12 septembre 2015

LA VIEILLE MAISON (Lorraine)


Cette vieille maison dans ce haut paysage
Isolée et meurtrie comme d’un abandon
Cache son désarroi quadrillé de branchages
Et se souvient des gens, des mois et des saisons

La mémoire des murs a gardé le silence
Les portes éventrées gémissent sous le vent
Qui dévale vainqueur et dans sa véhémence
S’engouffre dans l’ajour du toit resté béant

Le coteau la soutient comme on aide une vieille
A se tenir debout le temps que Dieu voudra
Harponnée au versant parfois elle sommeille
Puis s’éveille en sursaut croyant entendre un pas

Serait-ce la Julie qui tant riait parfois
Ou le berger rentré dans son bruit de sonnailles ?
Non c’est la nuit qui vient et dit dans son patois
Qu’un jour on l’abattra et qu’on fera ripaille…

Alors de ses yeux clos la maison qui s’endort
Fait signe que c’est bien en attendant la mort

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Pour vivre heureux... (Walrus)

Il était très satisfait de cette fausse façade délabrée, de ce chemin de terre boueux et de l'écran des arbres, parce que derrière ce décor lamentable, tout n'était que luxe, calme et volupté...

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La drénaline (Vegas sur sarthe)


C'était la dernière bâtisse du village qu'on appelait «le moulin», flanquée d'un panneau Fouzy-sur-la-Tronche copieusement criblé par nos savants tirs de caillasse.
On passait toujours devant à fond la caisse - au moins du dix à l'heure - sur la mob bleue d'Oncle Hubert mais jamais on ne s'y serait arrêté.
Etait-ce parce que le maire du village y avait régné en maître ou parce que la Tronche à cet endroit grondait sauvagement contre les pales pourries d'une vieille roue à aubes immobile et noire comme un loup garou?
Tout dans ce lieu semblait chargé d'un lourd secret.
Le «moulin» gardé d'une étrange cheminée de briques disjointes ne moulasse plus rien depuis belle lurette, en tout cas je n'avais jamais entendu dire qu'on y ait moudré ou moudu - ça sert à quoi de nous faire copier cent fois ces foutus verbes du troisième type - le moindre boisseau de blé ou d'orge.
Pourtant à chaque fois qu'on rebeuillait dans le coin avec les potes, ça viaunait comme une odeur de mystère qui me donnait la nausée et m'attirait en même temps.

Alors quand le Bébert a proposé d'y aller voir cette nuit-là à cause que c'était nuit de pleine lune, j'ai ressenti ce machin que les grands appellent la drénaline et qui m'occasionna aussitôt une drouille carabinée !
Pendant que je soulageais mes arrières aux cagouinces, Bébert préparait le matos en grand secret: échelle de corde, sac à dos et la fameuse lanterne de cheminot Wonder qui s'use même quand on s'en sert pas.
On a jarté sans se retourner - en chaussettes pour pas alerter Rex, le câgne du voisin qui aboyait au moindre bruit - et plus vite que prévu à cause d'une forte rabasse qui nous a gaugés avant même d'avoir passé le pont de la Tronche!

Vindiou! On était pas beaux à voir quand on est passés au travers d'une borgnotte restée entr'ouverte. Heureusement y avait personne pour nous voir.
J'appris plus tard que nononque - Oncle Hubert - y était passé bien avant nous pour aller dévierger celle qu'on appelait aujourd'hui Madame le Maire, mais c'est une autre histoire.
Bref, la borgnotte était si étroite que j'y ai déniapé ma belle chemisette - celle avec l'écusson brodé L'Héritier-Guyot “Buvez du cassis” -  mais on était déjà en mode aventurier genre Lawrence d'Arabie et j'ai même pas pensé à la tisane que j'allais prendre au retour.
Dans le « moulin » c'était tout noir avec un escalier tout noir et des murs tout noirs aussi.
Faut dire que la lanterne Wonder faisait du noir à cause que nononque en avait marre de changer les piles.
Alors en tâtonnant, chacun a compté les marches de l'escalier - en espérant se rappeler qu'y en aurait autant en redescendant - mais j'ai pas trouvé pareil que le Bébert: c'était mauvais signe, tout ça sentait le mystère à plein nez et la poussière aussi.

