Une enveloppe glissée sous sa porte. Pas de nom. Pas d’adresse ! Rien au recto indiquant l’expéditeur ! Mais un cachet de cire, vierge, Désuet, incongru !

 Il est Intrigué. Mal à l’aise ! Que doit-il faire ?

Puis il passe son ongle sous le cachet, la cire craque, se décolle, le rabat, libre, peut être ouvert. Une feuille de papier, une seule phrase :

 

-Vous êtes cordialement invité à participer aux régates de l’été sur Flying Dutchman, le samedi 6 juin.

 

Le Flying Dutchman , F.D pour les voileux ! Bien sûr, il connait ! Ce dériveur de légende de compétitions internationales ! Sophistiqué,  Rapide et  très bien  équipé.

Des régates, d’accord, mais où ? Et en quelle année ? Parce que, cette année, le 6 juin, c’est un lundi ! Et puis, il n’a plus barré depuis 45 ans !  Et la dernière régate qu’il a faite, c’était en 1970 ! Et c’était sur 5O5, ou 470, il ne savait plus ! Mais pas sur F.D., non…pas de niveau, le F.D., c’était  trop pointu pour lui !

Tiens 1970 ! Le 6 juin, c’était quel jour ? …Bingo ! Un samedi ! Mais alors ? Pourquoi cette lettre reçue aujourd’hui en Avril 2016 ?... Cette date l’obsède : Samedi, 6ème jour de la semaine, 6 juin : 6/6 ! 666, le chiffre du diable ! Bah ! Pure coïncidence, bien sûr ! Pourtant : Le Flying Dutchman, le hollandais volant, c’est aussi le bateau fantôme, l’enfer des mauvais marins, création du diable, objet du premier opéra de Richard Wagner. Bof, c’est pas trop sa tasse de thé, Wagner, les Walkyries, tout le tintouin, sauf peut-être le chœur des bergers dans Tannhäuser…Bref ! Quel rapport avec ce courrier tombé du ciel ? (Enfin, sous sa porte !) Qui a bien pu lui amener cette invitation qui ne correspond à rien ? Il faudrait chercher si une année prochaine comprend un Samedi 6/6 ? Il eut beau chercher mais ne trouva pas de samedi 6/6 prochainement ! Se pourrait-il que ce soit une proposition de le ramener aux années 70 ? Et aux régates en dériveur ? Et le diable dans tout ça ? Que vient faire ce p… de diable dans cette affaire ? Une manifestation du diable pour lui proposer un pacte : La jeunesse contre son âme ?  Mais que diable irait-il faire dans cette galère ?

Les années 70 ! Les meilleures assurément, pensait-il ! Mais y retourner ? Reprendre son travail de l’époque ?  S’il pouvait choisir : La retraite aujourd’hui, son avenir derrière lui, ou son métier d’alors, avec son passé actuel devant lui ? Voilà la bonne question bien pourrie ! Jeune au boulot, ou vieux au repos ! Le syndrome de Faust ?  La quête de la jeunesse ? La nostalgie de ses plaisirs d’antan ? Bah ; peut-être!  S’il pouvait revenir en arrière ! Dut-il pactiser avec le diable ! Et puis, tant pis, que lui importait d’être damné à la fin ? On lui a dit un jour qu’il n’y avait pas de con au paradis, ça ne fait rien avait-il répondu : « Je n’irai pas quand même ! Vous me manqueriez trop ! » Et puis, d’ailleurs : Le paradis est-il plus désirable que l’enfer ?  

Le paradis : Un ramassis de vieux birbes solennels et moralisateurs avec la bouche en cul de poule : Fais pas ci, fais pas ça ! Des gens tristes, insensibles aux plaisirs sensuels.

Le paradis : Un ennui mortel…et à vie... !  « Je préfère l’enfer », se disait-il, y retrouver mes vieux potes, mes idoles, musiciens de folie, délirants et fabuleux ! Bowie, Lennon, Hendrix, Prince… Ouais, mais avec  les violeurs, les cons et les assassins ? Quand même ! Non ! Il faudrait qu’il y ait un enfer  intermédiaire : Un vrai enfer pour les cons,  un petit, plus doux, pour les moins coupables (et lui !) Un enfer/paradis en quelque sorte ; pour les noceurs, les jouisseurs comme lui, un lieu de fêtes perpétuelles, une gigantesque ripaille permanente, un endroit privilégié où rien ne serait interdit, dirigé par un bon diable débonnaire, un endroit réservé aux bons vivants, morts en faisant la fête, aux amoureux des femmes, comme lui, aux philosophes , aux poètes ; Vivre au milieu des musiciens, des artistes, de la musique, de l’art, de tout ce qui l’a toujours transporté, lui, le petit homme sans talent. Voilà ce qu’il ruminait devant sa lettre bizarre ; Cette enveloppe… mystérieuse… ! « Mais, si je décidais de vendre mon âme au diable, comment le contacter ? »… Il réfléchit longuement… longtemps… s’arracha les cheveux pendant des heures…

Puis il prit sa décision : Il reprit l’enveloppe,  souffla son âme à l’intérieur et  inscrivit l’adresse sur la face avant :

 Angus Young, AC/DC,

1973, Highway to Hell,  

666 EAST AUSTRALIA