La lettre, de grand format et scellée de cire rouge, lui arriva sur un plateau de vermeil.   Un éclair brilla dans les yeux du Président Directeur Général.

Il prit l'enveloppe dans ses mains. Il la soupesa,  il la huma,  il la tâta. Il ne trouva aucun indice concernant l'expéditeur.

Il prit un coupe-papier en argent et fit sauter le cachet de cire. Le rabat se souleva légèrement.
Il glissa deux doigts et tira. Une écharpe de soie rouge. Il frissonna.  Il ferma les yeux et s'enivra du parfum capiteux.

Son téléphone portable sonna. Il regarda l'écran. Il ne répondit pas.

L'écharpe dissimulait une forme dans ses plis. Il déroula les volutes soyeuses et découvrit une pochette de velours grenat.

Ses mains tremblaient. Il ouvrit la pochette avec précaution. Un anneau d'or était glissé sur le majeur d'un long gant noir. Le film était lancé. La sueur perlait à son front.

Il glissa ses doigts à l'intérieur du gant. Il en retira une petite boule de résille. Un bas noir. Les images de son passé défilaient à la vitesse de l'éclair. Sa bouche était sèche et son souffle court.

Son téléphone portable sonna de nouveau. Il regarda l'écran. Il ne répondit pas.

Il saisit le bas noir, le serra dans un poing rageur. Il sentit un objet. Ses doigts dansaient une sarabande folle.
Il tritura, troua, déchira, et extirpa. Une clé USB.

Il ouvrit le tiroir supérieur de son bureau puis le referma brusquement. Il enfonça la clé USB dans son ordinateur. Ses yeux étaient rouges, son visage blême et il grelottait.
Dans un brouillard nauséabond, il vit les photos défiler.
Il savait que la fin était venue. Sa fin.

Son téléphone portable sonna encore.
Il regarda l'écran, décrocha et poussa l'appareil hors de sa portée.
Il ouvrit le tiroir et y plongea la main.
Il savait que la déflagration sonnerait l'hallali et déchaînerait la fureur des médias.