26 août 2017

Défi #470

Jette, décembre 2004

Une petite histoire de grand-père,
peut-être ?

La semaine prochaine, nous repartirons sur les mots.
Nous en étions restés au C de Clepsydre.

 

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ECRIRE A RIMBAUD ? 5, Fantôme (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« And is this that you want,
to live in a house that is haunted 
by the ghost of you and me ?”»

Leonard Cohen encore !

 

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 Cette semaine on me demande si je crois aux fantômes. Sans doute que la réponse est oui. Sinon que serais-je allé faire dans la «Maison des ailleurs», cette demeure où tu habitas, en plein Charleville, sur le bord de la Meuse, face au moulin et le dos tourné à la place ducale cent mètres derrière.

Il y régnait une atmosphère fantomatique, liée aux éclairages choisis, aux plans des villes que tu as visitées dessinés à même le parquet et surtout aux étranges vidéos conçues par des plasticiens contemporains.

 

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Je suis actuellement coincé par la pluie dans un camping tout près de Dieppe. J'y termine la lecture du «Temps des assassins», un livre consacré à toi par Henry Miller, un écrivain priapique de l’admirant-idole. Je déduis de ses phrases que chacun de nous à son Arthur Rimbaud ou son fantôme d’Arthur qui le hante à jamais. Mon projet n’étant pas de dévoiler le mien – ça ferait bien suaire mes lecteurs et lectrices, je pense – je vais plutôt te parler ce jour d’Arthur le fantôme. Ca me permettra d’évoquer mes propres limbes et de vagabonder en icelles.

Arthur le fantôme ! Il s’agit d’une bande dessinée, d’un récit en images si tu préfères, dont la publication a commencé en 1953 dans un hebdomadaire destiné à la jeunesse et intitulé « Vaillant, le journal le plus captivant ». Le créateur de la série «Arthur le fantôme justicier» s’appelait Jean Cézard.

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Arthur est un ectoplasme aux formes arrondies, enfin pas trop au début, qui n’a que deux boulets de charbon à la place des yeux dans le visage, qui a une houppette en guise de cheveux et, à la place des jambes, une espèce de queue. Oui, un peu comme Henry Miller. Ou comme toi, Arthur, à la fin de ta vie : un fantôme sans jambes.

Arthur, à ses débuts, est doté d’un papa et d’une maman ! Il habite avec eux un château moyenâgeux à l’abandon dans une sombre forêt - les Ardennes ? -. Histoire de coller encore plus la frousse – «les miquettes» comme dit Alexandre Astier qui joue le rôle du roi Arthur dans «Kaamelott» – aux gamins, Cézard leur apprend le mot «oubliettes» en en dessinant à l'occasion. Il leur faudra attendre la leçon d’histoire sur les cages de Louis XI pour découvrir  que le pouvoir rend cruel et con celui qui le possède. Mais ne nous égarons pas dans le labyrinthe, nous risquerions d’y rencontrer le Minotaure, çui-là qui tord les minots et leur dit «Thésée vous ou sinon vous allez perdre le fil de la fusée Ariane et du récit d'oncle Krapov».

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A part le premier gag en une planche, les aventures d’Arthur dans le journal Vaillant constituent un long récit de 366 pages qui paraît à raison d’une page par semaine. Chaque planche contient une douzaine d’images, en noir et blanc au départ, en couleurs ensuite.

Chaque semaine Cézard a livré son épisode à la rédaction et dans le même temps il dessinait d’autres histoires pour d’autres journaux (Billy Bonbon, Kiwi). Tu imagines le boulot ! Inventer des aventures à Arthur le fantôme chaque semaine que Dieu fait ! Avec mission d’être drôle à chaque fois. Comme dit l’autre «impaussible n’est pas français» ! 

Je ne sais plus si Jean Cézard me faisait vraiment rire. Sur ce plan-là, René Goscinny, Charles M. Schulz et Marcel Gotlib sont les premiers sur mon podium. Mais j’étais scotché par son dessin, ses châteaux branlants, ses vieux tacots, ses bateaux de corsaires, son Far-West avec des trognes de cow-boys pas possibles. La série s’est enrichie de personnages secondaires attachants (ou attachés, comme Verlaine le fut pour toi ?) : le professeur Mathanstock a amené sa machine sphérique avec laquelle Arthur a voyagé dans le temps.

