26 août 2017

Le gant Mapa (Vegas sur sarthe)


Pour mon 469ème défi j'avais décidé de rencontrer un revenant ou une revenante.
Je n'étais pas difficile et puis les revenants ont-ils vraiment un sexe? Ceux qui en ont approchés ont-ils eu la curiosité d'aller voir jusque là?
Tant qu'à en voir un, je préférais que ça en soit une alors j'ai fait les petites annonces et j'ai filé rancard à une dame blanche un samedi soir après 20 heures car elle bossait comme dame pipi à l'abbatiale Saint Paul de la Couture.

La dame blanche habitait dans le vieux Mans – si tant est qu'un revenant puisse habiter quelque part – dans la cité Plantagenêt là où un certain Geoffroy plantait du genêt dans sa coiffure pour aller à la chasse.
Dire que la cité aurait pu s'appeler Plantaforsythia... les manceaux l'ont échappé belle, bref.
La White Lady comme on lit dans les dépliants en angliche s'appelait en fait Reine – Reine Blanchard née Bérangère – comme gravé sur sa plaque à côté de celle d'un courtier en assurances, un dénommé Richard Queurdelion dont il me sembla avoir déjà entendu parler, bref.

Ma Reine avait des milliers d'heures de vol et cachait ses mains ridées sous des gants en plastique.
"Je terminais ma vaisselle" dit-elle en refermant la porte... parfaitement, ma revenante ouvrait et fermait les portes et faisait la vaisselle comme vous et moi, enfin comme vous pour la vaisselle.
Je la suivis dans une pièce étrange qu'on nomme cuisine.
C'est vrai qu'elle était blanche, pas la cuisine mais ma Reine – la légende ne disait pas que des bêtises – elle était même livide, cadavéreuse, déterrée, éteinte, enfin vous choisirez.
"Vous seriez pas malade?" osai-je en restant à distance respectable.
"Non" dit-elle d'une voix blanche "je suis toujours comme ça après 20 heures".
Alors elle se sentit obligée de me raconter sa vie, son enfance chez les Navarro – pas les indiens mais les basques de Pampelune –  une soeur qui s'appelait Blanche pour entretenir la confusion, puis une belle-doche autoritaire et par dessus le marché un mari aux amitiés particulières devenu courtier en assurances et qui n'avait même pas été capable de lui fabriquer un moutard.
"Vous avez dû voir sa plaque sur la porte, c'est tout ce qu'il en reste" dit-elle en tendant le bras.
J'avais reculé instinctivement, évitant le gant Mapa.
"Ca tache pas" dit-elle avec un sourire édenté "c'est du Paic citron... j'utilise que du Paic citron et du savon de Marseille pour la lessive... ça lave plus blanc"
J'allais lui faire remarquer que son Paic citron contient des tensioactifs, véritables saletés pour l'environnement mais je n'étais pas venu pour parler écologie.
Je tentai une question :"Et ça fait quoi de revenir quand on est partie depuis si longtemps?"
Elle parut étonnée :"Longtemps? C'est quoi longtemps? Mon queutard de mari n'est mort qu'en 1199"
Je bredouillai :"Excusez-moi madame... euh... Blanchard mais on est au XXIème siècle"
"Appelle-moi Reine" dit-elle en me forçant à m'asseoir contre elle.
Elle était froide, blanche et froide comme un roti de porc oublié au frigo avec une abominable odeur citronnée.
On était là tous les deux, loin des Navarre, des croisades à la con et d'Alienor sa belle-doche acariâtre qui aimait les troubadours et les angliches qui roulent à gauche.
"Le mariage, c'est une belle connerie" soupira t-elle en me prenant par l'épaule "c'était bien la peine de m'emmener à Chypre pour se faire dessouder 8 ans plus tard... "
Je profitai de ses points de suspension pour m'écarter tout à fait.
Elle soupira encore :"On vous fait si peur que ça, nous autres les revenants pour que vous vous écartiez toujours ainsi?"
Elle avait encore blanchi, elle était presque transparente au point que je ne voyais plus que ses gants à vaisselle.
Je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie de lui serrer la main... elle était molle et collante et le gant m'est resté dans la main. On a beau faire attention, on a toujours peur de casser quelque chose en touchant un revenant.
Elle comprit que j'allais partir :"Reviens quand tu veux"
Je ne sus que répondre :"Euh... d'habitude c'est vous qui revenez"
Elle eut un pauvre sourire comme je repassais la porte, on avait dû lui faire la blague un peu trop souvent.
Dehors la plaque de Richard Queurdelion brillait de mille feux et je me sentais finalement assez fier de mon 469ème défi.
Vous y croyez vous, aux fantômes? Moi j'y crois. C'est pas donné à tout le monde de possèder un gant Mapa du 12ème siècle.

