Quand ma fille était petite, elle me racontait tous ses secrets dans le creux de l’oreille. Le soir, de retour à la maison, j’allais m’asseoir un moment dans un fauteuil du salon. Sitôt qu’elle me voyait posé, l’âme légère, le sourire en avant et le regard joyeux, elle sautait sur mes genoux pour être au plus près de mon écoute fidèle. C’était notre façon de nous retrouver ; je l’attendais, c’était habituel… Confessionnal de son enfance, disponible, affecté et connivent, je devais écouter le déballage mystérieux du moindre de ses chuchotements. J’étais l’hôte intime de ses confidences journalières…

« Hé ben, tu sais, ma copine à l’école, elle m’a dit que… »

C’était à la fois un mélange de babillage survolté, un gazouillis de petit moineau effronté, un chuintement jovial et emporté…  

« Parle plus doucement, tu me fais mal à l’oreille !... »

« Hé ben, tu sais, ma copine à l’école… »

« Parle moins vite, je ne comprends rien !... »

« Hé ben, tu sais, ma copine à l’école, elle m’a dit… »

Alors, je lui répondais avec d’autres chuchotis secrets ; je frottais mon nez dans son cou, je soufflais doucement dans les boucles de ses cheveux et je lui pétillais des petits postillons d’histoires dans l’oreille. Je crois que ce qu’elle aimait le plus, c’était ces frissons heureux qui naissaient pendant son écoute attentive. Prisonnière dans mes bras, elle cherchait à s’enfuir tout en essayant d’écouter mes messages sibyllins. Elle soulevait les épaules, pour bloquer ses frémissements envahisseurs, elle se bouchait les oreilles, elle s’échappait de mon emprise enjôleuse, mais je lui disais toujours que je n’avais pas terminé mon histoire. Naïve mais joueuse, elle revenait sur mes genoux affronter mes taquineries de papa. Sous la caresse intenable, elle éclatait de rire et cherchait à son tour d’autres nouveaux secrets à glisser dans mon oreille. Bien sûr, tout partait en chatouilles, en jeux et en bisous…