25 novembre 2017

Participation de Venise (385)

 

Chez nous les Noëls étaient particulièrement déprimants.

Entre la Bûche et le Sapin de Noel on attendait un Pére Noel qui ne venait jamais.

Alors on allait se coucher avec les pieds aussi glacés que les marrons de tante Jeanne !!

 

Mais cette année-là le voisin avait abandonné sa vieille boite de scrabble sur le trottoir et toute la famille avait passé la soirée autour de ce vieux scrabble .

 

Obélisque avait demandé mon père AU ou O.

Obélix avait crié mon petit frère avec un X à la fin .

Mais non hurlait de rire ma mère AUBELISQUE

À l’unanimité Obelisque s’écrivait AUBELISQUE !!

Aucun dictionnaire n’avait pénétré notre vieille chaumière , et la langue française on l’a retournée comme une crêpe Suzette !!

 

Je vous raconte cette histoire, car l’autre soir je suis sortie du métro place de la concorde et il était là devant moi notre obélisque .

Une colossale énigme trônait au centre de Paris .

Je jetai un rapide coup d’œil sur la bête et j’y découvris des hiéroglyphes qui ressemblaient étrangement à la langue de mes parents    La langue cubiste !!

 

Je venais de découvrir que mes parents loin d’innover appartenaient au monde dont la langue chatoyante comme un fleuve m’avait fait aimer les voyages.

J’entends leur rire comme une douce pluie qui ne se sèche jamais dans l’encre de mes lettres .

 

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18 novembre 2017

Défi #482

 

Obélisque

 

4821

 

ou


Odalisque

 

4822

 

Allez, je vous laisse le choix !
(suis-je pas magnanime ?)

Les plus inspirés, bien sûr, associeront les deux.

 

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The wall (Walrus)

 

Noctambule, ça fait pas un peu BD ça ?

Quoi ?  Vous ne dites pas "bulles", vous dites "phylactères", du coup ça ne vous fait même pas rire ?

Normal, c'est de l'humour belge, j'vais pas vous faire un p'tit dessin non plus...

Mes expériences noctudéambulatoires sont rares : la nuit, généralement, je dors !

Néanmoins...

Au temps béni où je travaillais (ce qui est bien plus reposant qu'être retraité) je me retrouvais de temps à autre chargé de mission. Bon, pas dans le style OSS117 ni James Bond, juste chargé de mission, même pas diplomatique.

Donc, un beau jour, je prends l'avion pour Manchester, question de rencontrer mon ami Dave (Brandy) Cummerson dans son labo de Widness. À l'époque, pas de gsm, encore moins de smartphone ou de GPS, juste à la descente d'avion un gusse muni d'une pancarte "Laporte, Mr Walrus" qui attend que vous ayez fini d'expliquer aux services de douane que la poudre dont vous a chargée un collègue est de la pâte à papier blanchie aux peroxydes, pour vous embarquer vers une destination connue de lui seul, soit l'hôtel Grosvenor à Chester.

Chester ! Vous aviez rêvé vous, d'atterrir un jour dans ce patelin dont des dizaines d'épiciers belges vous ont vendu un fromage qui n'était en réalité que du Cheddar ? Vous en saviez quelque chose, vous du Chester cheese (prononcez tchètchetchise) ? Non ? Moi non plus !

Bref, débarqué au milieu de la nuit dans cette ville inconnue, avant de me coucher, je décide de voir à quoi peut bien ressembler ce patelin. Et au premier coin de rue, je découvre un escalier que, bien sûr j'emprunte (je l'ai rendu, rassurez-vous). Il mène sur un mur. Un mur qui coupe la ville en deux : in the wall et out of wall. C'est l'enceinte romaine de Chester. Elle fait presqu'entièrement le tour du cœur de la cité et à passé minuit, vous n'y croisez personne.

Que les villes sont étranges la nuit !

Déjà à Paris... mais qu'est-ce que je vous raconte, ça, c'est une autre histoire !

