14 mars 2015

Défi #342

Laissez vous inspirer par cette oeuvre

de Colin Thompson :

Escalier et maisons

Et envoyez vos participations

à samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !!!

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Le palais de l'Empereur par bongopinot

Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir
Toutes les pièces en l'espace d'une seule vie même s’il se mettait à courir
Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées
Et se mettent à mener une existence étrange, indépendante, animée

Dans une pièce de la tour Est, le plafond s'est joliment décoré de dentelle
De nombreuses araignées, au fil du temps, ont tissé un chapiteau cruel
Ce lambris ainsi orné de magnifique guirlande accueille des hôtes
Qui tantôt joueront les équilibristes, les funambules, ou trapézistes

Sur le sol poussiéreux de petites souris font des claquettes
Des chauves-souris accrochées profitent de ce spectacle très chouette
Un hibou pousse la chansonnette par l'interstice d'un volet entrecroisé
Pendant que les papillons virevoltent entre les mailles d'un filet tissé.

Dans la tour Ouest un groupe d'artiste-chats fait des vocalises
Pendant que des star-rats se préparent au combat qui électrise
Des fantômes en habit du dimanche sont venus passer un peu de temps
En attendant l'heure d'aller chatouiller les orteils de l'empereur zozotant

Bien sûr dans les autres pièces vides de ce château vivent bien d'autres créatures
Qu'il m'est interdit de mentionner ici, qui parfois me rendent visite c'est sûr
M'informant ainsi des nouveaux membres de ces chambres dites inoccupées
Et qui la nuit font vivre cet endroit avec bruits, murmures et rires étouffés.  

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A Love Song For My Husband, In French (par joye)

Love song

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Palinodies sur palimpseste (Joe Krapov)

DDS 341 barbe-bleueL’oubli du donjon

Le château s’étend tellement loin maintenant
Que le donjon se sent
Comme promis aux oubliettes ;
D’ailleurs sa porte est condamnée.
C’est là son triste sort que personne n’y entre,
Pas même sœur Anne à la tour
Mais elle en a tant dans son sac !

 

 

 

DDS 341 Didon-Enee-r1

Ce qui se passait dans la garde-robe

- Tu veux savoir le pire, Enée ?
Quand Madame à sa tour montait,
Quand ta dame était tourmentée,
Pour qu’elle cesse de dédaigner
Les joies et bonheurs de la vie,
Par bouffonnerie je vêtais
Ses habits et elle riait
Elle riait, dis donc, Didon !
Elle riait car, vois-tu,
Eh bien, ses beaux atours m’allaient.
Voilà, tu sais le pire, Enée.

 

 

 

DDS 341 verrou

Les pièces verrouillées

L’itinéraire de délestage
Vous conduit au 3e étage ;
Les gestes
Y sont lestes
Et l’âge
Plutôt volage ;
Bagatelle
Dans la dentelle
Et pourtant
- C’était tentant -
Il y a du lourd
Dans le velours !

 

Le rapport de Tartem-es-pion sur ce qui se passe aux jardins

Il paraît que les jardiniers
Chantent « Sous les palétuviers »
Nous le savons de source sûre,
Informés par Dame Serrure
Epouse Toutencarton,
Pauline de son prénom,
Concierge de son état
Qui nous chanta :
« C’est par le trou
Qu’on connaît tout ! ».

 

Ce qu’en disent les chevaux de retour

Quand le palefrenier par malheur n’est pas là
- Quelquefois il s’occupe de Lady Godiva ! -
Lady Chatterley pâlit.
Les fessiers déprimés n’aiment que l’écurie,
Prince Augias.
Il se passe au palais des choses dégoûtantes.
Appelez Hercule, au moins !
Faites cesser ce foin,
Nettoyez l’incurie,
Dont notre rapière est marrie !


Dans un salon du XIXe (étage, siècle, arrondissement ?)

Sur son divan de moleskine
Sophie, comtesse Rostopchine,
Aide le général Dourakine,
Complètement imbibé de kvas,
A organiser le complot
De la prise de Palavas-
Les-Flots
Afin de voir le bout du bout

Ils sont entourés de lumières
Et l’on rapporte
Qu’a un projet de cette sorte
Certaines lampes adhèrent

 

DDS 341 dubout

 

Réaction royale

Moi, Louis-Philippe XII, roi de France et de Pologne, je déclare ceci : la rumeur selon laquelle, en des parties reculées de mon palais, on ferait subir à mes opposants le supplice du pal, est sans fondement.

