Lendemain d’orage

Rythmé par les craquements du tonnerre, le vent hurlait toujours autour du chalet. Pas un mot n’était échangé entre Stella et Damon. La première était toujours absorbée dans l’examen de ses photos, le second ne la quittait pas des yeux. Un long moment s’écoula ainsi, puis elle s’étira et leva les yeux vers lui, semblant soudain se souvenir de sa présence.

— On dirait que la tempête ne veut pas se calmer. Tant pis, je vais me coucher. Je te montre ta chambre ?

— Tu vas dormir avec ce raffut ?

— Oui, pourquoi ? Ce n’est que du vent et un peu de pluie. Ne me dis pas qu’un grand costaud comme toi a peur…

Piqué au vif, Damon dut faire un énorme effort sur lui-même pour ne pas céder à la colère. Il ne pouvait pas se le permettre, il ne pouvait pas révéler sa véritable nature. Il avait promis…

— Ça ne m’empêchera pas de dormir non plus.

— Alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’est-ce pas ?

 

Cependant, Damon ne ferma pas l’œil de la nuit. Immobile sur le lit de la chambre d’amis, les mains croisées sous la nuque, il songeait à ce qu’il avait été, à ce que ça lui avait valu, à ce qu’il deviendrait s’il cédait à ses envies, à ce qu’il deviendrait s’il leur résistait. Ainsi filèrent les heures, jusqu’à ce qu’une aube ensoleillée remplace l’orage.

Damon se leva avec un soupir résigné. Ce n’était ni sa première, ni certainement sa dernière nuit blanche. Arrivé dans le salon, il ne trouva personne. Pas plus que dans la cuisine ou la salle de bains. Il allait en déduire que son hôtesse dormait encore lorsque soudain il la vit dehors, accroupie près d’un arbre abattu par la foudre. Curieux, il la rejoignit.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Il y a un nid de mésanges quelque part là-dessous. Je veux savoir si elles sont toujours en vie, répondit-elle en s’arc-boutant pour tenter de repousser une grosse branche qui oscillait dangereusement.

— Des… oiseaux ? Tu fais tout ça pour des oiseaux ?

— Oui pourquoi ?

— Mais ce ne sont que des animaux !

— Et alors ? répliqua-t-elle en se relevant d’un bloc, ses yeux verts lançant des éclairs. Je ne te demande pas de m’aider, alors fiche-moi la paix !

Le premier mouvement de Damon fut de faire demi-tour et de la laisser se débrouiller, mais lorsqu’il la vit essayer à nouveau de repousser la branche, il ne put s’y résigner. Il poussa un énorme soupir et saisit la branche à bras le corps. Il l’écarta sans effort avant de grommeler.

— Va chercher tes oiseaux, puisque tu y tiens tant.

Elle leva les yeux vers lui et lui adressa un sourire, puis se faufila au milieu des feuillages. Elle en émergea quelques minutes plus tard, des feuilles dans les cheveux, et un nid dans les mains. Miraculeusement, les oisillons étaient en vie.

— Et… qu’est-ce que tu vas faire d’eux, maintenant ? Leur donner la becquée ?

— Pas moi, idiot. Leurs parents.

— Leurs… Parce que tu crois qu’ils vont t’approcher, leurs parents ?

Au même instant, un couple de mésanges arrivait à tire d’ailes et se posait sur les épaules de Stella en pépiant gaiement. Elle jeta un regard amusé à son invité.

— Je crois, oui.

Damon la regarda s’éloigner d’un air songeur. Il avait beaucoup de choses à cacher, mais visiblement, il n’était pas le seul…

 

Fairywen/Ysaline