31 octobre 2015

Défi #375

Le mot, l'expression, la phrase

que vous ne supportez pas

que l'on vous dise ...

 

CHat

à envoyer à samedidefi@gmail.com

Merci à vous et à tout bientôt !

 

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C'était lui par bongopinot

ve01

 

Tu ne sais pas ce qu'il m'a dit !!!

Que les gens changent avec le temps

Que l’on n’oublie jamais le printemps

Et que la vie est faite d’éclaircies

 

 Et il m’a dit bien des choses encore

Que le malheur lui aussi faisait des pauses

Qu’il fallait se rappeler de la beauté d’une rose

Et que l’on devait avancer dans ce monde multicolore

 

 Et puis que tous les petits moments heureux

Te réchauffent les jours de grands tourments

Qu’un jour moi aussi je l’apprendrai à mes enfants

Pour qu’ils comprennent que l’important est en eux

 

 Et que la nature offre à celui qui veut la voir

Les bois les oiseaux les couleurs les odeurs

Qui égaient notre quotidien et donnent du bonheur

Que le meilleur arrive un jour sans crier gare

 

 Tu sais peut-être avait-il raison

Et qu’après les soucis arrivent les plaisirs

Et que c’est à nous de tous les saisir

Et peu importe la saison

 

 Il m’a dit tout cela à mes douze ans

Et aujourd’hui j’entends raisonner ses mots

Ils étaient doux et clairs comme un ruisseau

Lui, c'était mon grand-père, parti il y a bien longtemps

 

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Rigor motus (par joye)

confidence

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Joe K. massacre à franc corps chant le tube de Joe le Spa-Dassin (Joe Krapov)

Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline.
Siffler, oui, mais quoi ?
Des penalties ?
Des grands airs dans les cafés concerts, comme Charlot l’bochu ?
Des petits verres qu’on sert dans les cafés et qu’on essuie dans le fond après ?
Des bouteilles ? De jolies bouteilles ? De sacrées bouteille ?
Siffler la fin de la partie ? Un acteur ? Une pièce ?
Je n’étais pas très en train et je ne me voyais pas sifflant sur la colline « Et j’entends siffler le train » avec une voix qui déraillerait forcément.
Ou alors c’est souffler qu’elle a dit ?
Mais souffler n’est pas jouer.
Siffler Blowin’ in the wind ?
Chanter jusqu’à mon dernier souffle ?
Ou bien sniffer ?
Je fume déjà comme ça tellement de moquette !
Quant à l’attendre avec un bouquet d’églantines, tout le monde sait bien que je suis nul en botanique.
Finalement j’y suis allé quand même sur la colline et j’y ai sifflé « Siffler sur la colline ».
Ca n’a rien changé : elle non plus n’est jamais venue.

 

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Rumeurs (EnlumériA)

« Penses-tu que la rumeur peut tuer ? » C’était la question que se posait Lord depuis plusieurs jours. Obsessionnellement. Et c’est le message qu’il s’obstinait à m’envoyer chaque matin à 3 heures 07 précises depuis quatre jours. Sans aucune espèce d’explication et sans donner aucune autre nouvelle.

Je n’avais pas revu Lord depuis l’affaire des broches. À vrai dire, je n’en avais guère eu le loisir. J’avais certaines occupations, certes plus conventionnelles, mais plus alimentaires que celles de mon ami qui, comme vous le savez, n’avait guère besoin de courir après l’argent.

Je reçus le premier mail un lundi. Envoyé à trois heures sept du matin. De prime abord, je ne fus guère étonné de cet horaire inhabituel. Je connaissais Lord depuis suffisamment longtemps pour ne plus m’en faire quant à ses habitudes de vie. Le gaillard dormait quand il avait le temps, se restaurait au petit bonheur la chance et s’intéressait à la gente féminine lorsqu’il trouvait un instant de répit, c'est-à-dire jamais.

