07 mars 2015

Défi #341

Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir

toutes les pièces en l'espace d'une seule vie.

Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées

et se mettent à mener une existence étrange, indépendante.

........................

Extrait de "La galerie des jeux" de Steven Milhauser

Palais

A vous de continuer !

Envoyez votre suite à

 samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

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Au Bazar du Bizarre (par joye)

Pendant deux ou trois ans avant de me marier avec une petite veuve charmante, je vendais des curiosités au Bazar du Bizarre. J’étais aimable avec tout le monde, certes, mais de temps en temps, il y avait des clients qui méritaient une réception spéciale.  Gaston-Auguste Condé fut un tel client. Le jour où un autre client me le présenta, exigeant le secret de la richesse, je reconnus tout de suite quel service il fallait lui offrir.

Après qu’il paya, je lui priai de me suivre.

- Par là, monsieur, lui fis-je en indiquant qu’il passe par le rideau orné de perles.

Au fond de la petite pièce se trouvait ma vieille Gertrude, fidèle au juchoir.

- Bonjour ma belle, voici monsieur Condé, il cherche la richesse, peux-tu l’aider ?

Ma vieille ne nous déçut pas. Elle agita ses ailes et puis nous fit une petite aria digne d’un opéra africain. Son bec orange ouvert tout grand luisait dans l’obscurité.

- Béouk, gouah, gouah, gouah, béééé-OUK !

Quand elle termina son chant, je demandai au client de tendre la main, afin que Gertrude vienne lui révéler son secret.

- Ah non, monsieur, faudra que vous ôtiez d’abord vos gants !  ajoutai-je. Ma belle amie n’aime pas sentir du cuir sous ses talons. 

Condé m’obéit de mauvaise grâce et Gertrude vola directement de sa perche à la paume cupide tendue vers elle.

Et puis rien.

Visiblement, Condé s’irritait, mais juste avant qu’il crie à l’escroc, Gertrude lui posa, au beau milieu de sa paume, une superbe fiente gluante. Puis elle retrouva sa perche et commença à murmurer doucement dans sa langue inconnue.

- Voilà, monsieur, la fortune vous a souri ! criai-je.  C’est une merveilleuse réponse ! On y voit du gris ET du vert !  C'est exceptionnel ! Vous avez eu bien de la chance aujourd’hui, monsieur.

J'avoue que ce même rite datait du premier client recevant le service. Or, le tout premier dupé se rendit tout de suite compte qu’il pouvait, à son tour, duper quelqu’un d’autre. Condé ne faisait pas exception. En fait, son sourire étrange devint de plus en plus grand. Je savais alors qu’il serait bientôt de retour traînant une autre « victime » aveuglée par l’avidité humaine.

Le lendemain, sans faille, Condé se présenta devant la porte quelques minutes avant l’ouverture. Je vis tout de suite qu’une dame l’accompagnait. Bizarre. En principe, on arrivait avec un copain ou un collègue. Elle avait l’air d’une femme détrompée, et le regard dans ses yeux raconta toute une longue vie d’abus émotionnel. Encore une humiliation, quelle différence ? me disaient ses yeux fades.

Par pitié, j’ouvris avant l’heure, et les reçus aussi élégamment que possible. Condé paya et poussa sa femme – qu’il avait sèchement présentée  comme « Yolande » sans s’inquieter d’honorifique - vers le rideau perlé.

Gertrude ne nous déçut pas. Son aria était magnifique, sa plus belle, sans doute aucun. Même madame Yolande remarqua la beauté de ce chant et nous vîmes, Gertrude et moi, l’étincelle d’une larme sur sa joue.  Condé, lui, ne remarqua rien de la sorte, s’impatienta, et se mit à tirer la main nue de sa femme vers l’oiseau.

Alors, Gertrude abrégea et s’envola vers la dame, se posant délicatement sur cette main cruellement usée au service d’un abruti.  ­

Quand Gertrude retrouva sa perche quelques minutes plus tard, il se trouva, miraculeusement, dans la main de ma pauvre Yolande, un grand œuf resplendissant, tout en or.  La fortune, la vraie, lui avait enfin souri.

Je dis cela en toute connaissance de cause, messieurs-dames, parce que par terre se trouvait aussi la dépouille ignoble de Gaston-Auguste Condé, foudroyé par un choc inexpliquable ce matin-là au Bazar du Bizarre.

