15 août 2015

Participation de Venise

Capturer ce spécimen représente un exploit scientifique notable

                Tu t’en es bien sorti John !!

       ve01

 

                (APPLAUDISSEMENT dans la galerie marchande)

Je me rendais bien compte que cet éléphant n’avait rien à faire dans ce centre commercial .déguisé en premier de la classe

Et de surcroit, je voyais que ma manière de m’exprimer et ma phraséologie déprimaient tout le monde.

Je n’avais pourtant d’autres choix que de magnifier ce trophée pour stimuler les ventes et les promotions d’été.

Je me dis que je devais inventer un événement qui provoquerait le clou du spectacle.

En une seconde je me suis retrouvé debout sur le dos de l’éléphant son oreille gauche était la seule partie de son anatomie à laquelle je pus m’agripper pour ne pas  chavirer.

Ma vue trouble repéra le parterre de géranium en contre bas. et là comme si je lui avais donné un méchant coup de pied rancunier dans le ventre l’éléphant bleu marine me propulsa dans l’espace

naturellement je cru mourir en m’écrasant sur le rayon lingerie

 ve02

 

J’émergeais après une dizaine de minutes de lutte contre les soutiens-gorge et culottes en tous  genres qui jonchaient maintenant le sol.

Perché sur escarbot géant l’éléphant me fixait de son regard inexpressif pendant que la foule grossissait à vue d’œil.

La galerie était passée de son état habituel de galerie marchande où vaquent des centaines d’idiots à une galerie marchande ou ne vaquait plus personne capturée par le spectacle insolite d’un éléphant bleu dans une scène dévastée par sa colère.

Soudain au bout de la galerie on entendit :

ESPÈCE DE CONNARD

Tu crois qu’on a besoin de tes exploits scientifiques ici. ;???

J’étais dans une impasse philosophique et je pensais à m’évanouir, mais cela ne pouvait pas être plus attrayant qu’un éléphant bleu assis sur les caisses.

 

Maintenant je fais mes spectacles avec un cochon sauvage.

 

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Prenez une grande inspiration (Walrus)

 

Dès que j'ai aperçu l'éléphant, j'ai pensé à deux choses :

 

D'abord,  à une bière bien de chez nous, les Belges, la "Delirium Tremens".

Si si, ça existe, je possède même quelques exemplaires du verre ad hoc.

delirium

Comment ? Si j'ai aussi une bouteille ? Y a qu'à demander !

delirium2

Mais cette boisson délectable aurait pu m'être évoquée par n'importe quelle image d'éléphant.

 

Ensuite, à un bouquin de Paul Morand que j'avais lu dans ma jeunesse aventureuse : "Montociel, rajah aux grandes Indes". Non, j'ai pas d'image, je l'ai liquidé lors de mon déménagement.

Vous avouerez que ça colle au mieux à l'image fournie par MAP laquelle (mais non, pas cette chère MAP, l'image fournie par elle) fait immédiatement penser à la monture d'apparat d'un maharajah.

rajah

Après, j'ai arrêté de lire Morand, non pas que son passé de diplomate de la France de Vichy m'ait dérangé, un ennemi de de Gaulle ne peut être tout-à-fait mauvais n'est-ce pas, non, j'ai appris que ce triste sire avait commis une "Ode à Marcel Proust" !

Vous ne me croyez pas ?

Tant pis pour vous...

 

« Ombre
Née de la fumée de vos fumigations
,
Le visage et la voix
Mangés
Par l'usage de la nuit
Céleste
,
Avec sa vigueur, douce, me trempe dans le jus noir
De votre chambre
Qui sent le bouchon tiède et la cheminée morte
.

Derrière l'écran des cahiers,
Sous la lampe blonde et poisseuse comme une confiture,
Votre visage gît sous un traversin de craie
.
Vous me tendez des mains gantées de filoselle;
Silencieusement votre barbe repousse
Au fond de vos joues
.
Je dis :
- vous avez l'air d'aller fort bien.
Vous répondez :
- Cher ami, j'ai failli mourir trois fois dans la journée.
Vos fenêtres à tout jamais fermées
Vous refusent au boulevard Haussmann
Rempli à pleins bords,
Comme une auge brillante,
Du fracas de tôle des tramways
.
Peut-être n'avez-vous jamais vu le soleil ?
Mais vous l'avez reconstitué, comme Lemoine, si véridique,
Que vos arbres fruitiers dans la nuit
Ont donné les fleurs
.