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Participation de Venise

 

N’attendez pas de moi des souvenirs d’enfance avec les fantômes

Je n’en ai pas . Voilà ça c’est fait!!!

De quoi les fantômes sont-ils  alors les ancêtres ?

Surement pas du plombier du second qui vient de rendre l’âme .

Les fantômes sont d’une extraction noble et ne supportent  que les demeures princières .

Et pour leur rendre justice ils n’ont pas besoin de moi une roturière !!

Bien je vous l’accorde je ne crois en plus rien

C’est ici d’ailleurs que je sors du bois!!

Ecoutez plutôt cette charmante histoire médiévale tout  droit sortie de mon imagination.

Le fantôme est une survivance échevelée  de la grâce qu’il nous faut à aimer .

Et comme un vieux diable pleurant sur un quai le fantôme de nos amours

Sort rincé de la vie  pour s’élancer vers les ombres que nous sommes  et emporte avec  lui les  couleurs de notre  âme .

Rends-moi le bleu  de mes saisons, le rouge de mes joues, le rose pâle de ma main

Et dans la trainée  de brouillard où il se cache , il nous apprend  à rester présents à nos vies.

Source: Externe

Détourne toi de lui , mais pas trop !!

Entame quand tu le pourras un ballet improvisé avec lui

Sort le de ta boite optique où tu l’entrevois

Où il se meut dans une marelle spatiale

Ce qui me vient à l’esprit à ce moment là

C’est / son regard ne t’a  t-il pas cloué au sol ?

Où es tu simplement un demeuré?

Face à l’hypothèse désormais tout à fait fondée que les fantôme n’ont aucune existence je répondrai/

prêtons leur une âme .

Tentons de faite bouger les frontières .

 

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19 août 2017

Défi #469

Castiglione del Lago, mai 2008

Vous y croyez, vous,
aux fantômes ?

 

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Sont tout sourire

pas cons

4682

Laura ; Venise ; petitmoulin ; Pascal ; Thérèse ;

Walrus ; joye ; bongopinot ; Joe Krapov ;

 

 

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Ecrire à Rimbaud ? 4, Sourire (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« C'est moi que je suis la Joconde.
Que de mots vains on m'inonde.
Critiques, artistes abondent
En intarissables facondes. »

 

2017 08 17 mona lisa RimbaudCette semaine on me demande de faire sourire ! Ce n’est pas bien difficile pour moi qui passe désormais ma vie à ne faire que cela ! Je fais sourire et je prête même souvent à rire à taux de z’héros !

Je pourrais bien aller piocher dans mes collages de Jean-Emile Rabatjoie, par exemple. Jean-Emile R. est un avatar de moi-même qui découpe des images dans des vieux magazines et les colle ailleurs, cela pour suivre les traces artistiques et iconoclastes de Jacques Prévert. Je pourrais endosser à nouveau son costume pour concocter d’autres rapprochements improbables et, par exemple, coiffer Mona Lisa avec les chapeaux de la reine d’Angleterre.

Le plus simple à vrai dire serait de recopier ici mon journal de voyage à Charleville-Mézières et de publier un diaporama photographique rassemblant les enseignes et effigies « dédiées à ta gloire » que j’ai pu contempler dans ton Ardenne natale. Mais le sourire serait un peu jaune, peut-être.

 

Je préfère t’annoncer que j’ai bien reçu ton « pitch ». Le pitch, toi qui fus angliciste mais ignores les tics du langage français moderne, c’est le scénario d’un film, c’est la trame d’un récit, le sujet d’une œuvre, le thème d’un poème.

Il est intéressant, ton story-board kaléidoscopique mais je trouve qu’il manque de musique et… qu’il ne prête pas précisément à sourire, même si les notes de bas de page laissent à penser qu’il y a plein de sous-entendus coquins et cultivés là-dessous. Ou pas.

C’est pourquoi je me suis permis de chausser mes gros sabots et d’en réécrire trois. J’ai pitié des Défiant(e)s du samedi qui en ont déjà marre sans doute de cette correspondance idiote entre deux types qui n’ont rien à voir ensemble sinon qu’ils sont un peu, comment dire, chacun dans leur genre, « illuminés ». Je n’en livre donc ici qu’un seul, « Hortense », libre transposition krapovienne du texte intitulé « H » à la page 278 de l’édition en Pocket de tes œuvres complètes.

