Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

 

Mon cher Arthur

« Like a bird on the wire
Like a drunk in a midnight choir
I have tried on my way to be free »

Quand on a une cervelle de piaf, tout se bouscule au portillon !

Posons d’abord que cet extrait de chanson est de Léonard Cohen, un autre poète voyageur qui sema quelques perles de poésie et de musique avant de, récemment, disparaître vers un monde de plus en plus noir. 

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« Des Ardennes au désert », le recueil de tes œuvres chez l’éditeur « Pocket » m’accompagne encore, même ici chez moi où je suis rentré après une autre semaine de marche dans un autre pays de nuages, de semelles et de vent. A croiser tes mots avec des paysages nouveaux, des idées me viennent en nombre. Les quatre moineaux de la photo m’invitent à te parler ce jour de Twitter, le réseau de l’oiseau bleu, et de l’Angleterre où tu es allé traîner tes guêtres avec Verlaine d’abord puis avec Germain Nouveau.

Comment t’expliquer le principe idiot et la vogue paradoxale de Twitter à toi qui as fait dans le « tout ou rien » ? Arthur Rimbaud ? 230 pages de poésie écrites en même pas cinq ans puis le silence total pendant vingt ans après (comme aurait dit Alexandre Dumas). Il paraît que le top du top en notre XXIe siècle pour l’être humain est d’émettre des gazouillis à tous vents. Des messages limités à 140 caractères typographiques. Difficile d’installer un bateau ivre dans ce Port-Racine où tout le monde s’engouffre cependant. 

DDS 467 twitter

 

J’ai moi-même ouvert jadis un compte sur ce « réseau social » où l’on discute, de fait, avec zéro zoziaux ! J’y ai publié des haïkus à la petite semaine. J’ai le sentiment que l’on pourrait faire encore plus court, encore plus ludique avec tes poèmes. En résumant par exemple le premier vers de chacun de ceux-ci par les initiales des mots qui le composent. 

 

J’adore inventer des jeux pour mes blogami(e)s. Ils et elles devineront peut-être ceux-là :

CJDDFI
CEUTDVOCUR
ONEPSQOADSA
JMEALPDMPC
HLTTCLM

Le dernier est un piège : c’est un vers de Baudelaire !

DDS 467 So irresistible

 

Mais cessons de divaguer, fermons les yeux, repensons à l’Angleterre et revenons à la chansonnette du début. Un usage intéressant de Twitter consisterait à y publier des aphorismes anglo-saxons. Je viens justement de lire cet été deux recueils de Jean-Loup Chiflet, « So irresistible ! » et « So incredible ! ». J’en conseille vivement la lecture à qui souhaite se dilater la rate.

Quelques exemples ?  En voici :

L’autre jour j’étais tranquillement chez moi en train d’écouter un disque de Leonard Cohen et quelqu’un a sonné à la porte alors j’ai retiré le revolver de ma bouche. (Vernon Chatman)

Je ne me considère pas comme un pessimiste. Pour moi un pessimiste c’est celui qui attend qu’il pleuve. Moi je suis tout le temps trempé. (Leonard Cohen)

Quand Bob Dylan a chanté pour lui le pape a dit « Je parle pourtant plus de huit langues mais je n’ai rien compris. » (Conan O’Brien)

Le flamand n’est pas vraiment une langue, c’est plutôt une maladie de la gorge. (Mark Twain)

L’hiver anglais se termine en juillet et recommence en août. (George Gordon)

L’Enfer : un chauffeur français, un flic allemand, un cuisinier anglais, un amant suisse, le tout dirigé par des Italiens (John Elliott)


Un qui me fait beaucoup rire aussi ces temps-ci c’est le philosophe Michel Onfray dont on peut entendre les conférences sur le Cosmos chaque après-midi à 16 heures sur France-Culture. En voilà un qui n’entrera jamais, lui non plus, dans le cadre très limité de Twitter ! Entre les 28 minutes qu’il met à répondre à une Québécoise pour lui dire qu’il n’a pas de réponse à sa question et les 23 minutes de bla-bla qui précèdent la réponse "oui" à la demande « Est-ce que vous croyez à l’amour ? », cet homme est dans le hors cadre total ! Mais, sans être un voyou dans ton genre, je pense que c’est ce qu’il faut être et je trouve passionnant et amusant d’écouter ses dissertations.

Voilà, mon cher Arthur, les autres drôles d’oiseaux en compagnie desquels je passe mon été. Désolé de ne pouvoir pas mieux partager avec toi ces gouttes de rosée, ou plutôt ce « vin de vigueur » qui permet de faire front.

Amitiés et bon vent à toi, Arthur, qui as cessé de battre la semelle !

 

DDS 467 moineaux MAP

P.S. Les réponses du petit jeu :

Comme Je Descendais Des Fleuves Impassibles

C’Est Un Trou De Verdure Où Coule Une Rivière

On N’Est Pas Sérieux Quand On A Dix Sept Ans


Je M’En Allais Les Poings Dans Mes Poches Crevées


Homme Libre Toujours Tu Chériras La Mer