Combien de cœurs féminins son apparente froideur avait-elle brisés ? Dieu seul le sait. Pour ma part, je ne lui connaissais qu’une seule véritable histoire d’amour. Une certaine Ophélia ; Liliane de son vrai nom. Plus une histoire à dormir debout qu’une romance si vous voulez mon avis, mais bon ! Cela fera l’objet d’une autre histoire si vous le voulez bien. Et si toutefois Lord daigne un jour me donner son consentement, ce qui n’est pas gagné. Dès qu’il s’agit de cette femme, il perd tout sens commun.

Lundi matin donc, premier message. Idem mardi et mercredi. Le jeudi suivant, je commençais à m’inquiéter. La réitération monomaniaque du message m’alertait. Je tentais à plusieurs reprises de joindre mon ami. Sans succès. Je tombais inexorablement sur sa messagerie. Une sourde appréhension commençait à me miner en profondeur. Ce comportement ne collait pas avec les frasques habituelles de Lord. Certes, le lascar était un excentrique borderline, mais malgré les péripéties réelles ou imaginaires qui encombraient sa vie, Lord était nanti du flegme propre à son ascendance britannique.

Je passais la journée de jeudi à ruminer et à laisser de messages sans réponses sur son mobile. À tel point que j’en délaissais les corrections pourtant urgentes que j’avais promises à mon éditeur. Jeudi soir, j’eus du mal à trouver le sommeil. À trois heures piles, vendredi matin, une tasse de café à la main, je me tenais debout devant mon ordinateur. À précisément 3 heures 07, le carillon caractéristique m’annonça un nouveau message. D’une toute autre teneur, cette fois. Pourquoi n’étais-je pas rassuré ?

« Hello, Richard ! Si tu lis ce mail en temps réel, c’est que tu crois que la rumeur peut tuer. Je suis à la maison, je t’attends. P.S. Ne perds pas ton temps et ton argent à téléphoner. Rapplique immédiatement. »

J’eus la chance de trouver un taxi en maraude. Je me voyais mal parcourir à pied les trois kilomètres qui séparaient mon domicile de l’hôtel particulier de Lord. D’autant qu’en ce mois d’octobre le temps était au crachin.

Lord m’ouvrit avant que j’eus le temps de sonner.

Visez-moi cette dégaine ! Pas rasé de plusieurs jours, le cheveu gras et l’œil rouge ; la chemise et l’haleine douteuse.

—Tu sors d’une poubelle ou tu testes les effets de la crasse sur ton humeur rayonnante, mec ?

Il marmonna quelque chose de vague et me fit entrer précipitamment.

— Entre, pauvre truffe. Le buteur cherche à me buter.

Je jetai mon trench-coat sur le sofa, me laissai tomber juste à côté et sans attendre je tendis la main vers la bouteille de scotch qui trainait sur la table basse. D’un œil distrait, je cherchai un verre que j’imaginai – allez savoir pourquoi – nécessairement se trouver là. Bingo ! Un verre sale à moitié plein et un verre propre, vide. Un paquet de Dunhill froissé et un cendrier surpeuplé. Comme égarée par les vapeurs d’alcool et de nicotine froide, une coccinelle divaguait d’un verre à l’autre. Je m’emparai du verre propre, laissant l’autre aux miasmes de mon ami égaré lui aussi. Désignant le verre sale, je lui fis remarquer qu’il ne semblait pas souffrir de la soif tout en me demandant ce qu’une coccinelle fichait là en octobre.

Lord se tenait debout devant moi, groggy, envasé dans je ne sais quelle songerie morbide. Imperturbable, je me servis un verre et attendit sa déclaration en sirotant une première gorgée.

— Crois-tu que la rumeur peut tuer ? demanda Lord d’une voix qui semblait traverser plusieurs épaisseurs d’ouate.

Je sentis – Oh ! Rassurez-vous, juste un peu – la moutarde me monter au nez. Une moutarde ultra forte qui piquait sauvage même en quantité homéopathique. À vrai dire, l’inquiétude qui m’avait perturbé ces dernières heures se transformait peu à peu en une assez performante contrariété. Je vidai mon verre cul sec et le reposai sur la table avec une violence toute contrôlée. Bhâm ! La coccinelle sursauta mais ne s’envola pas.

— Accouche ! Je suis fatigué de tes simagrées. Tu me soûles depuis lundi, tu le sais, ça ?