 

HORTENSE

Ne demande pas la main d’Hortense :
Elle s’occupe à fourrager
Beaucoup plus bas que sa voilette.

N’attends pas d’Hortense
Un doigt d’indulgence :
Il s’applique à la mécanique
Hygiénique et il met
- Ô monstruosité ! –
De la frivolité
Au sein de sa pilosité.

Hortense a des gestes atroces,
Des passions, des actions violentes,
Des manigances érotiques.

A force de frotter
Elle fait tout reluire
D’un beau vernis de mandoline.

Pour la dynamique amoureuse,
Pour ce qui va la rendre heureuse,
Elle paye, depuis l’enfance,
Un tribut de portes ouvertes,
De décorporation salace,
De travaux de mise en lumière
Car elle est reine d’éclairage.
C’est là sa mauvaise habitude.

Et surtout ne paie pas Hortense
D’un rubis sur l’ongle :
Elle rira sous sa pelisse
De ton frisson d’amour novice.

Attends juste qu’elle finisse,
Arthur appuyé au chambranle,
Sa toilette.

Les amateurs de littérature comparée iront lire l’original ici.

Ca les fera peut-être sourire. Ou pas.

Sur ce je repars m’activer une semaine en Normandie. Bon repos à toi, cher poète de mes dix-sept ans !

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S comme ... par bongopinot


C'est une clé secrète
Qui ouvre bien des cœurs
Il contribue aux petits bonheurs
Et efface un peu le mal être

Qu'il soit cajoleur enjôleur
Il accueille désarme rassemble
Moment agréable et aimable
Il arrive tous les jours à toutes heures

Il a un rôle précis
Quant il est vrai et sincère
Il fait oublier les colères
Et éloigne un temps les soucis

Il est souvent communicatif
C'est aussi un bon moyen de défense
Il nous donne de l'assurance
Et nous rend plus positif

C'est un langage universel
Et il peut si on le désire
Exprimer ce qu’on n’a pas su dire
Il est de plus en plus essentiel

Alors aller y SOURIEZ encore
Donnez et recevez toujours
C'est votre cadeau de tous les jours
Il ne coûte rien et il rend plus fort

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Autant en emporte le plat : Épisode Sixtus (joye)

L’histoire jusqu’ici :  http://samedidefi.canalblog.com/archives/joye/index.html

- Alors, Hammour, qu’est-ce que tu proposes ? lança Garceline.  Tu es, après tout, le roitelet des gitans !

- Et si l’on jouait au nid-oui, nid-non ? demanda Fanfan, essayant d’aider, et échouant, comme d'habitude.

Vonceralet ne dit rien. Il boudait comme un bouscarle (si les bouscarles boudaient).

Hammour secouait ses plumes.

- Eh bien, commença-t-il, mais ne dit plus rien, parce que, devant ses yeux, et entourée des éclairs se trouva une jolie fillette-fée !!

encore emilie

- Qui êtes-vous ?!? crièrent Garceline, Hammour, et Fanfan ensemble.  Vonceralet ne cria pas, il boudait (au cas où vous avez oublié, ou si vous avez mal lu jusqu’ici, ou même si vous vous en fichez, c’est selon).

- Justement, dit la princesse-fée. Si vous voulez que je vous aide, il faut deviner mon nom. Mais attention, continua-t-elle. Vous pouvez chacun deviner une seule fois et si vous ne trouvez pas, je ne pourrai pas vous aider.

Sans hésiter ou attendre, parce qu’il était toujours impulsif (c’est bien ainsi qu’il se fit transformer en marionnette et puis moineau), Fanfan hurla la première chose qui lui vint à l’esprit :

- Constance I. Nople !

La princesse le regarda avec de la pitié et hocha sa belle tête.

- Espèce de con ! cria Garceline, encore irritée.

- Euh...non, rigola la merveilleuse princesse-fée, toutefois un peu embarrassée par ce niveau de langage.

- Oh ! Non ! Je ne devinais pas, je parlais à cet idiot de mari à moi que j’ai ! Ça ne compte pas ! pleurnicha Garceline.

- Désolée, sourit la ravissante princesse-fée à la chevelure soyeuse et brune. Ça compte.

- Mince ! soupira Hammour.

- Non plus, désolée, murmura la jeune princesse-fée. Même ses adorables taches de rousseur semblaient sourire à la stupidité collective du groupe qui regarda soudain Vonceralet, leur dernière chance.