 

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le noctambule (joye)

noctambule

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Noctambule par bongopinot


À la nuit tombée
le noctambule
Sort de sa bulle
Enfin réveillé

Voilà pourquoi
Moi aujourd'hui
Je fais comme lui
En cet endroit

Arrivée en Pologne
J'y retrouve ma fille
Et mon cœur cogne
Et Lódz brille

bo


Et on trinque à la lune
Une vodka à la main
Et si il y en a qu'une
On reviendra demain

Jamais la ville ne dort
Et du matin au soir
Ces journées valent de l'or
Sur les chemins de l'espoir

Je deviens noctambule
Pendant mes vacances
Je quitte enfin ma bulle
Et mon esprit danse

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CARNAGE (tiniak)


C'est mon terrain de jeu, ma cape, mon chapeau
la brume dans mons dos, le pavé sous mes pas
ce coin de rue obscur, la nuit et ses frimas
j'y promène ma joie et ma haine, au cordeau

Ah, c'est bon de sentir venir d'un pas serein
la promesse d'un sein qui n'a rien vu du monde
que des messes les saints, sans jauger leur faconde
à plier le genou quand on lui tend la main... !

Rigole, fais ton choix ! Moi, j'attends sous le porche
en me brûlant les doigts sur de tristes cibiches
dans l'attente fébrile d'une frêle biche
qui aura pris le métro quatorze, sans torche

Ne passe pas ici, quand j'ai trop faim de chair
ni ton dieu, ni ta mère et pas plus ton soupir
qui n'ont plus foi en toi, ne savent rien en dire...
Plus en saura ce mur quand sera faite affaire

Avec tes petits pleurs et tes cris étouffés...
Avec ta chair en sueur et tes yeux ébahis...
Avec ma Belle Horreur, là, sur ton clitoris...
Et le tout comme un lot vendu sur le marché !

Gargantua, redis-moi, c'est quand qu'on n'a plus faim ?
Mangées - toutes ! ses mains ? Quand il n'est plus d'espoir ?
En l'Homme, ses manies, ses manières du soir ?
Celles au dévidoir ? Ou celles du matin ?

Eh, c'est bon de sentir, venir à petits pas
quelque nouvelle proie fleurant bon la chair fraîche
mais je regrette un peu de n'avoir pas la flèche
(celle de Cupidon) pour lui sonner mon glas

 

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De Rimbaine à Verlaud. 4, Noctambule (Joe Krapov)

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Saint-Nectaire le 28 octobre 2017


Mon cher Paul

Ton copain Octave n’est pas un très bon conducteur. Déjà, quand il a mis le contact, le moteur à injection a rugi aussi fort que Clarence, le lion qui louche de «Daktari», ou que son cousin de la MGM. Mais bon, restons objectifs, je ne suis pas là pour jouer les détracteurs et ton factotum, bien que fort silencieux, m’a mené à bon port.

DDS 481 stnectaire1

La nuit était tombée sur Saint-Nectaire et il y faisait un temps assez infect pour qu’on se croie au mois d’octobre et, du reste, on y était. Il n’était pourtant que dix-neuf heures. Octave a garé sa vieille Peugeot sur le parking près de la basilique romane et nous avons traversé la rue pour entrer au Relais de Sennecterre.

Moi qui croyais trouver là une assistance clairsemée, succincte, composée de deux ou trois loqueteux égarés ou d’un groupe d’autochtones casquettés écoutant le facteur local rendu au bout de sa tournée – générale – et en train de jacter doctement sur les derniers potins du district, je dois avouer que je me suis mis le doigt dans l’œil jusqu’à l’adducteur rectal !

Le restaurant était bondé et s’il était peuplé d’ectoplasmes provinciaux rien dans leur mise ni dans leur diction n’en laissait rien paraître. Tout le monde était habillé classe, l’ambiance était sélect au possible avec autant de jeunes connectés et de fashion victims à smartphones fluorescents que de sexy-, septua- et octogénaires ayant connu Epictète à l’époque où il manquait d’adjectifs.

- Victor, tu nous mets deux kirs, STP ! a lancé un Octave péremptoire et limite irrespectueux : j’eusse peut-être préféré boire autre chose ?