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Le bazar du bizarre (Djoe L'Indien)

Nous étions dimanche lorsque je m'arrêtais devant la porte ; un dimanche après-midi, et la ville était déserte. Pas une âme vivante, hormis les ombres dansantes de trop rares nuages épars flirtant avec le soleil. Ainsi qu'un chat aperçu furtivement quelques instants auparavant.
Il semblait y avoir de la lumière à l'intérieur mais le soleil rendait la chose difficile à voir. Avec une légère hésitation je poussais la porte et celle-ci s'ouvrit en grimaçant, le tout sur un léger couinement sorti d'outre-tombe... Je n'allais pas repartir en courant, j'ai ma fierté ! Je suis alors entré. Tout doucement. Et peut-être pas aussi rassuré que je que je tentais de paraître...

Personne pour m'accueillir, sinon un fatras inexprimable d'objets loufoques et divers : cartes postales, mobiles au plafond, jeux de cartes et amoncellements de dés, luminaires et babioles de décoration, vieilles croûtes invendables ou services à gnôle dépareillés et un rayon de poupées de porcelaine presque souriantes aux robes légèrement délavées et aux pommettes roses. Les mobiles s'agitaient sans raison apparente comme pour me suivre des yeux et il me vint à l'esprit que les rayonnages n'étaient plus disposés de la même façon qu'en entrant... Peut-être n'était-ce que le fruit de mon imagination... Mais je me souviens parfaitement de ce petit rire aigu et cristallin, alors que j'observais, perplexe, l'intérieur de l’échoppe en tournant le dos aux poupées.

J'étais persuadé que la disposition avait changé, maintenant. Ce n'était pas forcément très marqué mais j'étais bien sûr de ne pas pouvoir retrouver la sortie en reprenant mon parcours en sens inverse ! Les meubles changeaient de place ; j'en ai vu un terminer sa lente glissade au moment où je tournais la tête ! Bien sûr, devant ma mine décomposée un nouveau ricanement se fit entendre, un peu plus grinçant, un peu plus perçant, un peu plus inquiétant... Il me semblait également entendre quelques murmures, de plus en plus nombreux et qui se mettaient à tournoyer dans le magasin : "tu ne sortiras pas...", "viens dans nos bras...", "...l'éternité avec nous...", sans parler de tout ce que je ne comprenais pas mais qui ne m'avait pas l'air de bien meilleure augure !

J'essayais de retrouver la porte : ouf, elle était toujours là. Mais pris dans ma réflexion, je n'entendais pas le léger vrombissement qui s'approchait ; un vieux biplan me cogna l'arrière du crâne avant de fuir à tire-d'aile ! Une très ancienne horloge se mit à sonner les douze coups de minuit sur un rythme endiablé, accompagnée presque aussitôt par un coucou qui entrait et sortait sans cesse de son chalet suisse ! Les poupées souriaient et un tigre de bronze s'étirait en se léchant les babines, sur un meuble vermoulu qui couinait sous son poids. Là, j'ai fait "gllup"...
Je commençais alors à me faufiler entre les rayonnages dans l'espoir d'atteindre la sortie rapidement, lorsqu'un petit chiot en terre cuite, hideux au possible, me fit un croche-patte m'envoyant m'étaler de tout mon long, ma tête faisant alors connaissance avec une vieille souche surmontée d'une belle grosse hache de bûcheron aux allures presque guerrières. La chose s'annonçait périlleuse...

Apercevant une brèche je m'élançais soudain, mais une armée de petits soldats de plomb vint me couper la route tout aussitôt, et leur mine patibulaire m'incita à ne pas insister. Armés de lances et hallebardes pour partie, de longs fusils ou traînant de lourds canons pour les autres, il ne faisait aucun doute qu'ils cherchaient la bagarre : je sautais dans l'allée d'à côté ! Et même parvenait à avancer de cinq pas ! Une bouilloire à sifflet me sifflait son mécontentement mais elle n'était pas assez mobile pour me stopper. Les voix en fond chantaient : "qui entre ici jamais ne sort", "objets inanimés, nous voulons tous une âmes", "reste avec nous, nous avons plein de jeux rigolos !"... Moi je ne trouvais cela que moyennement rigolo !
Je fonçais droit devant, ralentis face à une armoire pour virer... et sa porte s'est ouverte pour me fermer la voie ! Une ribambelle de lapins en peluche s'est mise à me sauter dessus mais je réussissais tout de même à approcher de la sortie. Loin derrière, une tête de lion empaillée rugissait par-dessus les cris qui disaient "ne le laisser pas s'échapper !", "attrapez-le !". Moi, c'est la porte que j'attrapais et elle s'ouvrit en gémissant, mais finit par me laisser passer...