Soudain j'ai buté sur un gros ventre mou, un peu comme celui du maire ou comme celui du sergent Garcia, le gros beusenot où Zorro s'amusait à dessiner des grands Z en noir et blanc chaque mercredi dans la télé des voisins...
C'est Bébert qui m'a retenu avant que je redescende l'escalier cul par dessus tête.
Par une croisée de l'étage, la pleine lune semblait franchement se foutre de notre gueule.
Faut dire qu'on était blancs comme les Francini de la piste aux étoiles tellement qu'on s'était frottés aux sacs qui traînaient partout.
Cette âcre odeur de mystère viaunait de plus en plus à m'en filer le virot à moins que ce ne soit la drouille qui rappliquait à nouveau...   
“T'es tout pâle” m'a soufflé Bébert qui était aussi blanc que moi.
J'ai cherché un endroit pour m'isoler derrière une vieille machinerie faite de poutrelles, de poulies et de courroies de cuir reliées par d'énormes toiles d'araignées.
C'est quand j'ai baissé mon froc que j'ai entendu un grand bruit de chute puis un cri étouffé!
Je me suis traîné dans leur direction.
Le Bébert et la lanterne Wonder venaient de tomber dans la trémie, un grand entonnoir de bois dont ne sortaient guère plus que ses chaussettes et un râle de mort-vivant.
Alors j'ai tiré sur les pieds de toutes mes forces jusqu'à l'entendre gueuler plus fort.
Il était bien esquinté, les genoux couronnés, la tronche rouge et blanche avec une belle beugne sur le front et débordant de reconnaissance: “Tu m'as sauvé la vie” chouina t il en se collant à moi.
Bizarrement il s'était mis à faire grand jour - surement la fameuse drénaline dont parlaient les grands - mais en haut de l'escalier clairait une grosse lampe tempête.

Derrière la lampe, une p'tiote nous observait d'un oeil curieux, vu que l'autre était caché par ladite lampe.
Quand je dis la p'tiote, tout le monde au village l'appelait la Marcelle et elle avait toutes les raisons d'être là à c't'heure puisqu'elle était la fille du maire et d'ailleurs elle y est encore... pas dans l'escalier mais fille du maire, enfin de l'ancien maire puisqu'il ne l'est plus et qu'ils n'habitent plus ici, bref.
C'est avec elle qu'on allait autrefois nadouiller au lavoir à chaque vacance et le fait d'avoir mouillé nos culottes ensemble me disait qu'on allait pouvoir s'arranger pour qu'elle dise rien à sa mère et à son maire, enfin à ses vieux.
Je lui ai refilé deux carambars avec les blagues à Toto qui vont avec et un roudoudou à la fraise qui fondait dans ma poche et puis on a déguerpi sur nos chaussettes, la gueule enfarinée, Bébert avec sa beugne et moi avec ma chemisette déniapée, laissant derrière nous le «moulin» et son secret.
On avait paumé la lanterne d'Oncle Hubert, ce qui nous garantissait une double tisane mais c'est le prix à payer - dit-on - pour la drénaline.

La p'tiote n'a jamais cafté, du moins pas encore à ce jour...  on n'a jamais su ce qu'elle foutait là en pleine nuit et si on avait un lien de parenté avec elle, Oncle Hubert a emporté le secret dans sa tombe.


Lexique du patois bourguignon:

beugne : bosse
beusenot : idiot
borgnotte : petite fenêtre
chouiner: pleurnicher
déniapé : déchiré
drouille : diarrhée
esquinté : abîmé
gaugé, tripé: mouillé
jarter : renverser, marcher très vite
nadouiller : jouer, éclabousser avec de l'eau
nononque : Oncle
p'tiote : gamine
rabasse : averse
rebeuiller : fouiller
tisane ou frottée : dérouillée
viauner : sentir mauvais
virot: nausée

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Consuelo (par joye)

On dit que la maison est abandonnée, tout en oubliant que l’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur.

Car où les yeux voient les dommages, le cœur voit des souvenirs.

Où les yeux voient des lézardes, le cœur voit les espaces par où l’air, la joie, et le soleil peuvent facilement passer pour nous rafraîchir.

Où les yeux voient les mauvaises herbes épineuses, le coeur peut voir une rose qui se défend.

On dit que la maison est abandonnée. C’est pour cela que toi et moi sommes retrouvés ici, avec notre chat, afin de vivre ensemble pour l’éternité, et rire des gens qui passent devant sans nous voir, parce qu'ils ne regardent qu'avec les yeux.

le couple

 

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Participation de Laura

Après avoir tristement  fait le tour du jardin à l’abandon, Cannelle  décida de rentrer dans la maison vide pour se débarrasser à jamais du fantôme de son enfance. L’intérieur de la maison était évidemment plongée dans le noir et elle dût faire glisser sa main le long des murs froids d’humidité pour aller ouvrir les volets. Elle fendit aussi beaucoup de toiles d’araignée.
L’ouverture des volets et de la fenêtre ne fit qu’accentuer l’atmosphère d’humidité de la maison car dehors, il s’était mis à pleuvoir. Et le décor qu’elle put revoir autour d’elle et le paysage qu’elle voyait du salon n’avait plus rien de vivant, même pas une ombre de son enfance.

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Participation de Fairywen

Agonie

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Peu à peu, ils avaient amené les enfants de moins en moins souvent, et leurs rires avaient cessé de réchauffer les couloirs de la vieille maison. Puis les visites s’étaient raréfiées. Il faisait trop chaud, trop froid, trop humide, trop sec… Tous les prétextes étaient bons. Puis ils n’étaient plus venus que quelques après-midis dans l’année, pour ouvrir les volets et laisser entrer le soleil. Puis une fois par an. Puis plus du tout.

Sans soins, la vieille maison avait commencé à mourir doucement. Elle avait été construite pour abriter la vie, elle avait protégé, réchauffé et abrité des générations d’humains, donnant sans rien demander. À présent qu’elle était trop âgée et coûtait trop cher à l’entretenir, ils la laissaient se décrépir et agoniser lentement.