- C’est ici qu’on va becqueter ? ai-je demandé sur le même ton.

- Non. Ici on prend l’apéro. Alors ? Comment il va le Paulo ? Toujours aussi «Laudver, Laudver, Laudver come back to me» ? Encore à collecter des destinations improbables et à étudier la tectonique des à-côtés de la plaque ?

- C’est un peu ça ! lui ai-je répondu tout en continuant à me délecter du spectacle du réfectoire.

- Et toi, Arthur, tu es la paire de semelles qui va devant et qui ramène au directeur de l’agence les infos nécessaires à ses dissections de parcours ?

- Vous avez eu fait ça aussi, Monsieur Octave ?

- Exact ! Jadis, quand j’étais belle ! Adieu les infidèles !

- Fréhel !

- Bravo ! Monsieur Rimbaine a des lettres !

Quel curieux mecton ! Ca n’allait pas être simple de pactiser avec ce guide-là ! C’était quoi, cette tagada-tactique du gendarme ? Il n’avait pas décoincé un mot dans son tracteur à roulettes entre Clermont-Ferrand et Saint-Nectaire et voilà que maintenant, tout à trac et sans aucun tact, il me tapait sur le ventre comme si on avait fait la dictée de Pivot côte à côte avec des antisèches de Mérimée ou fait gonfler nos pectoraux ensemble à l’époque où Monsieur Muscle et Jacques Anquetil imposaient leur diktat devant les foules du Puy-de-Dôme et d’ailleurs ! Mais j’exagère. D’une part c’est Poulidor qui avait pris le dessus dans cette étape et puis moi je n’ai commencé la muscu que sous Eddy Merckx et Schwarzenegger.

Le dénommé Victor, serveur réactif de son état, nous a servi les cocktails. Le kir auvergnat était onctueux à souhait.

- Sirop de châtaigne et Saint-Pourçain blanc ! C’est quand même plus gouleyant que la Volvic, non ?

Quand nous sommes arrivés au troisième verre, après avoir finalement trouvé le biais pour caqueter ensemble, Octave a éructé :

- Bon, ça c’était du prophylactique. Maintenant on éjecte et on passe aux choses sérieuses. On va dîner chez Wiwi.

Malgré les fluctuations de la sesterce arverne et de nos guiboles alcoolisées, nous avons regagné sa 206 et avons traversé le bled pour gagner Saint-Nectaire le Bas.

Ambiance un peu plus feutrée chez Wiwi mais toujours autant d’autochtones – ou pas ? – étiquetés « beau linge », de cliquetis de coupes et verres et de dégaines de sectateurs nyctalopes parés pour une virée nocturne du genre assez festif. Des noctambules, quoi.

- Tu vas goûter la marquisette maison, mon pote ! Objecte pas, c’est la tradition !

La décoction qu’on nous a servie était effectivement un pur nectar ! Je te passe les détails, mon cher Paul, sur l’abominable tripoux, même pas clandestin, que ton ancien collaborateur, semble-t-il addict à la charcutaille, s’est envoyé. Rien que le mot « tripe » me débecte et pourtant, je ne cesse pas de voyager ! Une infection ! En guise de victuailles je me suis contenté d’une succulente truite aux amandes. 

Au dessert, Bénédicte, une connaissance d’Octave, est venue s’asseoir à notre table. Bises affectueuses, présentations effectuées, « Mes respects Mademoiselle ! », « Madame ! », Zut ! C’est une jeune femme d’une trentaine d’années qui a dû signer un pacte avec le diable pour hériter de pareille beauté et lui a refilé en échange un dictaphone des plus actuels – il paraît qu’on trouve peu de sténo-dactylos efficaces en Enfer -.