Dehors, la ville était déserte et immobile sous le soleil. J'ai aperçu un chat et son ombre dansante, juste avant qu'il ne cesse de sourire...

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Fermé pour cause d'inventaire à la Prévert (Joe Krapov)

Au Bazar du Bizarre, si l’on fouine au hasard, c’est fou ce qu’on dégotte !
Un buste en bronze de Bizet sculpté par Jean-François Bizot,
Le portrait de Guizot peint au couteau aiguisé par Bézu,
L’arbre généalogique du bacille imbécile qui un jour décima toute la bande à Basile, ceux-là qui bizutèrent la belle Cé-Célimène à leur bal des oiseaux,
Un coup de boule de Zidane, un coup de corne de brumes humides du BZH (Breizh), une corne de Belzébuth,
Une lettre de Balzac pour déclarer sa flamme à sa cousine bête pendant que son cousin ponce,
Une autre lettre d’Olivier Besancenot pour candidater à la présentation de Nulle Part Ailleurs (mais non, Antoine, je déconne !),
Une besace de facteur (encore Besancenot ?) sur laquelle a reposé la tête de Booz endormi (natif de Besançon, Victor Hugo en rut, lorsqu’il la découvrit en perdit ses bésicles !),
Un bison pas futé perdu dans le blizzard parce qu’il a raté la bretelle qui menait à Bazouges-La-Pérouse,
Un vieux plan de Byzance ayant appartenu à Bajazet,
De sable et d’azur le blason de Blaise de Monbazillac 2 dit le Moelleux,

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Un Mexicain basané sniffant du basilic,
Un bison ravi,
Un blues écrit par Count Basie,
Un boson né sous X dans un boxon de Buzenval,
La rive gauche du Zambèze,
Un parlement de Bretagne qui s’embrase quand on trouve son point G ou quand on lui dit un conte léger d’Anatole Le Braz (ça n’existe pas !),
La règle du jeu de zanzi que l’on joue dans le métro et aussi dans les bars de Zanzibar avec des gens zarbis aux yeux exorbités,
Un zébu qui bosse du dos, qu’un drôle de zèbre appelle the boss et qu’a peint un rapin surnommé Scapin, membre de l’école de Barbizon,
De vieux blazers et des blousons des blues brothers,
Un nœud de vipères et une folle mouche du coche ayant appartenu à Hervé Bazin,
Un uniforme de bachi-bouzouk avec le bazooka ad hoc,
Un sécateur géant pour tailler les bonzaïs balèzes,
Une paire de ciseaux pour tailler en biseau la barbe du bisaïeul,
Une bizyklette bleue pour les pays lipogrammatiques dans lesquelles la lettre « c » n’existe pas,
Un astéroïde bizarroïde en forme d’hémorroïde ovoïde,
Une photo de Marcel Bozzuffi déguisé en Bozo le clown,
Le baise-en-ville de l’évêque de Belzunce,
Un jeu de bésigue pour ceux qui vont vite en besogne dès lors qu’il s’agit de tricher,
Une virole de bec bunsen du Bas-Empire,
La partition de « La Biaiseuse » de Marie-Paule Belle « Je suis biaiseuse chez Paquin »,
La batte de base-ball de Camille Bazbaz,
Des trucs, des machins, des business
Et des bouses et des bouses et des bouses ! Jamais on en vit tant, même chez Félix le laid qui faisait de beaux meubles
Et, j’allais oublier :
Et un raton laveur !
Non, deux !

DDS 340 100770526

Au Bazar du Bizarre on bazarde le bousin qui encombrait la remise du cousin, on largue les mérins qui font chier le marin quand la mer est mauvaise.

Mais tout cela n’est rien à côté de ce qu’on trouve dans le fourbi du voisin :
« Au Gourbi du Zarbi » !

Allez ! Salut les filles ! Bisous ! Et pour vous, amitiés, mes bons amis !

