Pour égayer ma solitude, ma fille m’offrit un couple d’oiseaux menus et charmants, dont je n’ai jamais connu la race. Qu’importait après tout ! Ils étaient beaux, colorés, actifs. Ils sifflaient un air de printemps qui réchauffait le cœur. Ou plutôt, un seul oiseau sifflait, l’autre se contentait de rester sur un barreau, sage et sérieux.

            Il m’intriguait. Je l’observai à la dérobée et constatai assez vite que c’était un doux, un timide, ou un résigné pour tout dire. Quand je remplissais la mangeoire, l’autre se précipitait ; pas lui. S’il faisait mine de s’approcher, l’autre le bardait de petits coups de bec et se rassasiait lui laissant la gamelle presque vide.  C’était aussi l’autre qui sifflait. Lui vivotait dans son ombre à elle. Car c’était « elle » la souveraine, la mégère, la dominatrice.  Certes, je remplissais la mangeoire quand, repue, elle somnolait ,  mais je m’inquiétais pour la joie de son petit compagnon si relégué.

            Un après-midi d’été , assise à mon bureau et tournant le dos à la cage,  un sifflotis  joyeux égaya la pièce. Je me dis : « La belle célèbre le soleil » et je reprenais mon travail quand arriva mon petit-fils, 15 ans, l’esprit et le regard vifs.  Il s’écria :

            - Un de tes oiseaux s’est fait la malle ?...

            Je me retournai vivement : oui, la porte de la cage était grande ouverte et un seul oiseau chantait à pleine voix : lui, le petit abandonné, psalmodiant sa délivrance d’une voix de plus en plus assurée. « Elle » avait pris la clef des champs par la fenêtre ouverte  sur l’inconnu. Et lui, heureux et en voix, me donnait à la fois la certitude qu’il savait chanter,  et qu’une cage ouverte ne l’incitait pas à m’abandonner. Il fut désormais le plus heureux des oiseaux en cage et me resta fidèle treize ans encore, puis s’endormit pour toujours un matin de printemps.