'autre, ne semblait souffrir de ce manque de dialogue. Souvent je m'endormais, enroulée sur moi même comme un chaton.
. Enfin arrivait l'heure de se séparer, alors mémère prenait dans la grande armoire à gauche du fauteuil, une boite de bouchées et nous l'offrait :
_"Tiens, té partage'ras avec euz zo't !" Disait-elle à l'un d'entre nous.
On remerciait et le rituel de l'arrivée se répétait mais nous faisions, cette fois, claquer les baisers, trop contents que ça se termine...Ce n'est qu'une fois rentrés que nous nous apercevions, éberlués, qu'il ne restaient que la moitié des précieux chocolats dans la boite. Toujours est-il que leur nombre réduit les rendait délicieux.
Au printemps, je jouais aux raquettes avec mon grand frère ou on essayait de fabriquer des cerfs-volants avec tout ce qu'on trouvait. On n' arrivait jamais à les faire s'envoler mais on s'occupait, et on était contents. À la belle saison, j'édifiais des tentes avec des vieux bouts de tissus (rideaux troués ou vieilles couvertures), que j'accrochais aux troènes avec des pinces à linge. La pelouse, attenante à la maison, toujours haute, accueillait dans un confort agréable, nos jeunes corps tout excités de si bien s'amuser. Les filles se disaient princesse Paola ou Sissi. On ordonnait à notre frère de nous courtiser ou de manger ce qu'on lui avait préparé avec les moyens du bord ( fleurs de pissenli et mauvaises herbes). Quand l'heure de tout ranger arrivait, on protestait et c'était tout bougonnant, qu'on obéissait malgré tout..L'odeur suave du lilas triple, de couleur mauve, accompagnait notre enfance, tout comme celle des fleurs de troènes dont nous respirions le fort parfum, une bonne partie de l'été.
(Impossible de m'imaginer à l'époque que ces deux senteurs me ramèneraient infailliblement et systématiquement à mes jeunes années, à chaque fois que je les respirerais, intentionnellement ou par hasard, au cours de ma vie future).
Certains jours, deux fois par an, peut-être, le camion des Houillères déversait notre part de charbon, devant l'allée séparant la maison de la pelouse. Papa, usé de son poste de nuit, au fond de la mine, se reposait à l'étage, des boules de cire dans les oreilles. Il ne fallait pas faire de bruit...Ces jours là, on se sentait alors investis d'une mission importante dans laquelle on y mettait toute l'énergie possible ! Munis de seaux, de grandeurs proportionnelles à nos tailles, tels des "forçats" heureux, nous ramenions les boulets jusqu'au hangar, au fond de la cour. Ce jour là, c'était sûr, on n' s'ennuierait pas ! Quelle chance, se disait-on qu'on nous laisse faire un vrai travail, comme les grandes personnes ! On fonçait hargneusement sur le tas de charbon en poussant sur nos bras, raidissant nos muscles, afin de remplir notre récipient. On se toisait, on courait (au début, seulement), pour prendre de l'avance, pour prouver qu'on était "capable de travailler". Les voisins qui avaient aussi leur "mont" de charbon à rentrer, nous regardaient amusés. Je me souviens combien j'étais fière de mon courage. Bien sûr, la lassitude arrivait bien vite pour les plus jeunes... On finissait la journée éreintés, nos vêtements, couverts de poussière noire. On avait l'assurance d'avoir chaud tout l'hiver mais on n'y pensait pas, c'était naturel dans la cité. Nos camarades de classe étaient presque tous enfants de mineurs.

Alors que les jours rappetissaient, que la fraîcheur du soir s'insinuait sous les plis de ma jupe plissée, j'attendais, avec mes frères et soeurs, que maman vienne nous chercher, exprès. La voisine, dont le jardin se terminait de l'autre côté de la rue par une petite barrière verte, nous faisait la conversation avec 'man et le temps semblait bon...Elle complimentait notre bonne éducation, demandait en quelle classe nous irions à la rentrée...Son mari avait attrappé la silicose. Cette dernière, avait eu raison de lui.
Pour la rentrée , on irait à l'hypermarché pour acheter les manteaux, les bottes pour l'hiver et le tablier obligatoire.Nous faisions nos courses courantes au "CODEC", un peu à l'écart de la cité minière, sur la route départementale conduisant à Carvin. Il y avait de tout : de bonnes patisseries polonnaises au graines de pavot, ainsi que de la mètka, et aussi de la saucisse fumée que ma mère faisait cuire dans la soupe au lard. (Toutes celles que j'ai essayé de préparer par la suite, n'ont jamais eu le mème goût !) Comme nous étions nombreux, maman enmenait toujours un enfant faire les courses avec elle, pour porter les sacs, disait-elle ! Sur le chemin, on ne parlait pas beaucoup. L'aller, était un peu monotone par contre le retour nous réservait parfois une surprise : maman nous achetait un cornet de glace en secret. Il ne fallait pas le dire aux autres, en rentrant à la maison ! Je compris bien plus tard qu'elle agissait pareillement avec mes soeurs et mes frères, mais ce jour là, lêcher cette glace, unique, rien que pour nous...que c'était bon ! Il y avait bien la camionnette, le marchand de glace ambulant qui, nous délivrant sa musique à tout và, sillonnait les rues de la cité au jours les plus chauds, mais peu de personnes achetaient. Pour les grandes familles, cette habitude auraît été trop coûteuse. On ne réclamait rien, quand on entendait la musique, on rentrait manger nos bonnes tartines...
Plus tard, je devais avoir une douzaine d'années, quand maman allait faire les courses, je demandais à rester à la maison. Je pretextais une forte fatigue... Elle n'insistait pas pour m'enmener, mais elle n'était pas dupe...À peine avait-elle tourné les talons que je me mettais en quatre pour tout nettoyer. Je faisais la vaisselle, lavais les sols, époussetais...Le désir de lui faire la surprise d'une maison toute propre, me mettais en joie. Pour nous récompenser, elle nous ramenait des petits pains au lait tout emballés, garnis d'une barre de chocolat, que nous mangions sans attendre.
Avec le temps va, tout s'en va...sauf le(les) goût(s) de l'enfance !