 

De la cuisine littéraire

Dans un coin du palais,
Une dame tartine
Tartine,
Tartine…

Et toi, que fais-tu d’autre, Joe Krapov ?

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Pavane pour une infante défunte (EnlumériA)

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« Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. »

Milos referma le livre qu’il était en train de lire, « La galerie des jeux » de Steven Millhauser. Ce passage lui rappelait le domaine de Pépé Ronan, son grand-père paternel, vaste demeure bretonne située à Beuzec-Cap-Sizun, non loin de Douarnenez, où il passait régulièrement les vacances d’été avec ses cousins et cousines. Pépé Ronan, grand admirateur de C.S. Lewis, avait baptisé son manoir Ker Paravel. Car il s’agissait bel et bien d’un manoir dont la multitude de pièces, de dépendances et de débarras défiait l’entendement d’un enfant de huit ans. Pépé Ronan n’occupait que le rez-de-chaussée ; c’est-à-dire une vaste cuisine pouvant accueillir une douzaine de convives, une grande chambre et un petit bureau attenant encombré des livres qui n’avaient pu trouver de place dans la bibliothèque. En été, dame Mathilde, la gouvernante, ouvrait trois des chambres du premier étage pour accueillir les cinq enfants. Les garçons dans la chambre jaune, les filles dans la chambre bleue. Le reste de la demeure, qui comportait deux étages et un grenier, était inhabité depuis des temps immémoriaux. J’entends par là, une période inconcevable pour la petite bande turbulente plus souvent occupée à jouer dans le parc qu’enfermée dans la maison. Les jours de pluie, tout ce joli monde s’adonnait à divers jeux de société dans la bibliothèque ouverte pour l’occasion.

Les années passèrent en quelques battements d’ailes. L’adolescence venue, les enfants s’envolèrent vers d’autres horizons. Et un jour de novembre, alors que Milos venait de fêter ses trente ans, Pépé Ronan, las de ce monde décevant, tira poliment sa révérence. Pour une raison mystérieuse, ce fut Milos qui hérita de Ker Paravel. Anthéa, sa mère retournée vivre à Athènes après son divorce, décréta que les velléités littéraires de Milos avaient orienté ce choix. Yannick, son père, désormais citoyen canadien, se moquait du quart comme du reste de cette décision. Milos accepta cet héritage encombrant bien décidé à le vendre dès que possible. Cependant, il décida d’y passer un dernier été avec Julia, sa jeune épouse.

La vieille Mathilde avait rendu son tablier depuis longtemps, mais sa fille avait repris le flambeau. Le métier de gouvernante était tombé en désuétude, sauf dans cette famille bretonnante où la tradition se perpétuait de mère en fille. C’est elle qui ouvrit la maison, l’aéra et la dépoussiéra en prévision de l’arrivée du jeune couple. Toutes les pièces furent ouvertes, sauf les chambres du second étage. Personne ne se souvenait où étaient les clés.

Ce soir là, Milos et Julia soupèrent d’un buffet froid déposé par le traiteur local. La jeune épouse était impressionnée par la solennité du lieu, mais un sourire d’enfant illuminait parfois son visage lorsque son regard se posait sur un détail pittoresque, un meuble tarabiscoté ou le portrait d’un aïeul crispé.

Milos se souvint que Pépé Ronan conservait un vieux chouchen dans un placard dissimulé. Ce fut là, sous une pile de serviettes de coton écru, qu’il retrouva un trousseau de clés oublié. Précisément celui ouvrant les chambres du haut.

Il faisait encore jour en ce soir d’été. Ils décidèrent d’explorer les anciennes pièces sans attendre. Un parfum d’aventure au cœur, ils montèrent quatre à quatre l’escalier et débouchèrent dans un long couloir en riant comme des fous.

La porte de la chambre du fond était entrouverte.

C’est à pas menus et timides qu’ils s’approchèrent, ne pouvant retenir quelques gloussements malgré une légère inquiétude. Qui avait ouvert cette porte ? Milos la poussa du bout des doigts. Julia ne put retenir un petit cri de surprise.