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Lorsque Vaillant est devenu « Vaillant le journal de Pif » les aventures d'Arthur, toujours à suivre, ont adopté le format album classique, autour de 48 pages par récit, et ont été publiées à raison de quatre planches par semaine. En 1969 le journal devient « Pif gadget » et publie des aventures complètes de sept pages du fantôme justicier.  Le faire-valoir du héros est alors un magicien diplômé qui s’appelle le père Passe-Passe. Au cours d’un de ses voyages Arthur rencontre les Rigolus et les Tristus qui vivront ensuite leur vie dans une série indépendante. Les rouges contre les verts, les gais contre les tristes. Inutile de te dire quel camp j’avais choisi !

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Oui, celui des Rigolus. Et pourtant ça me désole de n’avoir pu localiser sur les cartes de Monsieur Google la maison de Bonneuil-sur-Marne où mes grands-parents nous emmenaient, mon frère et moi, à l’époque où nous avions ces lectures-là. La voisine s’appelait Madame Bidart, elle avait un superbe jardin et un chat – comme toutes les voisines de cette époque-là -. Nostalgie ! Nostalgie !

Je me souviens aussi d’un appartement prêté au grand-père par un de ses collègues, un nommé Achille, dont le fils, prénommé Serge, avait conservé une bonne collection de recueils de «Vaillant». J’avais lu là-dedans «La Grande descente», une aventure de Richard et Charlie par Tabary et j’y avais découvert Vlugubu, un personnage miniature avec une flamme sur la tête. L’histoire était un décalque du « Voyage au centre de la terre » de Jules Verne, une sorte de « Saison en Enfer » mais en beaucoup plus drôle.

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Accessoirement, nous avions été quelque peu choqués de découvrir, chez ce jeune lecteur de publications "communardes" comme nous, des véhicules militaires Dinky toys en pagaille (et en métal). Ce fut une bonne leçon. Le prosaïsme de la réalité a toujours vite fait de détruire la poésie de Norev. Normal, c’est du plastique ! Du plastoc, disions-nous.

Mais je ne t’ennuie pas plus. A relire Miller, je retrouve un autre fantôme : ce jeune homme que j’ai été, qui fréquentait les bibliothèques municipale et universitaires de Lille, qui dévorait Rimbaud, Kérouac, Miller, Scott Fitzgerald et des tas d’autres disparus plus ou moins notoires. De ce lecteur-là, je n’ai plus rien à dire, sinon que lui ne s’est pas arrêté d’écrire.

Je reparlerais bien par contre du même bonhomme un poil plus âgé qui a redécouvert hier à Dieppe, en spectateur, l’ambiance des tournois d’échecs. Une autre tranche de vie, ailleurs. 

Comment ne pas croire aux fantômes pour peu qu’on ait une mémoire affective, voire affectueuse ? Nous en promenons tous avec nous, à commencer par celui de nous-mêmes !

Salut à toi et à bientôt, camarade Arthur, ami poète, mon très cher roi de cœur « sans cœur » !

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Autant en emporte le plat : Épisode Sept [embre arrivera la semaine prochaine] (joye)

L’histoire jusqu’ici :  http://samedidefi.canalblog.com/archives/joye/index.html

Après le poum-alakazoum de la superbe princesse-fée, Émilie, Hammour, Garceline, et Fanfan se frottèrent les yeux.

Devant eux, ce n’était plus Vonceralet, le pauvre nain grincheux et généralement méprisé, mais plutôt la silhouette bien agréable d’un homme charmant et spirituel, accompagnée d’un petit chien blanc.

- Mais ! qui êtes-vous ? s’écria Garceline, pas pour la première fois dans cette saga. Vous n’aurez pas loupé, cet été, si vous avez tout lu, que cette prétendue héroïne manque sévèrement d’originalité, ce qui est souvent le propre des héroïnes dans les romances, mais passons, parce que sinon, on n’arrivera jamais à la fin de cet épisode, et puisqu’il n’y en aura plus qu’un seul pour tout terminer avant le deux septembre, alors, bon, en voiture, Simone !

- Oui, qui êtes-vous ? s’écria Hammour, qui lui aussi, souffrait du même manque d’originalité que Garceline, mais lui, au moins, et à son crédit, était musclé et masculin.

Fanfan, la marionnette – au cas où vous l’avez oublié  ne dit rien. Lui aussi se fatiguait de cette histoire, et il ne croyait pas que l’auteure allait le restaurer à sa forme humaine, avant la fin, elle n’est pas quand même Oualte Diznée, alors, il se tut.

- Eh bien, rit l’homme, avant que je ne vous dise qui je suis, il faut répondre à cette question : Croyez-vous aux fantômes ?