Une beauté picturale, sculpturale, pas piquetée des hannetons et pourtant Mme Terrail-Duponson – c’est son nom et, oui, elle est hélas bien mariée à un prénommé Hector – exerce ses talents d’artiste en dessinant, peignant, découpant des insectes fabuleux. Elle nous a montré cela sur sa tablette tactile. Comme on avait un peu disjoncté et que nos attitudes n’avaient, stricto sensu, plus rien de strict ni de sensé, on s’est retrouvés, à force de surfer, sur le site web d’un collectionneur de coquetiers auvergnats dont les pièces maîtresses étaient un service orné de cactus ayant appartenu aux Pompidou et un œuf peint décoré d’une tronche de Giscard d’Estaing datant d’avant Vulcania et les ptérodactyles, des collectors uniques en leur genre.

- On a quand même de satanés fortiches en France ! De sacrés crânes d’œuf ! a commenté Octave avec son rictus qui ne le quitte jamais même quand il prépare des mouillettes.

- C’est pas du fictif ! ai-je Percevalé façon Kaamelott revisité.

Après un dernier café et un dernier pousse-café – une Bénédictine pour Bénédicte ! – celle-ci a déclaré :

- Mektoub ! Activons-nous, messieurs ! Il faut absolument que je sois au casino à 23 heures ! Je pars devant. Vous m’y rejoignez directement ?

- On passe d’abord à l’hôtel !

Octave s’est ré-empaqueté dans son duffelcoat. On est retournés à la voiture et puis on a déposé nos paquetages à l’Hôtel de Lyon. On aurait dû commencer par-là d’ailleurs parce que, même en rectifiant la position, j’ai bien senti que la fille de l’accueil hoquetait intérieurement à la vue des deux poivrots auxquels nous commencions à ressembler. Elle imaginait sans doute, sur la moquette vert amande de nos chambrettes, quelque tas de vomissure abjecte déposé là par nous dans la nuit ?

- Ne t’inquiète pas, mon charmant petit dictateur, ai-je songé en lui remplissant le chèque, Arthur tient bien l’alcool et les impacts de balles ! Et l’Octave a l’air bien équipé aussi pour monter haut ! 

Et nous arrivons maintenant, mon cher Paul, au dernier acte de « Saint-Nectaire by night », celui dans lequel tous les acteurs et actrices du récit se trouvent réunis au même endroit, celui où Hercule Poirot donne lecture du verdict, celui où le faisceau du licteur s’abat sur le coupable, celui où l’hologramme de Sarah Bernhardt en fait des kilooctets et des mégatonnes dans la tératralité. 

DDS 481 casino st-nectaire

Cela se déroule au casino de Saint-Nectaire. Car il y a un casino à Saint-Nectaire ! Et pas une supérette, non ! Un vrai ! Du genre « Faites vos jeux, rien ne va plus » ! Il y a bien eu un architecte, un maire, des entrepreneurs assez fous pour imaginer et implanter ici un lieu de rendez-vous intergalactique de type « Carrefour des étoiles » pour les gens qui souffrent d’addiction au jeu et au divertissement : une salle de jeux Las Végassienne, sans doute importée de Sarthe, une boîte disco, une salle de spectacle, un restaurant…

Et ce soir les animateurs de la soirée techno sont le docteur DJ Kill et Miss Terrail-Duponson ! Hector et Bénédicte ! Et tous les clients et clientes du Sennecterre, du Z, de l’Auberge de l’Ane, de l’Hermitage, du Regina et de chez Wiwi s’agitent le rectum sur le dance-floor, complètement insoucieux des actualités du monde (dictatures, sectes, tromperies d’électeurs, guerres et catastrophes) et du nombre grandissant de victimes d’une Histoire dont personne ne comprend plus les vecteurs actuels.

Le tictac de l’horloge, la folie du gros son nous mènent à un minuit sans trac, sans tracts, sans rectitude morale, vers une victoire factuelle des corps en transe, vers toujours plus de sons électroniques et l’on entend partout, bien qu’aucun lecteur ne les prononce, les paroles du dicton de banlieue descendu jusqu’ici : « On ne peut rien contre le nycthémère alors nique ta mère, nique l’amer et toujours chéris l’homme libre !». « Et même la femme aussi » ajouté-je pour ma part.

