31 janvier 2015

Improbable rencontre (Emma)

Je le reconnais, c'est un caprice, une folie, (tout mon livret A y est passé), mais aussitôt que je l'ai vue enfin en vente sur le site Ming-geek, j'ai illico, pour pouvoir l'acquérir, renoncé sans barguigner à l'imprimante 3 D que je convoitais depuis 2 ans.
Enfin ! Enfin la machine à écrire ! à écrire toute seule veux-je dire ! Une aubaine pour qui commence à avoir du mal à se renouveler sur les sites d'écriture !
Un principe tout simple ! Basé sur 2 constats :

1 plus personne n'a le temps de lire, vive le simple et le concis.
2 le langage courant n'utilise qu'environ 600 mots, fastoche à enrouler dans un algorithme, à ce qu'il paraît. Lequel se déroule pour générer des textes.

Je l'ai reçu hier, mon robot écrivain*, et j'ai déchiré les cartons avec fébrilité.

La machine elle-même est un peu voyante, avec une notice en 122 langues volumineuse bien qu’écrite en police 5 sur papier bible.

em01

Design un peu vintage, je trouve, avec sur le ventre une petite gueule plate d'imprimante A5, et au dos un écran tactile offrant des options genre machine à café (long, court…) et synthé (rythme, ambiances, violons, romance, gore…).
D'autres plus techniques : nombre (de mots, signes, espaces), et genre (météo -météo ?-, sonnet, nouvelle, pub… Et 48 sortes de haïkus).

Il y a aussi, et c'est ce qui m'a séduite, une fonction joker dans laquelle on peut taper les mots qu'on veut, carrément.
J'ai choisi mon titre : "Improbable rencontre", et dans la catégorie "romance courte ", (moins de 150 mots), j'ai choisi au pif les options

Couleur : gris ardoise
Bruit : cornemuse
Décor : pont
Ambiance : frisson

Go !
10 secondes plus tard, voilà ce que la machine m'a recraché par sa petite gueule ventrale :


Terre brûlée au vent des landes de pierre, devant le loch couleur de schiste tendre et feuilleté, gris ou noir, utilisé pour les toits, gisait (gisait.?) un château délabré où, tandis qu'en contre-bas, sur le pont-levis, la cornemuse d'un jardinier mélancolique déchirait le soir et nos tympans sur un rythme obsédant, je me pelotonnais sous un rêche tartan - faute de chauffage moderne - contre Lord Angus Mc Donald, 12e du nom, propriétaire du lieu et guide bilingue en haute saison, tarifs sur demande.
Un frisson me parcourut, que je reliai tout d'abord à des tentatives de digestion de la panse de brebis farcie à peine décongelée que nous avions eue au dîner, mais Angus me rassura :
"Ce n'est que le fantôme de mon oncle Archibald qui effectue sa ronde".

Je restai perplexe.

Ce n'est pas avec ça, pensai-je amèrement, que je vais gagner le remboursement de mes frais d'inscription au concours de nouvelles de l'écho du Bas Poitou.

Dire qu'avec l'imprimante 3D j'aurais pu reproduire à l'infini mon porte-clés Schrek !!!!

De toute évidence la machine algorithmique communiquait sournoisement avec YouTube et Google, ce que j'aurais pu faire toute seule sans écluser mon livret A…
C'est décidé, demain je mets la machine-à-écrire-toute-seule sur le bon coin.
Mais avant je vais lui proposer des jokers bien pourris "samovar, gourgandine, limule, et…ectropion".


Non mais !
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 *http://www.leblogducommunicant2-0.com/2014/07/26/journalisme-algorithme-laurent-delahousse-est-il-condamne-a-etre-remplace-par-un-robot/

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L’IMPROBABLE RENCONTRE (Lorraine)

Ma sœur et moi visitions le Kenya par désoeuvrement de femmes riches qui s’ennuient. Un goût un peu morbide pour les animaux sauvages et l’amour du soleil nous y avaient certes, aussi incitées.

Les espaces immenses, le langage inconnu faisaient partie de notre caprice, mais j’avoue que seule, je n’aurais pas entrepris ce voyage préférant lire à l’ombre et admirer les couleurs changeantes d’un lointain horizon.

Bref, nous y étions. Et si depuis le pont j’avais admiré les immenses plaines qui se rapprochaient, le rythme des pagayeurs balancés par les flots,  je fus néanmoins contente de trouver dans le palais qui nous accueillait le silence si doux après les bruits divers de la traversée.  Ma sœur, plus intrépide, était déjà partie dans les fastueux jardins. Je ne la revis que le lendemain matin, après une nuit sereine.

Mais, dès que je la vis, quelque chose se déchira en moi : elle me réservait une de ces surprises dont elle était coutumière. Je sentis mon cœur se serrer : elle rayonnait !...