Au centre de la chambre, un grand métier à tisser se tenait campé sur ses pieds. De chaque côté, étendus comme des ailes, des fils d’argent s’épanouissaient vers les murs et le plafond. Il y eut un léger souffle d’air et aussitôt d’innombrables particules scintillantes s’éparpillèrent un peu partout. Milos siffla d’admiration. Julia lui demanda qui utilisait un métier à tisser. Une petite rumeur leur répondit. Ils firent quelques pas dans la pièce avec l’impression de pénétrer dans une boîte à couture.

— Qu’est-ce que c’est que ces choses ? On dirait des…

— C’en est ! approuva Milos. Elles ne te font pas peur ? D’habitude, tu…

— Celles-là sont différentes. Elles sont… merveilleuses. Hein ? C’est comme ça qu’on dit ?

Autour d’eux, des centaines d’araignées d’or trottinaient de-ci de-là, hésitantes et nerveuses. Puis, comme prises d’une soudaine inspiration, elles se regroupèrent pour former… – c’était à peine croyable – des mots.

— Elles écrivent, chuchota Julia.

Les araignées d’or s’étaient assemblées pour former la question :

 

« Où est notre Pénélope ? »

 

L’inscription se maintint pendant quelques secondes puis les mots se répandirent sur le plancher poussiéreux et les petites créatures remontèrent à toutes pattes vers le tissage sauf quelques-unes qui dessinèrent une flèche allant vers la chambre de droite.

Milos se souvint qu’il détenait le trousseau de clés. Il ouvrit la porte et un jaillissement ensoleillé illumina le couloir sombre.

— Il est tout de même pas loin de dix heures du soir, souligna sobrement Julia.

La pièce était meublée d’un grand lit et d’une armoire à glace. Juste à côté, il y avait une petite table de toilette portant une cuvette et un broc en émail. Un manteau d’officier était suspendu à une patère tout près de la porte. Il régnait une odeur de cuir et de tabac.

Près de la fenêtre, la silhouette d’un homme à contre-jour. Les rayons d’un soleil de midi plongeaient à travers les rideaux à demi fermés. C’était absurde.

L’homme s’approcha de ses visiteurs pour les accueillir. Il portait un uniforme désuet. Une tenue du temps de la Grande Guerre. Il était coiffé d’un béret et une croix de guerre décorait sa vareuse. Il les salua, un peu raide. Il s’exprimait avec une voix de baryton bien tempérée, un timbre d’orateur assez inhabituel pour un soldat.

— Je vous attendais. Veuillez, je vous prie, entrer dans mes humbles quartiers et vous installer confortablement.

Ils prirent place sur un canapé de velours bleu ciel, surpris et décontenancés. L’homme se présenta comme le lieutenant d’artillerie Justin Doineau, 1er corps d’armée colonial, classe 1909.

Julia remarqua sur la table de chevet une photographie sépia représentant le même canapé par un jour ensoleillé. Une jeune femme se tenait debout sur le côté. L’air rêveur, une main suspendue en l’air, comme déposée sur une invisible épaule.

L’officier garda le silence quelques instant puis il demanda où était sa Pénélope. Il répéta sa question deux fois, avec insistance. Milos bredouilla quelque chose, Julia garda le silence. Dehors, le chant d’un engoulevent égratigna le silence de la nuit naissante. Le soldat fit volte-face pour, l’instant d’après, prendre place sur le canapé de la photographie, droit et fier. Maintenant, la main de la jeune femme reposait sur son épaule.

Abasourdi, Milos décida qu’il était temps d’ouvrir la troisième chambre. Peut-être y trouveraient-ils une explication à cette comédie.

Contrairement à la chambre de l’officier, celle-ci baignait dans une lumière crépusculaire. Ils discernèrent dans la pénombre, une jeune femme assise et brodant. Elle se tourna vers ses visiteurs. Une larme coulait sur sa joue. Julia fit remarquer à Milos qu’elle ressemblait trait pour trait à la femme de la photographie.

Pourquoi m’avez-vous enfermée. Pourquoi refusez-vous de recevoir l’homme que j’aime ?

Sa voix éthérée paraissait traverser plusieurs voiles d’étoffe avant de parvenir aux oreilles des jeunes époux.