Lord s’assit sur un pouf ou plutôt s’y écroula comme un chien à bout de force.

— Vendredi dernier, j’ai croisé Ophélia. Au marché d’Aligre. Je ne l’avais pas revue depuis des semaines. Je croyais être guéri, mais je t’en fiche. À peine l’avais-je reconnue dans la foule que mon cœur s’est renversé dans ma poitrine comme une soupière pleine dans un grand huit.

J’admirais décidément son sens de la métaphore.

— Nous avons échangé quelques mots, de manière très informel, elle m’a dit qu’elle avait un nouveau petit copain.

Lord s’arrêta. Il garda le silence une minute qui me parut une heure. Je m’impatientai et d’un signe assez sec de la main je lui fis signe de continuer.

— Cette rencontre m’a perturbé, ajouta-t-il enfin. Et quand je dis perturbé, je devrais dire que cette histoire de petit copain m’avait mis hors de moi. Un footballeur. Oui, mon pote. Tu as bien entendu. Un footballeur bas du front, une intelligence de protozoaire. Merde ! Qu’est-ce qu’elles ont toutes à préférer les muscles à l’intelligence ?

— Un vieux relent préhistorique, expliquai-je. Une brute violente et baraquée est une garantie de survie, ça rapporte du gibier et ça protège la progéniture le cas échéant.

— Mais, nous ne sommes plus à la préhistoire.

J’écartai les bras en signe d’impuissance. Qu’est-ce que j’en savais, moi, du fonctionnement des femmes ?

— C’est quoi cette histoire de rumeur ?

Lord tendit la main vers la bouteille que j’attrapai aussitôt.

— Tu boiras plus tard. Explique !

Il prit une profonde inspiration. Son regard s’envola au plafond comme pour y chercher une autre coccinelle. Je baissai les yeux ; ma coccinelle à moi s’était blottie contre le paquet de Dunhill. Vous allez trouver ça bizarre, mais l’espace d’une seconde, j’eus l’impression qu’elle cherchait à me dire quelque chose.

— En sortant du marché, j’ai entendu quelqu’un qui parlait de moi, enfin de nous. Deux hommes. L’un portait un maillot du PSG. L’autre lui disait comme ça : « Puisque je te dis que je les vus. »

Dégouté, je haussai les épaules.

— Oh ! Mais tu peux hausser les épaules. N’empêche. À la boulangerie, une heure plus tard, une vieille racontait à la patronne qu’elle avait vu un couple s’embrasser au marché. Elle a même précisé que ce couple-là ne paraissait pas très légitime. Et…

— Non mais, tu t’entends ? Tu as conscience des conneries que tu racontes. Allez ! Dis-moi. – Je montrai la bouteille – combien de verres ?

L’espace d’un instant, j’eus le sentiment que Lord allait me sauter dessus.

— Je ne sais pas, dit-il enfin. Deux, peut-être trois… Je te jure que tout le quartier est au courant. Les nouvelles se colportent vite de nos jours. Dès le lendemain, j’ai surpris des conversations. Ça cause sévère. Des gorges chaudes, je te dis. Moi, je lui ai juste parlé. Je te jure que je lui ai juste parlé.

— D’accord. Tu lui as juste parlé et tu t’imagines que le monde entier n’a rien d’autre à foutre que de colporter des rumeurs sur ton compte. Faut consulter mon vieux.

Lord se rembrunit.

— Ouais. T’as raison. Et comment tu expliques la présence de tous ces supporters dans le coin depuis hier. Hein ? Comment ? C’est cet abruti de footeux qui a prévenu ses potes. Il a entendu la rumeur et il veut me buter.

Vous voulez savoir, les amis ? À ce moment-là, je me suis vraiment demandé s’il ne serait pas salutaire de lui balancer un seau d’eau froide à Lord. Juste histoire de calmer cette paranoïa qui prenait possession de lui. Cette Ophélia d’opérette commençait à me courir sur le haricot. Elle n’en avait jamais rien eu à battre de Lord. Jamais. Qu’est-ce qui lui avait pris de s’enticher de cette bonne femme. Surtout avec la réputation qu’elle se trimbalait. La rumeur toujours la rumeur, mais vérifiée celle-là. Ô combien.