Et on entend aussi, à un moment donné, une fois que trois sept ont été alignés sur un écran, le vacarme des pièces qui roulent un peu partout, le silence de toutes les autres machines qui s’arrêtent. Quelqu’un a décroché le jackpot ! Quelqu’un va emporter le pactole ! Sous le plafond en fausse voie lactée je vois trente-six étoiles car ce quelqu’un… c’est moi !

Voilà pourquoi, pour une fois, mon cher Paul, tu ne trouveras pas de facture jointe à ce courrier. Je te fais cadeau des frais liés à cette expédition-ci et je t’octroie même un chèque qui correspond à la moitié de mes gains. Il me semble normal qu’une somme recueillie auprès d’un bandit manchot revienne à un honnête homme unijambiste.

Avec mon indéfectible amitié, mon cher Paul !

P.S. Surtout, comme dit le poète : « Carpe diem et lapin noctem ! »

 

P.S. de Joe Krapov : En lisant ce texte, amie lectrice, amie lecteur,
tu as prononcé au moins 130 fois le son « ct ». Kèk t’en dis ?

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Les Noctambules (Pascal)


Après ton boulot de serveuse, te souviens-tu quand nous allions finir la nuit dans ce singulier bistrot, dont j’ai oublié le nom, sur la place du Théâtre ? Dans la basse ville, les rues borgnes succédaient aux impasses malfamées. On courait sur les pavés brillants éclairés par les seules devantures racoleuses des bars à matelots. Des clochards nous poursuivaient en réclamant l’aumône, des marins en pompons occupaient la zone, la rue du Canon fourmillait d’une hétéroclite faune. Sous des porches sans âge, des prostituées en jupette clamaient leurs avantages aux passants malhonnêtes…  

A l’heure officielle de la fermeture, le patron tirait ses rideaux de fer et seulement une ou deux petites lumières restaient éclairées derrière le bar. Après quelques martèlements de connivence sur les carreaux, il entrouvrait sa porte aux habitués nuiteux.

A chaque table, c’était plein de messes basses remplies de propos tenaces. Sans manière, à coups de murmures, on reculait les frontières, on repoussait les murs. Ici, au bras d’une blonde, on refaisait le monde ; là, sans rien à vénérer, il n’y avait plus rien à espérer. Des chaises criaient sans manière en se reculant bruyamment ou s’avançaient poliment jusqu’aux amarres de leurs verres. Les putes discutaient avec leurs macs, les serveuses recomptaient leurs pourboires, les amoureux se parlaient dans les yeux…
Sur le comptoir, des mendiants alignaient leur mitraille et réclamaient en échange une assiette de boustifaille. Quelques marins de croisière, accompagnés de femmes carnassières, racontaient encore leurs escales buissonnières et la bière coulait dans leurs chopes altières comme des grandes marées coutumières. Sur un coin de nappe, des excentriques dessinaient des cartes au trésor, des esquisses aux visages d’aurore, ou élaboraient des bouts de rimes en or ou des belles lettres bariolées, comme des vraies banderilles de matador…  

Parfois, quelques éclats de voix débordaient, quelques jurons fusaient et c’était quelques rires de surface, ces rires de lave-glace qui essuient les premières larmes des grimaces. On se rabibochait, on se séparait, on se reprenait, on s’oubliait, mais on s’aimait sans feinte, à l’emporte-pièce, celui du véritable Amour, celui qui foudroie le cœur, celui qui bouffe les tripes, qui explose dans la tête et qui brûle l’âme aux feux incessants de la vraie Passion…  

A cause des rondes de flics, souvent, le patron réclamait aux consommateurs l’accalmie des clameurs. En écartant son bout de rideau, il surveillait la rue et ses agitations…  

La nuit durait longtemps. Chaque seconde avait son attrait, son émotion, sa couleur, sa partition. Animés par des fringales d’ivresse, les uns s’empiffraient avec des assiettes de kermesse ; les autres, les indépendants, se soûlaient encore par la seule habitude du fol enivrement. Remplis d’homélies radoteuses, leurs verres teintaient des messes froides sans jamais réchauffer leurs mains fiévreuses. Entre les tables, il flottait des parfums d’alcool, des effluves de sueur, des relents capiteux et des odeurs tenaces de tabac froid…  