Regardez autour de vous, continua-t-elle. Regardez toutes ces tapisseries. Il faudrait une éternité pour les tisser toutes. C’est ce que m’ont paru ces longs mois de solitude. La lettre est arrivée hier, me dites-vous. Justin est tombé au Chemin des Dames et vous m’avez interdit de le revoir une dernière fois lorsqu’il s’est présenté lors sa dernière permission. Vous l’avez chassé, Père. Je vous hais !

Il fit encore plus sombre soudain. L’ombre de la jeune femme s’évapora comme à regret. Milos et Julia frissonnèrent dans l’air soudain glacial. Ils décidèrent qu’ils en avaient assez vu pour ce soir.

Après une nuit agitée, ils retournèrent à l’étage accompagnés de la gouvernante, décidés d’en avoir le cœur net. À part un vieux métier à tisser croulant sous les toiles d’araignée, ils ne trouvèrent que des chambres vides et silencieuses.

La jeune gouvernante raconta alors l’histoire qu’elle tenait de dame Mathilde, sa mère. L’étage avait été condamné par l’arrière-grand-père de Milos. La fille de celui-ci, sa grand-tante Pénélope, ayant fauté avec un jeune officier en pension au domaine, fut séquestrée pendant plusieurs mois. Elle est morte de mélancolie seulement quelques jours après avoir appris la mort de son Justin bien-aimé. Juste avant de rendre son dernier soupir, elle demanda à être enterrée auprès de lui au cimetière de Beuzec. Un ami s’était chargé de faire rapatrié la dépouille. Son père n’a pas voulu l’exaucer.

 

Milos reposa le livre sur la table et se leva pour se servir un verre de chouchen. Il se souvenait du jour où, sur l’insistance de Julia, ils s’étaient rendus au cimetière de Beuzec, blotti près de l’église. La tombe de l’officier était toujours là. Justin Doineau, 1890-1918.

Au moment de partir, Julia avait aperçut quelque chose scintillant dans les mauvaises herbes qui envahissaient la tombe. Elle se pencha et découvrit une petite broche en or… en forme d’araignée. Aujourd’hui encore, il lui arrivait de porter ce bijou insolite ; comme en hommage à cette étrange histoire.

Alors, en buvant son verre, Milos se dit qu’il tenait là un magnifique sujet de roman.

 

Évreux, 12 mars 2015

 

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LE PALAIS DE L’EMPEREUR (Lorraine)

« Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. » (1)

Vous n’y croyez pas ? J’étais sceptique, moi aussi. Un jour, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’y suis entrée.
C’était la nuit, je marchais sur des tapis brodés d’or, et les laquais que j’ai croisés ressemblaient à des ombres : ils ne m’ont pas vue. Peut-être, moi aussi, ressemblai-je à une ombre ? Mais peu importe.

J’ai marché longtemps sans pousser une seule porte. Je savais (n’est-ce pas étrange ?) qui vivait derrière chacune :empereurs, rois, princes et duchesses. Ils ne m’intéressaient pas, je cherchais un endroit abandonné depuis des siècles quand mes mains tâtonnantes dans l’obscurité soudaine ont frôle un rideau ; je m’y suis accrochée et…il s’est ouvert !

Nous étions dans un autre monde, ailleurs, dans une tourelle dont l’escalier arrondi me mena en plein bal ; celui des feux follets. Ils étaient des centaines, et leur lueur bleutée sautillait en cadence, côte à côte avec les feux follets vermillon. Quelques flammèches jaunâtres dansaient à contretemps, mais tous étaient gais et m’ayant aperçue, me firent entrer dans la ronde. Un étang somptueux renvoyait leur silhouette souriante. Un parfum de thym et de lavande m’enivrait un peu quand mon cavalier me susurra à l’oreille : « Il est temps pour vous de repartir, nous venons de passer 20 ans ensemble, continuez donc votre recherche » !

J’avais sursauté : vingt ans ? Le temps d’une valse chez les feux follets ! Je me précipitai vers le miroir : aux tempes, mes cheveux grisonnaient ! J’étais arrivée jeunette et curieuse, je me retrouvais au bord de la cinquantaine.

Vous ne m’en voudrez pas : j’ai fait demi-tour malgré mon désir de visiter la « Salle des Pas perdus » (qui, paraît-il, résonne du bruit des talons hauts et des bottes masculines, des marchés aux fleurs et des baraques foraines) et de surprendre le « Lieu des fées » où, dit-on, elles envoûtent sans baguette, d’un simple regard.