— Si tu regardais la télé de temps en temps, tu aurais su qu’hier, il y avait un match important. Ceci expliquant cela. Les supporters, on les trouve souvent aux abords des matches importants.

— Mais…

— Ta gueule ! Quant à ta Liliane, parce que c’est Liliane qu’elle s’appelle, pas Ophélia, c’est une allumeuse. Elle se fout de ta gueule depuis des mois et toi, tu ne vois rien. Tu veux savoir ce qu’elle dit la rumeur. Elle raconte comme ça que tu te fais des gros films. Des blockbusters, mec ! Dans ta tête, c’est Bollywood. Faut arrêter, maintenant. Moi, la nuit, j’ai autre chose à foutre que de traverser la ville pour écouter des calembredaines. La rumeur. Ah ! Ils rigolent bien les copains. La rumeur, bonhomme, elle est dans ta tête.

Lord regardait ses chaussettes avec embarras. Il était blême et tremblant. Il crevait de peur et je n’y pouvais rien. Sur la table basse, la coccinelle avait repris ses pérégrinations. Lord me demanda la bouteille de scotch. Je la reposai sur la table.

Lord sortit un papier froissé de sa poche revolver. Il me le tendit.

Il s’agissait d’un flyer. Le genre de prospectus flashy distribué par des bombasses latina aux alentours des discothèques branchées. Une coccinelle revêtue d’un sweat-shirt rose affublé d’un numéro 10 vert fluo portait son doigt à sa bouche comme pour dire chut. Au-dessus de sa tête, une bulle proclamait : « Graham Parker and the Rumour. En concert à l’Ophélia. »

Cette nuit-là, je me suis rigolé dessus comme jamais. La mine déconfite de mon ami n’arrangeait pas les choses. Malgré son air furibard, je ne parvenais pas à me calmer.

Il but son verre et, juste avant de le poser, me demanda abruptement pourquoi je ne croyais pas aux signes puis il tenta d’écraser la coccinelle avec un je-ne-sais-quoi de tordu dans l’œil. Sans succès.

Je m’écriai :

— Mais t’es complètement con ! Elle s’appelle Ophélia cette bestiole. Merde ! Tu veux tuer ton amour ? Et la rumeur ? Qu’est-ce qu’elle va dire la rumeur ?

— Tu ne comprends rien. Je vais me coucher, répondit-il, écœuré.

Lorsque je pris congé, le jour se levait à peine. La rumeur de la ville racontait que le monde s’éveillait doucement. Le ciel était clair. Quelque part, au sortir d’un club, des musiciens remballaient leur matos. Je relevai mon col et décidai de rentrer à pied ; juste pour rassurer la coccinelle posée sur mon épaule.

 

Évreux, 29 octobre 2015

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Participation de Venise

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L’enfant du bout du trajet (ou Il m’a dit : « Je vais te raconter ton histoire ») (Marco Québec)

J’étais alors un garçon âgé de dix ans. Je me suis avancé vers l’autre enfant et je lui ai dit :
« Je sais pourquoi tu es comme tu es. C’est parce que tu es l’enfant du bout du trajet. Je vais te raconter ton histoire.

Tu es arrivé au village il y a quelques mois. Tes parents se sont installés à l’extrémité est du village dans un coin isolé. Tu n’étais pas très heureux d’avoir dû déménager, car tu aimais bien ta vie dans ton ancien village. Tu avais de bons amis, un professeur original et un lac plein de poissons.

Puisque ta nouvelle école était située à l’extrémité ouest du village, tu étais le premier à monter dans l’autobus scolaire et le dernier à en descendre le soir. Comme tes deux parents travaillaient à la boulangerie jusqu’à 18 heures, il avait été convenu qu’en attendant leur arrivée, tu ferais seul tes devoirs et tes leçons, après avoir pris un verre de lait et deux biscuits.

Le premier jour où tu es venu à l’école, tu étais intimidé et tu as très peu souri ou parlé. Le retour à la maison ce soir-là allait changer ta vie à tout jamais.