Des types louches palabraient dans l’ombre des colonnades du bar. Même les glaces du comptoir semblaient les ignorer comme pour ne jamais les reconnaître ailleurs. Devant le zinc, deux ou trois chauffeurs de taxi racontaient leur journée, leur dernière course, les cartons de leur tiercé, le prix de l’essence. Seul à une table, un quidam sans âge tentait toujours la même réussite. Une à une, il semait en l’air ses as, ses rois, ses dames, ses valets, dans un geste désabusé de battu…

Des cigarettes interminables, aux filtres maquillés de lèvres cannibales, se consumaient dans des cendriers vénérables ; la brûlure de leur tison enflammait le mégot précédent qui, lui-même, ressuscitait celui d’avant. Partout, les yeux étaient rouges, les gorges étaient écorchées, les haleines étaient défraîchies, les gestes étaient flous, l’Espoir se noyait…

Ici, c’était le repos des brillantes fusées du feu d’artifice après qu’elles aient décoré le firmament de leur nuit bataille. Vaille que vaille, elles s’incendiaient encore dans l’envers du décor, embrasant la face cachée du spectacle, illuminant l’antichambre de la Torpeur. Le monde glauque des noctambules communiait ; par bribes de considérations vineuses, on parlait du hasard comme de la chance et de l’Amour comme d’un rêve…  
Les timides hardis, ces laissés pour compte frileux, mataient les jarretelles des dames légères attachées à leurs matous ; écrevisses, ils toussaient en récupérant leurs serviettes une fois de plus, et les belles de nuit écartaient gentiment leurs cuisses…  

Je crois que toutes les étoiles tombées du Ciel se retrouvaient dans ce bar. S’échappant de leurs nuits noires, elles se ressemblaient tellement avec tous leurs projets sans espoir, elles se rassemblaient pour briller un peu…  

Nous n’étions pas très à l’aise, toi et moi. Tu me donnais la main pour bien signifier à tous, ton appartenance amoureuse. Embrigadés par des boute-en-train bambocheurs, nous suivions leurs péripéties enjouées et surnaturelles ; on était dans la bande, on faisait le nombre, l’épaisseur des rires, le refrain des chansons, le tempo des applaudissements.
Inépuisables, ces joyeux drilles avaient encore des blagues, des bons mots, des flots de commentaires à verser à tous leurs allocutaires…  
Tous les deux, on croquait dans le même sandwich, on se partageait la même bière, on fumait la même cigarette ; on cachait nos bâillements pendant des revers de mains en simulacres de pirouettes…  

Au petit matin dentelle, sur le chemin du retour, c’était les camions poubelles qui nous poursuivaient dans les ruelles. Leur vacarme de ramassage était une vraie fanfare de tambours et nous courions devant ces sauvages, en regardant les dernières étoiles s’éteindre…

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Balade nocturne (Thérèse)

 

Des jours comme ça où tout implose, où tout explose,
Des soirs comme ça de solitude et de silence,
Des nuits comme ça où rien n'a de consistance
que les brumes qui s'emmêlent dans mon cerveau en déroute.
Des murs, des barrières, des portes, des maisons…
et des ombres, qui se cachent derrière,
caressent les briques une à une,
jouent avec la lumière des lampadaires,
courent, se coulent, se faufilent, subreptices,
sœurs intimes de fantômes aïeux.
Devant mes yeux écarquillés de surprise,
halos tout ronds, tout orange, striés de fins rayons,
encerclent chacun des éclairages au-dessus des trottoirs.
Je marche au milieu de la route déserte,
je marche dans les rues de mon âme,
le cœur oppressé d'être aussi inutile
avec le poids de cette peur en bandoulière.
Des rues vides où résonnent mes pas.
Même les chiens se sont tus dans la ville fantôme.
Des nuits comme ça où tout n'est qu'incohérence
Des soirs comme ça qui éclairent l'indifférence
Des jours comme ça écrasés de solitude
où tout explose, où tout implose…

 

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