Elle voulait s'échapper depuis si longtemps, sortir de ce carcan, se soustraire à l'asservissement. Elle voulait se libérer de ces chaînes qui l'emprisonnaient, se débarrasser de cette ancre qui la maintenait amarrée. Elle voulait s'échapper d'elle-même, sortir de sa tête, s'épuiser de son corps. Elle voulait s'échapper à tout jamais, disparaitre dans les néants de l'humanité. Elle essayait, vraiment, elle essayait. Elle élaborait des plans d'évasion, tracer des cartes pour se perdre ailleurs. Quelques soient les tracés, ça la ramenait au même endroit, toujours, indéfiniment, à tomber dans les mêmes pièges, à passer à ses poignets les mêmes chaînes, à trainer à son pied le même boulet.
Et puis, petit à petit, elle s'est sentie plus légère, comme un sentiment de liberté retrouvée. Un jour, elle a baissé les yeux sur ses poignets sur lesquels les chaînes étaient brisées. Elle a eu peur de bouger que le piège se renferme de façon instantanée. Elle a observé ses pieds débarrassés du boulet. Elle commençait à croire à cette délivrance inespérée, elle commençait à sentir dans sa bouche le gout sucré d'une liberté révélée. Plus de plan d'évasion, les barreaux de sa prison dorée s'étaient évaporés, il n'y avait qu'à avancer. Elle a marché, longuement, elle a repris les chemins sinueux, s'apprêtant à tomber à chaque pas amorcé. Mais il a bien fallu se rendre à l'évidence, elle ne tombait plus, elle pouvait courir, rire, chanter à tue-tête, plus personne ne l'enfermerait. Alors, elle s'est donnée le droit d'explorer d'autres chemins jamais empruntés et là elle a trouvé ce lieu merveilleux dont elle pourrait s'échapper, en ayant le sentiment qu'elle voudrait y rester de plein gré. Là, dorénavant installée, elle retrouve doucement sa fierté broyée, sa joie asphyxiée, son sourire envolé.