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Participation d'EnlumériA


Chers défiants ! Cette semaine, je n’ai pas eu le temps d’écrire quelque chose sur le thème. Aussi, je me permets, exceptionnellement, de vous proposer un petit extrait d’un roman humoristique que j’ai sous le coude en attente d’un éditeur compréhensif. Le sujet me parait dans l’esprit du thème proposé cette semaine. J’espère que vous voudrez bien me pardonner cette petite tricherie passagère.

Extrait de : « Chroniques de Charmelune ».

On trouvait de tout chez monsieur N’dialo. Absolument tout ce qui vous passait par la tête. Une idée vous traversait l’esprit ? Comme par mégarde ? Pas de problème ! Vous pouviez être sûr et certain qu’Éléazar N’ dialo avait l’objet en stock.

Sa boutique se trouvait à l’angle du boulevard du Négoce et de la rue de l’oubliette. La rue du Négoce était l’ancienne rue commerçante de Montmorence au temps où l’église était encore orientable à merci. Lorsque l’église s’est définitivement bloquée plein sud – sous le règne de François IV le Vilain – les commerçants ont cru y voir un signe du destin. Ils se sont installés sur l’avenue Rigobert et entamé des transactions avec les Berbères et les Mauritaniens au grand dam des Espagnols qui ne voyaient pas d’un très bon œil cette nouvelle lubie.

C’est précisément par cette avenue Rigobert que Monsieur N’dialo débarqua un jour en grand équipage de colporteur multicarte. Les articles qu’il proposait avaient cette qualité particulière qui éveille dans le cœur de chacun une sorte de nostalgie bienheureuse propre à raviver les souvenirs les plus chers. Les articles de monsieur N’dialo avaient aussi l’avantage d’être plus oniriques qu’onéreux. Chaque semestre, on attendait sa venue avec l’impatience d’un enfant campé près d’un arbre de Noël. Et c’est avec de plus en plus de difficulté qu’on lui permettait de repartir. Touché par cette sollicitude, l’Africain, las des allées et venues intercontinentales, accepta de s’installer à Montmorence.

La municipalité, ravie de l’arrivée d’un nouveau contribuable, lui proposa une ancienne boucherie chevaline désaffectée qui lui convint tout à fait. Inutile de vous préciser que Dom Christobal, ignorant des opinions religieuses de l’Africain, resta sur sa réserve. Il ne voyait pas d’un très bon œil l’installation d’un possible mahométan sur sa paroisse voire d’un animiste animé d’on ne sait quelles intentions. Lorsqu’il apprit que monsieur N’dialo se déclarait agnostique, il proclama que la chose était encore pire et alla de ce pas lui faire entendre ses quatre vérités. Entendez par-là ses quatre évangiles. L’entrevue fut de courte durée. À peine s’était-il présenté que son attention fut attirée par une arme étrange suspendue à un clou. Monsieur N’dialo lui expliqua qu’il s’agissait d’un christolet, un revolver à trois coups permettant de massacrer son prochain au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. L’homme d’église, soulagé de trois cents maravédis, repartit le cœur léger et la poche lourde.