- Non ! répondirent Hammour et Garceline d’une seule voix. Fanfan hocha sa tête avec raideur. Que voulez-vous, c’était une marionnette faite de bois, il hocha sa tête alors avec raideur. Noméo, il y a comme des pinailleurs dans le monde littéraire, franchement.

L'exquise fée-princesse rit gaiement. Il ne faut pas oublier qu’elle figura elle aussi dans ce chapitre, même si elle n’eut pas de répliques.

- Très bien, dit l’ex-Vonceralet devant eux. Je suis…

Mais avant qu’il ne pouvait terminer sa phrase, le petit chien blanc s’échappa de sa laisse et partit au courant.

- Yipyipyipyipyiiiiiiiiiiiiiiiiiip !  aboya le chien.  Fanfan se fâcha. Même le chien eut plus de répliques que lui cette semaine.

- Oh mince ! cria l’homme dont vous ne connaissez pas encore l’identité. Le chien ! Suivez-le !

~ À suivre pour la fine fin de la saga à samedi prochain ~

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Mes fantômes par bongopinot


Chez moi il y a des spectres
Ils me guident à leur manière
Avec de jolis petits morceaux de lumière
Doucement ils ont appris à me connaître

C’est pour ça que depuis que je suis petite
J'abrite tous ces fantômes
Bienvenus dans mon royaume
Ou les revenants s'agitent

Cela peut vous paraître étrange
Toute ces apparitions ces visions
Réalité ou illusion
D’esprits qui se dérangent

Y croire ou ne pas y croire
C'est une bonne question
À chacun ses déductions
À vous de mieux y voir

Mais ici du dimanche au samedi
Ils accompagnent mes jours et mes nuits
Et les moments importants de ma vie
Mais surtout ne prenez pas peur les amis

Ils ne sont pas méchants voyez vous
Seulement malins et joueurs
De gentils fantômes avec du cœur
Et aussi réconfortant qu’un doudou

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Fantôme (JAK)

jak

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Monsieur Martin (Pascal)


Quand je m’apprête à faire une bêtise, couper trop court un bout de tuyau d’arrosage, bidouiller une prise de courant sous tension ou me relever avec une porte de placard ouverte, j’ai l’impression qu’il m’épie un peu plus avec un poids tel, que je m’arrête comme si j’étais obligé de réfléchir à deux fois avant de m’engager dans la périlleuse entreprise... C’est un sauveur…

Je l’entends distinctement dans les courants d’air. Selon la manière brutale ou feutrée des portes ou des fenêtres quand elles claquent, il m’explique, avec le vent entremetteur, comment profiter de cette clandestine aération sans faire tout chavirer et sans réveiller le quartier... C’est un bienfaiteur…

Il a laissé des explications post mortem dans quelques coins de sa maison.
Dans le petit tableau électrique de la chaufferie, sur un bout de papier jauni, il y a toutes ses explications, des utiles annotations détaillées quant au bon fonctionnement de son appareillage. On dirait qu’il défend à tout le monde de toucher les endroits qui, potentiellement, sont dangereux !... C’est un protecteur…

Ici, il n’y a rien d’inutile. C’est plein de petites astuces, de petites finesses qu’on ne voit pas du premier coup d’œil : aussi, je ne touche à rien avant de laisser passer une année.

J’ai toujours l’impression habituelle d’être chez lui et cela ne me dérange pas vraiment. Sa présence invisible est ma compagnie. Les murs sont remplis de gais murmures, les planchers grincent et la cuisine exhale encore des parfums suaves de repas de l’ancien temps. La poussière confetti ne m’appartient pas, de même que les traces de doigts, ses empreintes, qui se promènent sur les portes, le long du couloir et sur la rampe d’escaliers. Les antiques interrupteurs sont noircis, d’une longévité extraordinaire de vie d’éclairage nuiteuse... Les plinthes plantées au parquet se plaignent à force d’espérer une nouvelle peinture avant le printemps suivant, les poignées des portes sont avachies de trop de mouvements, les étagères des placards se gondolent de leurs pots de confiture envolés, les vitres opaques ont des reflets de ce qui n’est plus dans le jardin comme si elles regardaient des paysages que je ne peux pas voir. Les blancheurs carrées ou rectangulaires sur la tapisserie fleurie de la salle de séjour laissent entrevoir des portraits disparus. Les volets grincent de concert, les rideaux « s’accordéonnent », ils se gonflent de vent, à intervalles réguliers, comme si une respiration de présence tranquille se reposait dans l’ombre. C’est un conservateur…

Il est omniprésent. Je sens sa présence silencieuse comme les puissantes fragrances de son après-rasage qui passent et repassent encore dans les pièces.

