Il y en a qui collectionnent les pièces de monnaie, d’autres, les coquillages ou encore les timbres, les étiquettes, les bigoudis, etc ; moi, je collectionne les confettis. Lancés au ciel, avez-vous apprécié leur pétillement fabuleux et leurs couleurs exubérantes, pendant leurs circonvolutions incessantes ? Emportés par un coup de vent, ils dessinent des nuages tellement éphémères ! Sur le sol, ils crépitent encore sous nos pas et s’envolent au moindre courant d’air !...  

Les avez-vous remarqués virevousser au-dessus de votre tête ?... Ceux du 14 juillet n’ont pas les mêmes chatoiements que ceux des autres Fêtes ! C’est l’incidence majestueuse de Phébus, son pouvoir d’insolation, ou bien est-ce encore les effets de la Révolution, peut-être, qui donnent à nos bras la force de les jeter vigoureusement par les fenêtres ? Entre vous et moi, au grand bal de la Place Publique, ils sont les divines amulettes qui séduisent la belle Lucette, quand j’ai épuisé mes amoureuses répliques…

Danser sur des confettis, n’est-ce pas aussi une preuve de bonheur, une illusion heureuse, un porte d’entrée dans un monde de félicité ? Si les pleurs sont des parures de chagrin, les rires sincères ont leurs chatoiements, leur jovialité évidente ; les confettis en sont les meilleurs ambassadeurs ! Ils sont les reflets de l’âme truculente ! Quand les mots viennent du cœur, dites-lui avec… des confettis !...  

Et leurs épaisses congères polychromes entassées dans les caniveaux ? Ces confettis ne sont-ils pas des enluminures des bruyants calicots ? Quand on peut les ramasser à pleines mains, les jeter en l’air et les laisser retomber sur notre tête en une pluie de couleurs brasillantes ! N’est-ce pas une réelle ondée miraculeuse ? Le paradis de Dante ?  Un chagrin d’arc-en-ciel ? Des éternuements d’anges farceurs ?...  

Comme une malice, les plus coquins, les plus tenaces, sont ceux qui restent collés sur les visages enjoués comme des rougeoles enfiévrées ! Les plus décoratifs, les plus fleurettes, se cachent dans les cheveux et durent le temps de la fête ; ils volettent aux sons des fanfares exaltées et des acclamations lancées aux majorettes !...  

Heureux sous la mitraille, les vieux sont médaillés sur ce champ de bataille, les enfants les goûtent comme des hosties tombées de l’autel, les jeunes femmes rient de tous ces confettis facétieux constellant leurs toilettes de demoiselle et les hommes s’époussettent pour redonner un semblant de sérieux à leurs habits de tarentelle ! Et la belle Lucette, encore plus coquette, se moque bien de mes confettis en goguette…

Avez-vous remarqué leur brillance aux différentes festivités du calendrier ? Ceux de la fin de l’année n’ont rien à envier à ceux du Mardi Gras ! Lancés par poignée, en confiance, les confettis sont vivants ! Ils s’éparpillent à l’unisson en égayant l’ambiance ; dans tous les décors, aux mariages, aux anniversaires, admirez leurs étincelles multicolores et leurs vertus de plénipotentiaires !...

Année après année, célébration après célébration, je les range soigneusement sur mes étagères ; ils ont tous leur bocal vitré avec leurs étiquettes attitrées. Il y a tellement de souvenirs dans les confettis de naguère. Attention à la poussière ! Hypocrite, usurière, elle est le confetti du Temps !… Parfois, je les secoue et, derrière leur vitrine, ils s’affolent, ils dansent, ils virevoltent, ils s’entortillent dans des tourbillons bariolés comme s’ils pressentaient les prémisses d’une belle soirée !...  

Quand j’en ouvre un, au hasard, et en fermant les yeux, je ressens les effluves des pétards ; dans celui-ci, c’est le parfum du carnaval, dans celui-là, le champagne du festival ; dans celui-ci, c’est le 14 juillet et sa Fête ; j’en ai des bleus, des blancs, des rouges ; dans celui-là… dans celui-là, c’est le mariage de la belle Lucette…  

On a mis, dans ces petits bouts de papier rondelle, de l’enchantement, de l’enthousiasme, du plaisir, de la fortune en couleur, de l’exceptionnel ; sur soi, on devrait toujours avoir un sac de confettis, prêt à l’emploi.  Partout où l’on se trouve, on célébrerait ensemble la joie d’être encore au banquet des vivants ; on parlerait du plaisir de nos sens à embrasser les événements, on mettrait du bariolage dans tout ce qui est noir, triste et désolant ; il en giclerait de l’allégresse, de la volupté, du désopilant. On serait des peintres de l’immédiat, de l’instantané, par brassées de concordances enluminées ; en lieu et place de l’ambition, du fric, de la vanité, des caprices, on ne penserait que paillettes, strass et feux d’artifice ; tous les soirs, en liesse, on fêterait la Saint Sylvestre ; on serait des épicuriens appelés aux réjouissances éblouissantes, pendant le temps de notre présence terrestre…

On devrait se faire la guerre avec des masques de Zorro, des serpentins à soufflette, des sarbacanes à chamallows et des sifflets à roulette. Aux sirènes des turlututus, sous la grenaille des pluies de confettis jetés à la figure, il y aurait des morts de rire, des blessés par blague, des amputés de leurs chapeaux pointus et des prisonniers attachés à des rubans de bons augures…
Il ne faudrait jamais lancer des confettis sur les filles ; elles vous prennent pour des joyeux drilles, votre cœur, sans cesse, elles pillent mais elles se marient avec d’autres… aux premières jonquilles…

Les confettis sont l’obole de la Fête, l’or de l’esthète et la poudre aux yeux du poète…