Roncevalet ouvrit son petit bec et puis le referma. Il aimait bien dramatiser, lui. Mais quand il l’ouvrit encore, c’était pour deviner  le nom de la princesse-fée.

- É-mi-lie, prononça-t-il, soigneusement.

- Ah ! Bravo ! C’est ça ! Je m’appelle Émilie ! rayonna-t-elle.

- Mais, comment l'avez-vous deviné ? crièrent les camarades du nain grincheux.

- Beuh, moi, je n'ai pas deviné ! J'ai Googlé ! Et, puis encore... j'ai Facebouque ! expliqua-t-il.

Alors, la talentueuse princesse-fée frappa les doigts (parce qu’elle avait oublié sa baguette magique dans son autre sac à dos ce jour-là en rentrant de ses leçons d'équitation), et poum ! Les quatre petits oiseaux retrouvèrent leurs formes originelles.

Hammour était encore beau, musclé et masculin. Malheureusement, Garceline avait encore sa jambe de bois et Fanfan était encore marionnette (sans doute parce qu’il y aura au moins encore deux épisodes cet été, hein).

Mais Vonceralet…eh, bien, Vonceralet…Les autres haletèrent de surprise en le voyant. Mais la princesse-fée Émilie sourit tout grand comme ça :

fairy

~ À suivre ~

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Le temps est assassin... (Walrus)

 

Neuf ans déjà que nous promenions par les chemins du jardin botanique de Meise, au plus froid de l'hiver, cet arc-en-ciel ambulant.

Les photos, finalement, n'apportent que des regrets.

Source: Externe

À moins qu'elles ne nous réchauffent un court instant le cœur...

 

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Un enfant (Thérèse)


Un enfant, c'est un morceau de soleil
qui vient réveiller tes jours gris
quand nostalgique tu sombrais.

Un enfant, c'est de grands yeux étonnés
de découvrir le monde,
à petits pas prudents.

Un enfant, c'est doux et chaud entre tes bras
quand, tout confiant, il s'abandonne
pour te livrer tous ses secrets.

Un enfant, c'est une partie de toi
qui déverse son innocence
et ravive tes souvenirs.

Un enfant, c'est un rire en plein cœur
qui reste en héritage
quand tu n'as plus que ta mémoire en partage.

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Marie-Jeanne (Pascal)


J’avais réservé une table à l’Auberge du Pachoquin. Située dans la vallée du Gapeau, ancien relais de poste transformé en restaurant, c’était un antre de délices pour toutes les papilles gourmandes et c’était foule, ce dimanche. Fin de l’automne et chasse ouverte, sur tous les menus, le civet de sanglier était la marque de leur grande notoriété dans la région.

Quand nous entrâmes dans l’immense salle, le restaurant embaumait ses gibiers et ses marinades. Avec tous les salamalecs d’usage, on nous trouva notre petite table, on nous installa, on nous apporta les menus, la carte des vins et quelques amuse-gueules pour nous aider à patienter.
En attendant la commande, nous restâmes en contemplation devant l’énorme cheminée ; une véritable moitié de tronc d’arbre se consumait lentement dans l’âtre. Telles les fusées rougissantes d’un feu d’artifice improvisé, des crépitements soudains pétardaient dans les flammes dansantes ; coupant la parole, ils taisaient un instant le brouhaha des attablés alentour comme si toutes ces petites détonations faisaient partie du spectacle. Entre deux fourchetées, entre deux rasades, entre deux bons mots, cela rajoutait encore au décor gentiment champêtre de l’endroit. Des vieilles choses accrochées aux murs enrobaient l’ambiance des fastes d’une nostalgie ancienne ; leur désuétude flagrante plongeait immanquablement les attablés dans le siècle passé.
Quand ce n’était pas les senteurs boisées du chêne brasillant dans la cheminée, le bouquet précieux des gerbes de lavande séchée, des effluves tièdes de mangeaille appétissante venaient nous taquiner les narines et, des yeux, nous cherchions désespérément un serveur pour nous rappeler à lui. Enfin, l’un d’eux, un peu moins occupé que les autres, vint prendre notre commande. Ce fut un civet de sanglier, bien entendu…