Quand je me couche, il vérifie si ses volets sont bien fermés, si le gaz est bien coupé et que les robinets ne fuient pas. J’entends des bruits de buffet, des tintements de vaisselle, des glissements de chaise, des craquements de boiserie, des chuchotements discrets… Je voudrais aller voir mais c’est toujours l’endormissement qui prend le dessus. C’est un chaperon…

Et puis, il est encore un peu chez lui, après tout…  

Sa présence est plus forte du côté de la cave comme s’il vivait plus souvent en bas que dans l’appartement. Il devait aligner les cépages dans des arrangements prévus par son imagination d’organisation et je suis sûr qu’il devait s’évader en regardant les étiquettes racoleuses des bouteilles, de château en château, de coteau en coteau, de chais en chais. Il se baladait dans notre France en admirant les couleurs de son vin. C’est un pilier…

Mais c’est dans le jardin que l’effet est encore plus flagrant :
Il surveille, il constate, il s’intéresse aux moindres de mes gestes dans sa verdure !...
Il m’interpelle. Il réclame de l’eau pour les tomates, un coup de piochon du côté des pommes de terre, le ramassage des haricots verts ! Et le liseron, il prolifère !... Il m’envoie ses ordres ! Et j’obéis… Je ratisse, je bêche, je cueille… C’est un tuteur…

Quand je perce, quand je scie, quand je taraude, il est par-dessus mon épaule ! Il certifie, il contrôle, il prend ses mesures ! Il me donne des conseils et… je l’écoute !!...  

Quand j’accroche un tableau, il le regarde avec circonspection, avec le souci du détail, avec une infinie attention, pour voir s’il s’accorde en couleurs agréables dans l’ambiance.
C’est un support…

Il devait l’aimer, sa maison…

Il doit la regretter avec tous les souvenirs d’une vie heureuse qu’il a laissés entre ses murs et maintenant à l’indélicatesse, à l’outrage, à l’invasion du nouveau propriétaire que je suis. J’ai l’impression d’être dans sa vie mais en décalé de peu de temps. C’est moi le voyeur, le fantôme…

On dirait, qu’avant de s’en aller définitivement, il prend la tension de celui qui a investi ses murs, pour voir s’il en est digne, pour s’assurer de la sérénité des lieux, pour que la continuité se fasse sans qu’il  garde une amère arrière-pensée dans l’Eternité reposante.

J’enlève toujours ma casquette quand je monte à l’étage. Je lui porte une sorte de respect d’outre-tombe. Je suis sûr qu’il était rempli d’altruisme, de gentillesse et qu’il baignait sur son visage une grande sympathie contagieuse. C’est un père…

Petit à petit, sa présence se fait moins fréquente. Il doit s’habituer dans ses nouveaux appartements dynastiques en grave granit gravé, auréolés de fleurs plastique ou bien, je prends vraiment la dimension durable de ce qui dorénavant m’appartient.

Il me délaisse, je me sens un peu seul. Il est l’aîné, le bon exemple mais il me cède définitivement sa place. J’aurais bien aimé lui serrer la main et lui dire bonjour ou au revoir…  Je l’aurais rassuré avec les clés de sa maison dans ma poche. Il m’aurait fait visiter…

Il peut reposer en paix maintenant, je prends soin de… notre maison…

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Papa (Thérèse)


À sa sortie de l'hôpital, il avait été décidé pour Papa qu'une aide serait nécessaire pour son retour à la maison. C'est ainsi que chaque matin, quelqu'un venait pour l'aider à faire sa toilette.
Malgré tout, je continuais à y aller régulièrement, n'hésitant pas à dormir là-bas certaines nuits pour veiller sur mes parents.
Bon an, mal an, les années continuaient à passer et j'aidais du mieux que je pouvais Maman qui commençait à fatiguer. Papa m'appelait très souvent dans la journée quand il avait des soucis ; il savait qu'il pouvait compter sur moi et il me faisait entièrement confiance : je l'aidais alors à se changer quand il avait ces accidents récurrents. Parfois il se mettait à pleurer en me disant "Je ne suis plus bon à rien" : il ne supportait plus cet état de dépendance. Il m'expliquait aussi des choses intimes qu'il n'aurait pas dit à Maman : il savait qu'elle se mettrait en colère pour une raison ou pour une autre. Le soir, il fallait l'aider à enfiler son pyjama et à se coucher. Et chaque fois il me disait merci, des larmes dans la voix.