Revenue sur terre, je regretterai toujours le Palais de l’Empereur. Non pour son luxe éblouissant, mais pour le bal des Feux Follets où j’ai perdu ma jeunesse.



(1) Extrait de « La galerie des glaces » de Steven Milhauser.

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Mille Et Une bornes (Vegas sur sarthe)

Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie.
Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante.

(Extrait de "La galerie des jeux" de Steven Milhauser)

 

 

La grande salle d'audience que nombre d'ambassadeurs ont renoncé à fréquenter a perdu tout écho, au point qu'on a dû la rebaptiser Chambre Sourde.
Le visiteur imprudent n'y restera d'ailleurs pas plus de dix minutes, vite incommodé par le bruit assourdissant de ses valves cardiaques, celui du flot sanguin dans ses vaisseaux et tous les bruissements des cloportes et des araignées tissant leurs toiles au plafond.
On y entend l'inaudible, un filet d'air dans ses poumons, le bruit de ses ongles qui poussent, jusqu'au souffle du temps qui passe... sans compter les Pssst d'un gardien muet pressé de fermer.

La salle des Citations - contrairement à la Chambre Sourde - résonne et raisonne en permanence, tellement que c'en est pénible... finalement comme la Chambre Sourde.
On y entend - venant d'un juke-box à citations de 1783 - des citations célèbres comme celle de l'Empereur:”Moi, Empereur... Moi, Empereur... Moi, Empereur... Moi, Empereur...” et bien d'autres comme celle de l'Impératrice et que les spécialistes en citations traduisent par:”Range ta chambre!”.

A deux heures de marche plus loin - soit trois cent deux consoles, cinq colonnes à la Une et vingt mille niches - se dresse la grande Bibliothèque, devenue l'Hippodromus depuis qu'on en a vendu les trois cent mille ouvrages pour en faire un haras de chevaux de courses.
Dans le bruit des sabots et du souffle des naseaux fumants, on peut y voir se mesurer des Rossinante, Tornado et autres Crin-Blanc et Etalon Noir bien que les paris y soient formellement interdits.
Un disc-jockey - platiniste préposé aux électrophones - y créée une ambiance flamenca des plus torrides: salsa du démon, rumba dans l'air, tango-tango,
etcætera et bien d'autres encore.

A trois nuits de marche dans un Palais qui en compte mille et une - en suivant des yeux les deux étoiles qui forment un bout de la casserole de la Grande Ourse - on arrive naturellement et fatigué à la Porte du Levant numérotée '21'.
Un homme-sandwich portant l'inscription 'le Valet Noir' - ou Black Jack - ne laisse aucun doute sur la nature de ce lieu de perdition.
Devenu le rendez-vous incontournable des mathématiciens et de financiers véreux, le '21' encaisse chaque soir à ses tables de jeu des millions de patacas destinés à sécuriser des lieux où personne ne pénètre jamais faute de temps.

On y joue aussi au Hachi-Hachi parmentier, au Koï-Koï carpé et au Mille-Et-Une bornes, entourés de discrètes hôtesses en tenue de camouflage maki-sushi.

Quant à la salle des Gardes elle est gardée de l'extérieur par de grands chiens jaunes à gueule baveuse et qui répondent tous - quand ils en ont envie - au joli nom de Sesame.
Elle est si bien gardée qu'on n'y trouve rien à part un astronomique trousseau de clés et quelques osselets d'un antique squelette qu'il serait vain aujourd'hui de vouloir faire expertiser, le dernier expert ayant lui aussi été dévoré.

Compte-tenu de leur durée, les visites guidées du Palais ont lieu une fois par an sous la conduite du dénommé Mathusalem pour un itinéraire improbable nommé “le petit bonheur”.
Aléatoire, l'itinéraire dépend du tirage au sort des clés de l'astronomique trousseau situé dans la salle des gardes et donc sévèrement gardé.

La salle des Médecines - anciennement salle des Tortures - est spécialisée dans le traitement des morsures par chien jaune à gueule baveuse. Elle n'est ouverte qu'une fois par an, tout comme le bureau des visites guidées.
On y traite tous les mordus sans distinction au moyen de deux médications issues d'une pharmacopée ancestrale: le Placébo et le Placémoche.

