Il  manque un bouton à la redingote de RIMBAUD ;

Ainsi, il ouvre les yeux sur la vie

La poitrine au vent

Farouche, réfractaire, mais un cœur tendre, comme tous les gamins de son âge.

En haut de la cote, toute essoufflée de le suivre, alors que le vent s’engouffre sous ma jupe

Il me tend la main pour courir plus vite à ses cotés.

Comment t’appelles-tu ?

Je m’appelle PALOMA

Et toi ?

RIMBAUD, Arthur RIMBAUD.

Ton nom est beau.

Il sort de sa manche droite un cahier

Tu écris ?

Ne le dis à personne. Le monde aime les poètes pour les mettre en laisse, le rossignol pour le mettre dans une cage.

Je ne le connaissais pas, je ne l’avais jamais vu.

Je tenais serré dans ma main son bouton de redingote et je dévorais ses poèmes  griffonnés dans ce cahier d’écolier.

 

Mon unique culotte avait un large trou.

-Petit Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.

-Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.


Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigne.

 

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J’ai renoncé depuis au murmure du ruisseau qui galope

Mais j’ai gardé au fond du tiroir, ce petit bouton de nacre.

Je suis riche ce soir et je ne t’ai rien volé, comme si j’avais appris à marcher sous la pluie fine

Un soir je l’ai croisé, il m’a reconnue, des larmes roulaient dans ses yeux.

Il sanglotait comme un enfant  et ses larmes réclamaient quelque chose que je n’avais pas.

J’ai fermé sa veste et j’ai vu un gros trou dans sa poche.

La dernière fois que je l’ai vu c’est au bord de la fosse j’ai jeté le petit bouton de nacre pour qu’il ne prenne pas froid.