Votre nuit n'est pas notre nuit :
C'est plein des lueurs blanches
Des catleyas 
et des robes d'Odette,
Cristaux des flûtes, des lustres
Et des jabots tuyautés du général de Froberville
.
Votre voix, blanche aussi, trace une phrase si longue
Qu'on dirait qu'elle plie, alors que comme un malade
Sommeillant qui se plaint,
Vous dites
: qu'on vous a fait un énorme chagrin.

Proust, à quels raouts allez-vous donc la nuit
Pour en revenir avec des yeux si las et si lucides
?
Quelles frayeurs à nous interdites avez-vous connues
Pour en revenir si indulgent et si bon
?
Et sachant les travaux des âmes
Et ce qui se passe dans les maisons,
Et que l'amour fait si mal
?

Étaient-ce de si terribles veilles que vous y laissâtes
Cette rose fraicheur
Du portrait de Jacques-Émile Blanche
?
Et que vous voici, ce soir,
Pétri de la pâleur docile des cires
Mais heureux que l'on croie à votre agonie douce
De dandy gris perle et noir
?
»

(Paul Morand, 1915)

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Participation de Fairywen

Le temps court vite...

Parfaitement immobile, Damon détaillait Stella, qui jouait avec un bibelot d’inspiration indienne, un éléphant blanc porteur d’une nacelle de cérémonie rouge destinée à recevoir un maharadjah. Un sourire ironique étirait les lèvres de la jeune femme tandis qu’il reliait enfin entre elles les informations qu’il avait inconsciemment engrangées. Le chalet isolé. Son indifférence face à la violence de l’orage. Ses yeux d’un vert aussi profond et aussi changeant que les verts de la forêt. Et surtout, la confiance que lui avaient instantanément prodiguée les mésanges.

— Tu es une Sylve[1], murmura-t-il.

— Tu y auras mis le temps, Ta Majesté.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Tu demandes à une Sylve ce qu’elle fait près d’une forêt ? Ma parole, tu as perdu ton cerveau en même temps que ton rang ?

Le prince déchu crispa les mâchoires, mais il n’avait pas le droit de se laisser emporter par sa colère. Visiblement, vu l’éclat malicieux dans son regard, elle le savait aussi bien que lui… Il prit une grande inspiration avant de poursuivre d’une voix presque calme.

— Je ne te demande pas ce que tu fais près d’une forêt, mais pas quel extraordinaire hasard nos routes se sont croisées. Parce que tu vois, j’ai un peu de mal à croire que cette rencontre ne soit qu’une coïncidence.

— Que tu le croies ou non, c’en est quand même en partie une. Aussi terrible qu’il ait été, l’orage qui t’a amené ici était tout ce qu’il y a de plus naturel. Quant à moi…

Stella s’interrompit un instant, apparemment très amusée par son air furibond.

— Moi, je ne suis qu’une des chances de rédemption qui ont été mises sur ton chemin, Ta Majesté, reprit-elle en reposant le délicat bibelot. Tu aurais aussi bien pu passer par ici et ne pas me rencontrer.

— Une des… qu’est-ce que ça signifie ?

— Que malgré tes fautes, il a été décidé de t’accorder de l’aide pour te permettre de te racheter. Après tout, tu n’as pas nié, et tu as accepté ta punition. À toi de décider si tu souhaites ou non accepter cette aide. Si tu veux tout savoir, tu as déjà croisé un certain nombre de tes chances de pardon, mais tu n’as su en voir aucune.

— Pourquoi ne se sont-elles pas manifestées ?

— Parce que ça ne marche pas comme ça, Ta Majesté.

— Arrête de m’appeler comme ça !

— Mais c’est qu’il mordrait, l’animal !

Damon dut faire un énorme effort sur lui-même pour garder son calme. Il était parfaitement conscient que la Sylve le provoquait délibérément, probablement dans le but de savoir s’il était capable de garder son calme en toutes circonstances.

— Si ça ne marche pas comme ça, comme tu dis, pourquoi t’es-tu manifestée, toi ?

— Le temps court vite, Ta Majesté. L’été est presque fini, et pour l’instant, tu ne prends pas le chemin de retrouver ta place de prince héritier. Alors j’ai décidé de bousculer un peu les règles.

Elle s’approcha de lui et il sentit ses lèvres effleurer les siennes tandis qu’elle se dressait sur la pointe des pieds pour murmurer quelques mots qui glacèrent le jeune homme.

— Mais peut-être ne suis-je pas le meilleur choix parmi tous ceux qui s’offraient à toi, Ta Majesté…

 

Fairywen/Ysaline



[1] Sylve : fée des bois et des forêts.

 

 

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