Seule.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Des grattements aux volets qui s’affaissaient, des trottinements sur les planchers poussiéreux. De plus en plus nombreux, de plus en plus enhardis. Puis il y avait eu les premiers cris venant du grenier, sinistres inquiétants. Puis des trilles joyeux le jour.

Les trottinements avaient été suivis de bruits de pattes feutrées qui exploraient, curieuses. D’abord timides et hésitantes, avant de devenir des cavalcades dans les vieux escaliers.

Le lierre s’était invité par une fenêtre cassée, suivi des fougères, des mousses, des fleurs amoureuses de l’ombre des pierres et même d’un arbre, qui grandissait par un trou du toit.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Peu à peu la vieille maison avait disparu dans le paysage, enfouie sous les plantes qui la protégeaient comme elle avait protégé ceux qui l’avaient abandonnée sans même un regard. Ses murs abritaient des colonies de souris, des chatons farceurs jouaient dans ce qui avait été des chambres d’enfants et le bruit de leurs pattes remplaçait celui des jambes. Parfois un renard passait musarder, attiré par les chants des oiseaux qui nichaient dans les coins et les recoins, sans toutefois oser aller disputer le grenier aux chouettes. Grenier qu’elles partageaient pourtant avec des fouines, ravies de trouver là un endroit sec pour y élever leur progéniture. Il arrivait même qu’une biche ou un chevreuil pose un sabot délicat dans le hall éclairé par la lune.

La vie bruissait à nouveau dans la vieille maison. Dorénavant plus jamais elle ne serait abandonnée.

Défi 367 du samedi 5 septembre 2015

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Participation de Venise

 

Je frappais timidement à la porte

Ouvrez donc s’il vous plait !!!!

La fenêtre était recouverte d’un affreux rideau  de mousse

Encore tout humide des pleurs de la rosée.

Comme un bijou caché dans son écrin de verdure, la maison ne se livrait pas au premier passant.

J’ai alors senti comme un mouvement dans les feuilles du grand tilleul et

Des frémissements  dans les tuiles bien  peignées. La maison semblait me dire

Te revoilà enfin après tant d’années !!!

La façade toute blanche rougissait sous les éclats du coucher de soleil

Mon cœur faisait des bonds comme s’il cherchait à sortir de ma poitrine.

Et cette porte qui ne s’ouvrait pas.

J’avais pris d’autres chemins ces années passées trop vite loin d’elle.

Quelqu’un voudrait bien me dire où se cache la clef ?

La maison a eu comme un soupir et les fenêtres se sont ouvertes et trois gouttes d’eau pendues aux gouttières ont atterri sur mon front.

C’est mon rire qu’elle a reconnu immédiatement et la porte s’ouvrit comme un miracle.

Mes yeux se sont fermés et d’anciens bruits de pas montèrent dans les combles.

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Comme une clef mon rire avait fait parler la maison.

Les yeux à peine ouverts vous ne devinerez jamais

Ce que le souffle de la  lampe m’appris.

La maison lourde de souvenirs dort maintenant.

Dans les jardins deux arbres s’étreignent comme des amants.

Hier  les petits enfants sont arrivés au  matin,

Nos mains déçues croient ne plus rien attraper

Sauf la conviction d’être arrivée et d’avoir pris le bon chemin.

 

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05 septembre 2015

Défi #367

L'histoire mystérieuse

de la maison abandonnée !

Maison abandonnée

 

Bonne rentrée à vous tous et 

bonne recherche !

A tout bientôt à notre adresse :

samedidefi@gmail.com

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Valeur refuge (Joe Krapov)

Un serpent monétaire
A mordu Eurydice
Au talon de son chèque.

Orphée, petit porteur
D’une lyre élastique
Aux cordes en lacets
- C’est Rimbaud, trafiquant
De semelles et de vent
Qui les lui a offertes –
Descend pour présenter
Sa requête aux Enfers :
Il s’en va, comme on dit,
Se faire voir chez les Grecs.

Charon_by_Patenier

- Pour passer par ici,
Homme, il te faut payer !
Lui a lancé Caron
Sur la rive du Styx
En lui montrant sa barque
Usée par les années.
Pour le prix, c’est cent marks.

- Peut-on payer en lyre
Quand on vient d’Italie... ?

- Ici c’est un pays
De la zone « héros » !

- ...Ou faut-il convertir
Sa douleur en dollars,
en billets ou en vers,
En faire opéra-rock ?

DDS 366 orphee-le-plus-celebre-musicien-de-la-grece-antique-accompagne-de-sa-lyre_13173_w460

Silence dans l’errant.

Orphée saisit son plectre
Et frappe l’instrument
Et alors, plus va l’ut,
Plus la magie opère :
L’eau du fleuve s’écarte,
Il passe, soutenu
Par Charon un peu stone :

La musique adoucit
Les moeurs de tout passeur…

…A condition de n’être pas
Sur notre planète aujourd’hui

La descente aux Enfers
Continue chaque jour.

Ami(e)s, veillez sur vos amours !

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