 

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23 décembre 2017

Défi #487

Parlez-nous en
sans toutefois vous laisser enfumer

Thuriféraire

 

4872

 

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leçon de vocabulaire (joye)

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Ma Concierge S’y Connait En Musique (JAK)


Ah ! Vous me la baillez belle m’a dit ma concierge 4861


lorsque je lui annonçai qu’il fallait que nous accordions nos violons pour le temps octroyé au balayage du palier.

J’ai pas mal de contretemps renchérit-elle, et je ne mesure plus les notes et dièses-it que les autres locataires crochent sur les murs de ma loge pour me mettre au tempo.

Je dois pratiquer la division du temps, et à ce rythme là je perds la mesure.

Mes temps forts passés à regarder les Feux Du Ciel à la télé ne sont plus à ma portée. Je suis débordée.

Ah ! que viennent les silences. Je pourrais enfin prendre la pause, le temps de boire une tasse de Noire.

(C’est ainsi qu’elle orthographie son imbuvable café)


Plusieurs quarts de soupir elle m’a ainsi déblatéré sur sa techno de femme débordée.

C’est une véritable syncopé que cette concierge là.

Dans l’intervalle, J’ai pu mettre fin à cette diatribe grâce à une quinte montante que la rage avait fait vibrer dans ma gorge.

J’ai failli tomber en syncope.

 

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Du vent dans les idées (petitmoulin)


Saisi de vent dans les idées
Tu glisses dans le lointain
Un tourbillon d'étoiles
Sous les paupières
Tout vacille
Tu traverses le vide
La brume gomme les visages
Et les gestes
Et les couleurs
L'ombre te reprend les mots
Au bord des lèvres
Tu entends sans le voir
Le pianiste du bar
Les notes syncopées
Tombent sur le seuil
De ton vertige
Instant suspendu
Tu tends la main
Pour essuyer le regard
Ce n'est pas encore le grand jour
Mais une lueur te fait un signe

 

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Une petite fantaisie pour fêter Noël ? (Emma)

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Entre Joye et Walrus (Joe Krapov)

DDS 486 HOPDDS 486 HOPDDS 486 HOP
DDS 486 HOPDDS 486 HOP

Perdu chatte tigrée nommée "Connaissance".
Récompense à qui nous la ramènera.
Téléphoner au 99 99 99 99 99.
Merci d'avance.

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Syncope 201217 (Pascal)


En cette fin de journée de vendredi, à la Valette, nous nous étions retrouvés fortuitement chez des amis communs qui gardaient notre fille de temps en temps. La procédure de notre divorce suivant son cours, nous ne vivions plus ensemble depuis quelques mois. Nous n’étions pas particulièrement en odeur de sainteté, et nous avions au moins autant de griefs à nous reprocher l’un et l’autre. Tu devais aller chercher un billet de train à la gare de Toulon, aussi, je t’avais proposé de t’emmener ; je ne sais pas pourquoi je t’avais suggéré cette aide, je ne sais pas pourquoi tu avais accepté, même si j’avais insisté.

Seul, en dehors du contexte des priorités d’un mari, d’un père de famille, d’un bon ouvrier, celui souffrant du devoir de la longévité à ces seules responsabilités sacrificielles, toutes ces choses qui font d’un homme une célébrité, à la gestuelle éprouvante des habitudes maritales, et une dignité sans faille, j’avais passé le permis moto. J’avais économisé, vendu ma collection de timbres, ma chaîne stéréo et, depuis peu, je m’en étais acheté une, à la démesure de mes rêves de gosse, aux accélérations fulgurantes.
Sur cette machine, j’avais le plaisir de retrouver la liberté, celle que notre mariage si pressant avait emprisonnée quelques années plus tôt. Tout ce retard d’adrénaline pure invitait naturellement le démon de la vitesse près de moi, à chacune de mes sorties ; caressant la lame de l’échafaud, la roulette russe, le billot de l’inconscience, je roulais à tombeau ouvert…
C’était bon de remettre ma vie à la Question ; loin de toute claustration, je lui trouvais désormais un intérêt, celui de piloter ma bécane, chaque jour nouveau. Sous mon heaume, à une vitesse folle, je joutais entre les voitures, les camions, ces obstacles poussifs, et tout ce qui dérangeait mes courses infernales. Tu dédicaçais ton cœur à un autre, j’avais perdu le goût des fleurs, de la poésie et de la mélancolie ; seuls comptaient les roues arrière, les dérapages, les accélérations, les évitements ; tous les frissons nerveux qui couraient sur mon échine, je les bousculais dans mon inconscience en haussant les épaules…

