Un moulin dans mon jardin

 

Ce matin, en ouvrant mes volets, j’ai eu une drôle de surprise… J’ai même cru que je rêvais encore, mais non.

 

Durant la nuit, un moulin à vent avait poussé au milieu du gazon.

 

Pas un gros, bien sûr – je ne risquais donc pas de voir apparaître Don Quichotte et Rossinante –, un petit, du genre des moulins vendus dans les jardineries pour décorer. Sauf que le mien avait l’air bien réel, fait en pierres, avec de jolies ailes qui tournaient. N’en étant plus à une bizarrerie près dans ma propriété, je suis sortie pour me rendre au potager, des fois que les lutins aient entendu quelque chose. Je m’accroupis à côté d’un carré de tomates et appelait doucement.

— Tomate ! Tu es là ?

Je n’attendis pas longtemps avant de voir un petit bonhomme tout de rouge vêtu arriver.

— Tiens, bonjour ! Tu es bien matinale !

— Tu sais bien que je ne suis pas du genre grasse matinée. Et sinon, tu as vu le moulin dans le gazon ?

— Oh oui, oui, je l’ai vu ! Nous étions tous là quand les nains l’ont apporté.

— Les… nains ?

— Mais oui, tu sais bien, les nains qui plantent les panneaux « défense de marcher sur la pelouse » au milieu des pelouses des squares.

— Ah, ceux-là ! Je ne savais pas qu’ils transportaient aussi des moulins.

— C’est rare, mais ça arrive. D’ailleurs, tu devrais y aller ; le meunier et la meunière sont un peu anxieux. On leur a pourtant dit qu’il n’y aurait aucun problème pour qu’ils restent, mais ils s’inquiètent.

Depuis le temps, plus rien ne m’étonnait, aussi je suis allée accueillir le meunier et la meunière. Ils étaient là, sur le pas de la porte, un sourire un peu crispé aux lèvres.

— Bienvenue dans mon jardin, les saluais-je en m’asseyant en tailleur devant eux.

— Merci de nous accueillir, sourit le meunier en se détendant visiblement.

— Puis-je savoir qui vous a parlé de mon jardin ?

Les lutins qui voyagent avec les pigeons. Ce jardin est célèbre dans le monde entier comme un paradis pour les créatures magiques.

— Lorsque notre moulin est arrivé à maturité, poursuivit la meunière, nous avons décidé de nous établir ici. Ceux de notre espèce ne sont plus très nombreux, il est de plus en plus difficile de trouver un jardin disposé à nous accueillir.

— Nous nous transformons trop souvent en décoration de jardin, déplora le meunier. Si les gens ne croient pas en nous, c’est ainsi que nous mourons.

— Ça n’arrivera pas ici, affirmai-je.

 

Depuis ce jour, toutes les créatures magiques qui passent chez moi ont du pain frais en plus des fruits et des légumes garantis sans pesticides aucuns. Quant à nous, nous trouvons tous les matins sur le pas de la porte un petit panier rempli de mini-viennoiseries au goût délicat…

 

Défi 397 du samedi 2 avril 2016