Pour célébrer cette sortie dominicale, tu portais une belle robe blanche, brodée de motifs tarabiscotés, comme un habit de princesse médiévale. Tu avais relevé tes cheveux dans une coiffure savante entre mèches et boucles, entre tresses et barrettes. Pour parfaire ton charme, tu avais glissé quelques bagues le long de tes doigts, attaché un collier de perles transparentes autour du cou et ajusté des bracelets tintinnabulant leur liberté à chacune de tes gesticulations.
Mais ce qui m’éblouissait le plus, c’était tes sourires que tu me flashais en salves quand je t’admirais ; jeunes amoureux, nous étions connectés au grand Tout, celui qui augure des secondes lumineuses et des lendemains enchanteurs. J’avais l’eau à la bouche…

Avec le peuple occupant la grande salle, l’atmosphère était lourde, entre la fumée opaque des cigarettes, la chaleur rayonnante du foyer, les fragrances capiteuses des plats posés sur les tables et le tintamarre obsédant des discussions enflammées. C’était comme un bourdonnement incessant ; seuls des éclats de rire, des tintements de verres, des chaises malmenées crissant sur le carrelage, semblaient émerger du tumulte.

Curieuse de ton entourage, tes regards s’étaient portés sur une table proche ; elle était occupée par une huitaine de personnes âgées en pleines libations gargantuesques. Chacun des protagonistes, trop occupé à engloutir ses carrés de quartanier, ignorait son voisin comme s’il avait peur qu’on lui ravisse sa part…

On venait de nous apporter notre poêlon de sanglier mariné ; dans la corbeille, les tranches de pain croustillant n’attendaient que notre boulimie et nos verres étaient remplis avec un gouleyant vin rouge provençal. Je nous servais grassement en laissant couler la sauce épaisse sur nos morceaux de viande…

Au milieu de cette troupe de cheveux blancs, tu avais remarqué le comportement étrange d’une petite mémé qui se balançait mollement sur sa chaise, comme si elle avait perdu le contrôle de ses facultés. Tu me le faisais remarquer quand, tout à coup, les yeux de la vieille dame se révulsèrent et sa tête tomba au mitan de l’assiette…

Debout, avant que je m’en aperçoive, et que toute sa tablée ne s’en aperçoive aussi, n’écoutant que ta compassion, tu as retroussé les manches de ta belle robe brodée, tu as foncé vers elle, tu l’as sortie de sa fâcheuse posture d’inconsciente, en début de noyée, et tout aussi promptement, tu l’as installée sur le sol, dans la position latérale de sécurité.
Tu t’occupais d’elle, tu tapotais ses joues si pâles, tu lui parlais avec des mots d’assistance comme si tu la connaissais ; son dentier à la main, tu avais un peu de bave entre les doigts. Tu as trempé une serviette dans un pichet d’eau et tu lui as humecté doucement le visage en le nettoyant de toute cette sauce tellement brunâtre. Tes bijoux ne brillaient plus pareil, comme si un sortilège les avait subitement ternis à mes yeux ; l’ambiance enchanteresse de notre dimanche s’était soudain effacée devant la réalité du fait divers…  

Dans nos assiettes, le civet de sanglier fumait toute son impatience et tous ses parfums de garrigue sauvage ; le vin rouge stagnait dans nos verres et je n’osais même pas goûter ce que j’avais piqué au bout de ma fourchette…

Revenue des limbes comateux, la tête blottie entre tes bras, la vieille dame t’a souri ; j’ai pensé que c’était un sourire de miraculée mais c’était plutôt un sourire de maman. Il y avait de l’Amour dans cette grimace à l’endroit, une miséricorde réciproque, et je compris que c’était ton salaire de labeur. Vous aviez des secrets que je ne comprenais pas et j’étais bêtement jaloux de ne plus être le seul détenteur de tes attentions humanitaires.
Sur ta tête, ta coiffure s’était disloquée, et les mèches, et les barrettes, et les boucles, et les tresses, s’emmêlaient sans que ton charme n’en souffrît une seconde. Tu étais Marie, bénie entre toutes les femmes, tu étais Jeanne, Jeanne d’Arc, volant au secours des plus démunis, tu étais Marie-Jeanne, mon Amour, mon Amie, ma Fiancée de toujours…

La vieille dame avait repris ses esprits ; nantie de son appareil dentaire, elle avait réinvesti sa table et réclamait déjà une autre louche de sanglier mariné. Je me souviens comme elle lorgnait sur notre table comme si elle attendait que l’un de nous deux défaille pour voler à son secours ; je me souviens de ses mille œillades complices de vieille maman qui veille sur sa progéniture…

C’est le patron de l’Auberge du Pachoquin qui était content ; tout sourire mercantile dehors, il vint nous apporter un nouveau poêlon de sa daube de sanglier mariné parce que, réchauffé… c’est encore meilleur…

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