On t’avait prêté un casque et c’est avec beaucoup d’appréhension que tu étais montée sur ma machine. Après le coup de démarreur, le rugissement du moteur, j’avais enfourché ma bécane, passé le premier rapport et j’avais pris la direction de Toulon. Oui, bien sûr, je t’avais promis de conduire prudemment mais, une fois sur la route, tu ne pouvais plus descendre…
Pour éviter les encombrements de la ville, j’avais emprunté l’autoroute ; je te sentais crispée, refusant de te pencher avec moi dans le virage de la bretelle d’accès. A peine sorti de la courbe, sur la voie d’accélération, j’avais descendu ma visière et j’avais tourné la poignée de gaz à fond, en enquillant les vitesses à la volée…

Même si c’était le seul fait de ma conduite imbécile, brutale et dangereuse, cela me faisait plaisir de sentir que tu t’accroches à moi. Nous qui avions consommé la séparation de corps, c’était ma façon de nous serrer encore l’un contre l’autre, sans aucun doute la dernière fois. Les paysages défilaient à toute allure et les couleurs se délayaient dans un brouet d’incertitudes pittoresques. Accaparé par la conduite, je t’imaginais pourtant fermant les yeux et récitant des prières. J’avais la responsabilité de ta vie mais je l’avais mise en commun avec la mienne, comme nos serments éternels échangés devant l’autel de l’église. J’entendais tes cris sous ton casque comme des suppliques lancées à ma bêtise…


Te montrer toute ma propension à piloter mon engin, te faire apprécier mes réflexes à anticiper les dangers, te faire peur ou t’en mettre plein les yeux, je ne sais pas trop encore, aujourd’hui, ce que je voulais te démontrer, même si tu n’en comprenais que toute ma stupidité. Peut-être voulais-je te montrer mon côté Mister Hyde, loin de l’insipide docteur Jekyll, celui que tu avais fui parce que tu le connaissais par cœur…

Avec le bruit infernal du quatre en un, les terribles vibrations, le guidonnage incessant, ta peur de tout à l’heure était maintenant de la frayeur ; tu tapais dans mon blouson en espérant me faire ralentir. Tu me serrais encore plus fort et cela fortifiait ma frénésie…

Sortant d’une grande courbe, à quelques centaines de mètres, je m’aperçus, effaré, qu’une énorme file de voiture à l’arrêt saturait l’autoroute, à l’entrée de la ville ; j’étais un chien fou lancé dans un jeu de quilles. Impossible d’éviter, impossible de contourner ; telle une bombe, j’allais férocement m’encastrer dans le bouchon des voitures. Ralentir, m’arrêter, en tentant un freinage désespéré, c’eut été coucher la moto et nous laisser cruellement glisser jusqu’aux pare-chocs guillotines des bagnoles.
Un instant, j’ai paniqué, je te l’avoue ; notre histoire allait s’arrêter là, dans un terrible accident d’imprudence. Comme nous étions ensemble, cela me paraissait moins grave ; à la vie, à la mort, c’était aussi dans le contrat de notre mariage. « Je n’avais pas peur de mourir » furent mes conclusions…

Parce que l’instinct de survie commande, au frein moteur, mon bolide rugissait ; les coups de frein que je donnais à la roue arrière faisaient dribbler le pneu sur la route. Le freinage de l’avant avait tassé la fourche et j’avais l’impression que j’allais passer par-dessus ma bécane. Toi, tu serrais les cuisses contre les miennes comme pour te faire la plus menue possible ; entre tes bras, tu me serrais si fort que j’avais du mal à respirer. De toute façon, j’étais en apnée depuis le début de tous ces terribles événements d’adversité routiers…

Tout à coup, un mince dégagement entre deux files de voitures apparut droit devant moi ; à plus de cent soixante, j’entrai dans cet étrange corridor salvateur. Je me souviens de l’écho bruyant de mes échappements, des peintures aveuglantes des bagnoles alentour et de mon dernier soupir libéré, remis… à plus tard…
Enfin, nous sommes arrivés devant la gare ; j’avais tellement de tremblements que je n’arrivais pas à mettre la machine sur sa béquille…

Quand tu t’es retrouvée debout à côté de la moto, je t’ai sentie toute pantelante, tes jambes ne te portaient plus ; comme si on avait ouvert l’interrupteur de ton énergie, tu es tombée dans les pommes. Plus de lumière à tous tes étages, Game over. Heureusement que tu avais gardé ton casque, tu aurais pu bêtement te blesser avec la bordure du trottoir, quand ta tête a heurté le sol…

 

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