Au jour d’aujourd’hui, le buste de cheval surveille encore l’entrée de l’échoppe d’un œil suspicieux. On raconte qu’il n’hésite pas à rappeler à l’ordre un client timide ou hésitant qui n’entrerait pas dans la boutique, rien que pour jeter un coup d’œil qui n’engage à rien. À ce jour, personne n’est jamais reparti les mains vides.
À ce propos, Monsieur N’dialo avait conçu un astucieux dispositif pour chasser de votre esprit toute idée préconçue. Lorsque vous poussiez la porte du magasin, ce n’était pas le tintinnabulement délicat d’un carillon qui annonçait votre présence mais bel et bien un hennissement à vous glacer le sang. Aussitôt, le gigantesque Africain surgissait de son arrière-boutique, sourire carnassier en éclaireur, et demandait d’une voix d’airain l’objet de votre visite. Naturellement, vous aviez oublié. C’est alors qu’il vous rappelait qu’il était marchand de souvenirs et vous faisait faire le tour du magasin.
Sous vos yeux émerveillés s’étalaient des quinquennats bien lustrés, des burkinabécédaires, des cendriers de la marque Cassin, des bibelots, des bibles, des bimbeloteries nationales, des chinoiseries d’Abyssinie, des loutres empaillées et des outres sans failles, des balles au bond, des kits de bondages, des épluche-légumes en plumes d’autruche, des baies rouges du Cap-Vert, des turbans de Durban, un saxotromba d’Essaouira, un portrait de saint Frumence, apôtre d’Ethiopie, du papier d’Arménie, des gambas de Gambie, des massues massaïs, des bongos du Congo, des maracas du Maroc, des wood-blocks de Woodstock sans omettre un vieux fonds de balafons, et ça jusqu’à n’en plus finir.
Passé le premier instant de stupeur, votre regard soudain juvénile s’affolait, rebondissait de-ci, de-là, de droite à gauche et de haut en bas et soudain le miracle se produisait. L’objet de votre convoitise enfoui tout au fond de votre mémoire d’enfant surgissait, là, devant vous. Cela pouvait être un camion de pompier, un sac de billes, un nécessaire de couture, une poupée de chiffon ou encore le portrait de votre premier amour. Le boucher y avait trouvé un carnet d’adresses dans lequel étaient scrupuleusement notées les coordonnées de tous ses anciens copains de régiment. Figaro le Daim découvrit, tout au fond d’un tiroir ouvert par hasard, une paire de ciseaux soigneusement étiquetée ayant appartenu à son grand-père, barbier personnel de Napoléon III. L’attention de Maxime Ribouillard tomba subrepticement sur un manuscrit d’Olympe de Gouge. La petite marchande de bisous s’y coiffa de la perruque du chevalier d’Éon. Tournisse le charpentier ? Une baobalaïka pneumatique. On raconte aussi – mais là j’y vois une pointe d’exagération – que Claudika Dromos y récupéra au fond d’une ballerine usée un plectre ayant appartenu à un hypothétique amour de jeunesse, luthiste itinérant autant que turbulent disparu sans laisser d’adresse…

La suite ainsi que le début lorsque que ce sera publié plutôt qu’oublié. Comme quoi ça ne tient qu’à une lettre.

 

Évreux, 6 mars 2015

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Sold out (Walrus)

Bazar

 

Je suis entré dans le magasin et j'y ai acheté les deux affiches "SOLDES".

Elles étaient en effet soldées.

M'ont même établi un reçu pour solde de tout compte !

Bizarre, non ?

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Participation de JAK


L’oiseau rare     


L’hiver avait promptement confisqué l’automne pluvieux. Aussi lorsque Léon sortit de  la tortueuse  traboule,   il  vit sous les lampadaires déjà allumés, la neige tomber imperceptiblement sous le halo de la lumière blafarde. Cependant,  il la sentait bien, elle s’infiltrait dans son cou. Il releva le col de sa vieille canadienne instinctivement, et pressa le pas pour atteindre son cher  Bazar Du Bizarre.
Il fréquentait régulièrement le lieu où l’on trouvait souvent l’impossible. Mais, ce soir, par ce temps,  quelle idée impérieuse avait-il pour s’être déplacé dans le but   de trouver ce qu’il convoitait avec tant d’ardeur.
Léon, un  collectionneur-bricoleur de première, était toujours à la recherche de bidules insolites que l’on ne trouvait nulle part. Il les  collectionnait après leur avoir donner une seconde vie.
Depuis que sa femme l’avait quitté, pour un je-m’en-foutiste, un bon à rien, il avait tout son temps. Plus de reproches,  son passe temps favori l’accaparait, lui faisant perdre toute notion du temps. Peut-être  une  douceur pour compenser la solitude ? Lui même n’en avait pas conscience.
Généreux, ce dada il en faisait aussi profiter ses voisins, rendant de menus services  ...Notamment la  coquette veuve du 5ieme à qui il manquait toujours quelque chose. Elle  le guignait  avec de grands yeux reconnaissants,  mais il n’osait conclure…


Il descendit les deux marches de la boutique dont la porte était  singulièrement en contrebas. Le carillon  en bambou émit un tintement au calme exotique  qui contrebalançait l’embrouillement que l’on  entrevoyait dès l’entrée : Un véritable capharnaüm    s’offrait au regard.
Léon  habitué des lieux, loin d’être interloqué,  entreprit,  hasardeux   ses recherches. Evitant les embûches de cette pagaille effroyable  il se frayait un chemin parmi les trucs-machins-choses  hétéroclites  posés un peu partout sans aucune logique…

C’est bien  le grand rébus des rebuts  pensa-t-il en souriant.

