Le matin même, elle m’a dit comme ça : « J’ai une réunion ce soir. Il faudra que tu ailles chercher la petite à l’école. Et sois à l’heure. Ils ferment sans attendre. De nos jours, tu sais ce que c’est ! »

Ma journée s’est plutôt bien passée. Un collègue a organisé un pot. Pour la naissance de son fils. Un beau garçon de 3 kilos 7. Ah ! Qu’est-ce qu’on a rigolé. Le jeune papa, pour tout dire, il était un peu pompette. Il a pas fait grand-chose de l’après-midi. Moi non plus d’ailleurs. Vers 16 heures 30, je me suis préparé pour aller chercher Annie. Annie, c’est ma fille. Elle vient d’avoir huit ans. Une blondeur, comme sa mère. Blond vénitien ça s’appelle. Ça tire un peu sur le roux, enfin un genre de nuance, quoi.

Je suis parti en même que Fredo. C’est un chouette copain, Fredo. Ma femme l’aime pas trop. Elle dit qu’il a une mauvaise influence sur moi. Mais elle a jamais cherché à le connaître non plus.

Alors, Fredo, il m’a dit comme ça : « Allez quoi, viens prendre une bière, te fais pas prier.

Oui, mais moi, il fallait que j’aille chercher Annie. C’est ma fille Annie. Si vous saviez comme elle est blonde. Blond vénitien.

Et puis, Fredo, il a insisté : « Allez, viens boire un coup quoi. T’as bien cinq minutes. Une bière, juste une. Fais pas chier ! »

Au bout de la troisième tournée, je me suis rappelé d’Annie, à l’école. Annie, c’est ma fille, blonde comme sa mère. Et j’avais une demi-heure de retard. Putain ! Que je me suis dis. Je vais me faire engueuler. M’enfin, une demi-heure de retard, c’est pas la mort du petit cheval.

En même temps, une demi-heure, ça suffit pour qu’un chauffard, un alcoolo, perde le contrôle de sa caisse et percute Annie.

Annie, c’était ma fille. Une belle blonde vénitienne, comme sa mère. Avec une grosse araignée écarlate dans sa chevelure blonde.

Blond vénitien. Je vous l’ai déjà dit ?