Ma mère ne m’aimait point alors quand elle disparut  mystérieusement au bout du chemin ,
J’ai d’abord cherché la présence consolante de ma grand-mère .

Quelquefois je croyais la voir à mes côtés alors je mettais une chaise entre moi et elle pour qu’elle ne m'entraîne pas dans son abîme.

Jamais je ne l’ai vue lever nonchalamment  une mèche de cheveux sur mon front endormi.

J’ai donc attendu en toute confiance d’être adoptée.

J’ai appris plus tard qu’elle avait la maladie d’Alzheimer  et que ses disparitions successives l’avaient un jour conduite au bord de la rivière où elle s’était noyée.

J’ai retrouvé sa bague en or  dans le tiroir de la commode de nuit. Assise sur le bord de son lit je regarde cette bague que j’ai sous les yeux comme un cadeau radieux qu’elle m’a fait sans le savoir.

Mes yeux  capturent  les milles reflets de la bague et quelquefois j’y retrouve son sourire.

La main du temps a poussé ma mère vers le ciel et depuis des anges  viennent vers moi avec des robes à la glace à la vanille.
Ma rêverie m’a longtemps protégée  de la brutalité jalouse du monde, sans souci du lendemain.

Dans l’éblouissement de la robe blanche de ma mère flottant à la surface de la rivière, aucun ange maussade n’est venu me prendre la main.

Je suis allée dans la vie  un pied bloquant la porte du grand jardin.