J'habite une ville aux immeubles-baobabs. Dans mon petit appartement, malgré les grésillements de mon vieux 33T, je suis plongée en plein orchestre savanique. La girafe-piano fait son entrée dans un pianissimo des plus doux. Lors d'un crescendo, le lion-symbale émet une note puissante qui résonne longtemps. Peu après le silence, le zèbre-xylophone égraine ses notes cristallines. Il est accompagné dans l'harmonie par l'antilope-lyre dont les cordes vibrent délicatement. Puis, les éléphants-trompettes sonnent en cœur dans la force de leurs cuivres.
Dans ma tête, il y a alors comme une confusion, ce safari devient chasse à courre. J'attrape ma trompe de chasse et souffle à plein poumon.
Tout à coup, les tambours battent. Je tends l'oreille, le roulement est à contretemps : c'est insupportable !
Je sors de ma rêverie musicale, le voisin n'en peut plus de mes couacs éléphantesques et tape comme un sourd sur le mur mitoyen me suppliant d'arrêter mes barrissements...
Ce n'est pas demain que je serai sonneur à la messe de Saint-Hubert.

va01