Sortie de nulle part, une sorte de virago  surgit, la propriétaire. Le mot tenancière aurait mieux convenu vu l’état bordélique de l’antre. Son apparence insolite ne dénotait pas avec le décor. Maigre et longue à n’en plus finir avec sa souquenille, le chignon en bataille,  elle avançait vers lui traînant  ses pas sur de vieilles babouches,  un cigare de guingois à moitié consommé sur les lèvres :

« C’ quoi que vous cherchez jeune-homme ? »

Lança- t elle à Léon (qui cependant allait sur ses 50 allégrement). Mais vu l’âge plus que canonique de la daronne on comprenait le manque d’appréciation…
Léon  obnubilé par sa recherche ne prit même pas garde à cette  demande  tonnée  sur un ton   peu amène. Puis enfin, excédé  de porter un  regard infructueux  sur cet océan de merdouilles, il  précisa à la femme,  l’objet précis de sa recherche.
La vieille alors, surprise, se dérida, ce qui la rajeunit d’un coup de plusieurs décennies.


« Vous aussi vous en cherchez Une ?»,


 dit-elle en se désopilant  à Léon  ébaudi qui leva un sourcil surpris interrogateur


« Bizarre cette coïncidence !, En  70 ans de commerce  jamais on ne m’en a demandé ! Mais pas plus tard que tantôt, une jeune personne, une veuve d’environ 50 ans (pour elle tout le monde était  jeune) est venu en quérir une. »
« Pour ma part je n’en ai jamais vu,   ni même imaginé »


Et elle enchaina :


« Et pour trouver ça ici, il faut vraiment être désespéré !
Mais mon p’tit c’est comme si vous me demandiez de vous dénicher l’oiseau rare !
Ah ! Ça  oui,  trouver la clé qui ouvre la porte du bonheur c’est bien incongru dans un bazar! »


Léon acquiesça   mollement, et  reparti  bredouille mais, mais tout ragaillardi dans sa tête, car il avait sa petite idée……
Et c’est direct qu’il monterait au 5° en arrivant chez lui, sans même attendre l’ascenseur.

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Participation de Lilou

 

-          « Je vous assure cher cousin que vous avez dit bizarre, bizarre »

Moi ! J’ai dit « bizarre » non ouvre tes esgourdes ! J’ai dit « Quel bazar !

C’était un drôle de commerce comme je n’en avais jamais vu depuis mon retour du Kirghizistan.

On trouve de tout, de l’ancêtre de la pince à linge au préservatif moderne. Il y règne une odeur indéfinissable de savon de Marseille mâtinée de saucisson à l’ail. On trouve de tout même l’introuvable… J’ai déniché avec une joie intense, un très vieux vynil en 78 tours de Fred Goin dont ma tante était coiffée et qui à chaque rencontre nous gratifiait «  d’un vieux village dans la vallée, où le vieux clocher… », ma mémoire fait un peu défaut, je l’avoue. Pas besoin de saphir pour le pick-up à cornet ;  une simple épine de cactus fait l’affaire ! Mais le pire ou le mieux, j’ai découvert au fond d’une caisse un livre sur Louis Jouvet !

Vous ne me croyez pas ? Vous avez tort et raison à la fois ;  ce magasin très achalandé, très prisé et fort bien approvisionné au demeurant, c’est à la fois le bazar à cent sous de ma grand-mère et le moderne drugstore… Et il existe, il suffit de bien le chercher. Bizarre bazar, bazar bizarre !

 

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Participation de bongopinot


Devant ce drôle de magasin
C’est enfin les super soldes
Les adultes et les chérubins
Découvrent des étals bizarroïdes

Faits de briques et de broques
Un endroit de bazar bizarre
Où se côtoient ustensiles loufoques
Avec de très beaux livres d'art

Des fruits bien mûrs, des épices
Des meubles tout biscornus
Des tissus brodés de fleurs de lys
Des peintures et tableaux d'inconnus

J'y suis entrée un après-midi de tristesse
Pour flâner sans nul besoin d'acheter
Et en un instant ce fut un voyage d’allégresse
Un vrai cours de géographie autour d'un bon café

Des rencontres fortuites avec différentes cultures
Des langues qui raisonnent comme des rayons de soleil
Toutes mes angoisses grâce à cette belle aventure
Se sont évanouies, un endroit agréable que je conseille

Je suis rentrée dans cet endroit et j'ai choisi
Simplement de vous raconter cette belle histoire
De rencontres humaines, de petits moments de joie, de vie
Un lieu à noter très vite dans vos répertoires
 

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