 

Que dire des jardins suspendus et des parterres par terre, des bosquets massifs et des massifs tout court, des canaux et artères, des cryptes et labyrinthes, des cascades et rocailles, des allées et venues, des fontaines et des puits-c'est-tout, livrés aux caprices d'une nature envahissante et que 2512 jardiniers payés en hyène tachetée ont fui comme la peste de Justinien en 541...

alors nous n'en dirons rien.

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Participation de Venise


Pensant à sa gloire posthume  SPIELBERG avait décidé d’installer ses studios dans une aile de ce palais désaffecté. Il ne se doutait pas à l’époque que par le canal du temps, il aurait à escalader les montagnes russes du PALAIS.

Il se croyait encore un feuilletoniste, un besogneux qui tirait à la ligne pour payer son absinthe. 

A la fin de sa fin il cherchait encore et encore avec la même avidité, comme on cherche de l’or dans une carrière effondrée

Ce matin le palais était silencieux, et l’empereur s’était aventuré dans l’aile gauche du palais.

Il pensait que sa vie était mince et maigre comme la trame d’un vêtement solide mais usé.

il y a eu cet instant décisif où il aperçut Spielberg  qu’il prit pour un clodo recyclé.
Voilà quatre jours que je vis accroché comme une tique à mon mur théâtre cria SPIELBERG à son scénariste.

L’empereur  regardait ses chiffonniers   édentés qui semblaient passer leurs journées comme des mulots dans leurs  ordures.

Et pourtant ce fut la plus belle heure de lumière quand l’image d’un film jaillit au fond  de la salle et que l’empereur comprit que son palais était habité par un magicien qui pouvait faire surgir d’étranges images. 

Il était pourtant passé  ici sans les voir pendant des années une rose des vents dans la tête.

Exténué d’avoir trop été, Il savait qu’il aurait fallu plusieurs vie pour compter les tuiles de ce palais quand la cloche de bronze à l’abri d’un toit cornu et qui règle la vie du palais se mit en branle.

SPIELBERG dressa la tête et vit pour la première fois  l’empereur. Qui l’observait en silence.

Le pavillon du nuage silencieux se remplit de papillons blancs et l’empereur hurla faites ce que vous voulez mais faites bonne impression.

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Participation de Fairywen

La malédiction.

Le Palais de l’Empereur est si vaste qu’un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l’espace d’une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. Tout le monde sait qu’une pièce apparue un jour peut avoir disparu le lendemain. Ou qu’un couloir peut soudainement s’ouvrir pour mener vers une partie du Palais oubliée depuis longtemps. Et bien sûr tout le monde connaît la légende de la Princesse fantôme, la Princesse qui un jour s’est fondue dans le palais pour échapper à l’arrogant prétendant que son père voulait lui faire épouser, en des temps où la parole des femmes n’avait pas de valeur aux yeux des hommes. On dit que le jour du mariage, le mur de sa chambre s’est ouvert et l’a engloutie, et que depuis, elle erre dans le palais, présence silencieuse, mais bien réelle, terreur des hommes qui se permettent de mal traiter les femmes.

Car depuis ce jour funeste le palais tue. On dit que des chambres de torture s’y sont créées. On a retrouvé des cadavres ensanglantés. Ceux qui ont fini par revenir ne disent rien sur ce qu’ils ont vécu, mais leur comportement envers les femmes change du tout au tout.

On dit tellement de choses…

 

En tout cas c’est ce que pense l’orgueilleux jeune homme qui arpente les couloirs, sûr de lui et de son charme. Il est beau, riche, intelligent, il a les femmes à ses pieds et ne croit pas aux malédictions. Encore moins aux femmes fantômes qui disparaissent dans les murs et qui ensuite se muent en justicières vengeresses. Pour lui, tout cela n’est qu’un tissu d’élucubrations. Les cadavres sont probablement le résultat d’une rencontre avec une bande de voleurs, ce palais est si grand ! Quant aux autres, ils refusent d’avouer qu’ils se sont lamentablement perdus. Et leur changement d’attitude, bah, des racontars !

 

Malgré sa force et son courage, il pâlit lorsque le mur devant lui s’ouvre sans un bruit et que la silhouette évanescente d’une jeune fille vêtue d’une longue robe blanche apparaît devant lui…

Illustration défi 341 du samedi 7 mars 2015

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