Une demi-heure plus tard, elle sanglotait, pliée en deux sur le lit défait où il venait de la dépuceler. Sans un mot, sans un baiser, juste un aller et retour saccadé, bourru, presque furieux.  Comme un chien en rut. Puis, satisfait, il avait remonté son jean, bouclé la ceinture, mâchonné un sourire :

            - Je file, on m’attend. A plus’…

            A plus !.. Non, ce n’était pas un viol. Oui, elle était consentante. Il travaillait à  deux pas de chez elle, à la grande brasserie,  il venait presque quotidiennement acheter un sandwiche, elle le trouvait gentil et s’arrangeait pour le servir ; il la regardait avec un sourire en coin, comme s’il appréciait d’être le favori parmi la clientèle quotidienne qui sortait de l’usine à midi pile et retournait bosser à midi et demi. Grand, blond, une mèche lui retombant sur le front, elle fut d’abord attendrie, puis troublée par l’insistance d’un regard amusé et connaisseur, qui la détaillait plus que nécessaire.

             « Est-ce que je lui plais vraiment ? » se demanda-t-elle un soir devant la glace. Le lendemain, elle enfila sa robe moulante, largement décolletée sur des seins libres qui bougeaient à chaque mouvement.  C’est alors qu’il s’enhardit.

            - C’est la fête dimanche sur la place. Tu ne viendrais pas danser avec moi ?

            Elle triompha. Elle ne s’était pas trompée, il l’aimait. Il l’aimait comme elle l’aimait, ils n’avaient pas besoin de mots, ils s’étaient compris. Les yeux suffisent quand on s’aime. Elle en avait repoussé d’autres, mais lui, il serait le premier, le seul. Elle s’était toujours juré de ne céder qu’à l’amour. Pas aux flirts un peu trop poussés, pas pour « l’expérience » comme son amie Gilda, pas parce qu’elle avait 17 ans et que sa cousine de 16 ans (qui n’était plus pucelle depuis longtemps) se moquait d’elle. Non, uniquement par amour…

            Sur la place, les derniers flonflons de la fête s’éteignaient un à un…