Dès le lendemain, tu affichais un air triste et buté qui ne t’a pas quitté depuis. Les autres élèves ont bien essayé de te parler, de t’apprivoiser, mais ils ont vite compris qu’il n’y avait rien à tirer de toi. Les invitations à partager leurs jeux ont cessé et ils t’ont laissé tranquille, se disant que tu étais un bien curieux garçon et que tu n’avais probablement pas toute ton intelligence.

Tes parents ont bien remarqué le changement qui s’opérait en toi, mais tu refusais de répondre à leurs questions et tu leur disais que tout allait bien, qu’ils s’inquiétaient pour rien.

De mon côté, quand j’ai appris qu’une nouvelle famille avait installé sa maison mobile à l’est de la nôtre, j’ai pensé que c’était le plus beau jour de ma vie. Et peu à peu, les autres écoliers et mes parents se sont demandé ce qui avait bien pu m’arriver pour que je devienne tout à coup plus souriant, plus joyeux, plus sociable.

Dès les premiers jours de ton arrivée à l’école, je t’ai observé sans arrêt et j’ai rapidement compris que ton tour était venu. Je te regardais et c’est moi que je voyais, comme dans un miroir. Oui, c’était maintenant toi l’enfant du bout du trajet. Tout comme la mienne, ta vie a basculé à la fin de ton premier jour de classe.

Tout comme il l’avait fait pour moi, le chauffeur d’autobus a garé son véhicule derrière ta maison mobile. À cet endroit, personne ne pouvait le voir. Il t’a empêché de descendre, a baissé son pantalon et t’a demandé de le toucher.

C’est cela ton histoire. C’est aussi mon histoire. C’est notre histoire à tous les deux. »

L’autre garçon pleurait depuis déjà un moment. Je me suis approché de lui, je l’ai serré dans mes bras et j’ai pleuré avec lui.

« Est-ce que tu vas m’aider? », me demanda-t-il.

« De toutes mes forces », lui répondis-je.

 

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Tu ne sais pas ce qu'il (elle) m'a dit ? (Walrus)

Si !

Mais j'ose pas le répéter...

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Le Temps des Secrets (Pascal)

Quand ma fille était petite, elle me racontait tous ses secrets dans le creux de l’oreille. Le soir, de retour à la maison, j’allais m’asseoir un moment dans un fauteuil du salon. Sitôt qu’elle me voyait posé, l’âme légère, le sourire en avant et le regard joyeux, elle sautait sur mes genoux pour être au plus près de mon écoute fidèle. C’était notre façon de nous retrouver ; je l’attendais, c’était habituel… Confessionnal de son enfance, disponible, affecté et connivent, je devais écouter le déballage mystérieux du moindre de ses chuchotements. J’étais l’hôte intime de ses confidences journalières…

« Hé ben, tu sais, ma copine à l’école, elle m’a dit que… »

C’était à la fois un mélange de babillage survolté, un gazouillis de petit moineau effronté, un chuintement jovial et emporté…  

« Parle plus doucement, tu me fais mal à l’oreille !... »

« Hé ben, tu sais, ma copine à l’école… »

« Parle moins vite, je ne comprends rien !... »

« Hé ben, tu sais, ma copine à l’école, elle m’a dit… »

Alors, je lui répondais avec d’autres chuchotis secrets ; je frottais mon nez dans son cou, je soufflais doucement dans les boucles de ses cheveux et je lui pétillais des petits postillons d’histoires dans l’oreille. Je crois que ce qu’elle aimait le plus, c’était ces frissons heureux qui naissaient pendant son écoute attentive. Prisonnière dans mes bras, elle cherchait à s’enfuir tout en essayant d’écouter mes messages sibyllins. Elle soulevait les épaules, pour bloquer ses frémissements envahisseurs, elle se bouchait les oreilles, elle s’échappait de mon emprise enjôleuse, mais je lui disais toujours que je n’avais pas terminé mon histoire. Naïve mais joueuse, elle revenait sur mes genoux affronter mes taquineries de papa. Sous la caresse intenable, elle éclatait de rire et cherchait à son tour d’autres nouveaux secrets à glisser dans mon oreille. Bien sûr, tout partait en chatouilles, en jeux et en bisous…

 

 

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