Puis vint ce funeste samedi matin... Il tomba sans un mot pour ne plus jamais se relever. Les pompiers appelés à la rescousse ne purent rien faire. Son dernier vœu était exaucé : il avait dit, la veille au soir, à maman "Quand est-ce que je vais m'en aller là-bas !?", ce qui avait d'ailleurs déclenché une dispute, maman ayant très mal réagi.
Tandis que ma sœur était venue de Paris pour assister notre mère à son tour, j'étais repartie chez moi car je devais me rendre au travail le lendemain matin.

Ce jour-là devait rester gravé dans ma mémoire. A 7h, je me réveillai en sursaut : j'avais entendu très distinctement la voix de papa qui m'appelait, comme à son habitude quand il avait un souci. Mais cette fois, c'était beaucoup plus fort, plus impérieux. Je me levai, complètement sonnée, et  partis au travail avec un sentiment de malaise profond. Malgré tout, ce fut plus fort que moi : j'envoyai un message à ma sœur pour lui expliquer mon réveil subit et cet appel qui résonnait encore à mes oreilles. C'est alors qu'elle m'expliqua ce qui s'était passé : Maman, ce matin-là, avait explosé de rage, de douleur. Son chagrin s'était transformé en colère. Désemparée, elle était entrée dans la pièce en furie, là où Papa reposait, et s'était mise à l'invectiver avec de grands cris. "Pourquoi tu es parti ? Pourquoi tu m'as abandonnée ? Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?" Ceci se passait à l'heure exacte de l'appel de Papa qui m'avait réveillé. C'est ensuite que Michèle s'est rendu compte qu'il avait bougé. Ses bras, auparavant croisés sur sa poitrine, s'étaient dénoués. Elle a cherché à les replacer mais sans succès probant.
Plus tard, l'après-midi s'acheva avec la mise en bière.

Papa, où que tu sois, j'espère que tu es bien et que tu as enfin trouvé la paix.

 

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Tout château a son fantôme (Walrus)


Autour du lac Trasimène, la moindre colline porte sa ville, son village, son château, tous ceints d'imposantes et rébarbatives murailles. Quel passé belliqueux ont-ils connu ces endroits aujourd'hui si paisibles dès qu'on en franchit les portes ?

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C'est sans doute de ces temps troublés que datait le fantôme que j'ai aperçu à l'intéreur du mur reliant le palais ducal à la forteresse de Castiglione del Lago.

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Peur, moi ? Mais non, je m'y attendais un peu : l'Ombrie n'est-elle pas le royaume des ombres ?

 

 

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Le fantôme du paysage (Laura)


Il des lieux qui ne sont pas des paysages car on ne les regarde pas
Il est des paysages qui redeviennent seulement des lieux car on ne les regarde plus
Il est des lieux entre vie et mort, des lieux hantés où règne le fantôme du paysage
Ce sont des villes où l'on est né, où l'on a marché pour la première fois
Ce sont des rues où on est allé à l'école, où l'on a pédalé, marché, aimé
Ce sont des rues où on a pleuré, souri, sauté dans les flaques, couru
Ce sont des rues où on a posé pour un peintre, embrassé, bu, fait l'amour
Ce sont des rues où on a enterré sa grand-mère, parlé avec son meilleur ami
C'est une ville où on a lu, été heureux, crié, souffert, été soi-même et parfois un autre
C'est une maison où on a lu ses premiers livres puis sous les draps avec une lampe
C'est un lieu où on a dansé avec sa grand-mère avant de sortir en boîte
C'est une ville dont on a connu l'histoire, le nom des rues, la place des statues
Ce sont des rues qu'on a parcouru en tout sens avant de partir ailleurs
C'est une ville où on est revenu le vendredi, parce qu'on y chérissait des personnes
C'est une ville qu'on défend parce qu'elle est belle et riche de passé et de possibles
C'est une ville où on a vécu et où on ne vit plus, où on ne voudrait plus vivre
Mais c'est une maison où on a écrit pour donner des nouvelles, faire un signe
C'est une maison qui a reçu des cartes de  tous les coins de France où on a pensé à elle
C'est une maison qu'on aimait pour ses racines de coeur, les personnes qu'on y aime
C'est comme l'arbre dont on coupe une branche et qui pleure sa sève blanche
C'est comme si j'étais cette branche sans tronc dans un paysage sans âme.
C'est une maison, une ville où plane des souvenirs qu'on jette aux oubliettes
D'un grenier poussiéreux, c'est une maison qui bafoue son passé en le glorifiant
C'est un paysage où ne reste plus qu'un fantôme d'amours qu'on nie sans vergogne.

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