« Je l’ai trouvé », murmura-t-elle dans un frisson » c’es lui, rien ne me fera jamais changer d’avis…

Rien, en effet, je la connaissais trop. Elle eut un geste mutin, et soulevant la portière fit entrer le plus bel homme qu’aucune rencontre improbable ne m’avait permis d’espérer. Le teint brun, les yeux vert Nil, le corps athlétique et bronzé, un tout petit pagne…Il inclina le buste en un salut gracieux, et se tourna amoureusement vers ma sœur.

Voilà pourquoi je continue à voyager, mais seule.  Ma sœur est restée au Kenya. Elle est heureuse. Elle s’est initiée à l’élevage du gnou bleu. Elle a épousé le gardien du troupeau. L’élevage est très prospère.

 

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Mignonne, allons voir si la rose (Vegas sur sarthe)

Cette chansonnette entêtante me revenait parfois, une de ces choses qu'on écrivait jadis avec mes potes sur un coin de table et qu'on fredonnait aux filles, à la récré?
Quand on allait chez Natacha
on séchait le cours de géo
pour folâtrer avec son chat,
on découvrait la spéléo”.
Nos après-cours de géo étaient si loin et bien loin les frissons avec cette Natacha.
.
Marguerite n'est pas du matin et comme elle lit tous les soirs au lit, je reconnais que ça laisse peu d'espace pour la bagatelle.
Je ne sais pas ce qu'elle trouve de particulier à ce Ronsard mais elle en a plein la bouche, alors forcément elle n'a plus faim. De plus c'est un langage d'un autre âge: “Mignonne, allons voir si la rose... bla bla bla... A point perdu ceste vesprée!”.
Pas facile de lutter contre un poète qui cause pas comme vous et moi.
J'ai quand même cherché 'vesprée' dans un dico et ça disait: “Nom désuet signifiant la fin de la journée lorsqu'il subsiste encore un peu de lumière, entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit”.
Personnellement, entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit je trouve qu'il y a assez de place pour la bagatelle.
.
S'il lui vient parfois comme un caprice, c'est en catimini qu'elle consent au grand frisson et en prenant bien soin de ne pas déchirer son ouvrage (je parle du bouquin).
Elle ne s'effeuille pas Marguerite, elle se découvre. Elle ne gémit pas Marguerite, non, elle déclame!
Je me suis longtemps posé la question de l'utilité d'un marque-page jusqu'à ce que je me mette en ménage avec Marguerite, même si les risques de perdre la page sont rarissimes...
Faut dire que je suis également du matin.
Ce n'est pas une question de rythme biologique, c'est comme ça depuis ma naissance: le matin j'ai besoin de lumière, de m'étirer, de siroter ou de téter quelque chose, j'ai envie de manger mais j'ai d'abord envie d'un ventre chaud. Alors je hisse les couleurs à la gloire d'une journée qui pourrait éventuellement s'annoncer belle.
.
Ce matin - tout comme ce jour triste embarrassé derrière les persiennes - j'étais en berne... alors je me suis habillé sans bruit et je suis sorti.
Sans calcul j'ai marché vers la rivière qu'une crue soudaine avait la veille transformée en torrent impétueux. Comme j'atteignais le petit pont de pierre, je l'ai reconnue - silhouette improbable - penchée au dessus de l'eau, celle qui m'avait éduqué à la spéléo, celle que je chantais en rigolant à la récré... Natacha!
Elle s'est redressée un peu et m'a souri d'un sourire las que je ne lui connaissais pas. A quoi bon parler, le tumulte était à la fois sous nos pieds et dans cette rencontre impromptue, dans ce contact furtif de deux mains oubliées et dans son étrange regard aux prunelles délavées.
J'ai cru entendre Marguerite: ”Elle a dessus la place Las ! Las ses beautez laissé cheoir !”
On se foutait bien de Ronsard. Elle et moi, on a passé le pont...

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L'arbre (Fairywen)

 

L’Arbre.

 

Aujourd’hui je vais vous raconter une histoire vraie. Une histoire que j’ai vécue quand j’étais une petite fille. Pas avec mon langage de petite fille, certes, mais en retrouvant les sentiments que j’avais éprouvés à l’époque.

Je venais de traverser le petit pont de bois pour aller lire perchée dans mon arbre préféré lorsque, par un caprice qu’aujourd’hui encore je ne saurais expliquer, j’ai décidé de changer d’endroit et d’aller vers la clairière, pour y lire au pied d’un chêne où venaient souvent marauder des écureuils. Dans le secret de mon cœur, je me disais que, si je ne faisais pas de bruit, ils viendraient peut-être jouer autour de moi. J‘avançais sur le chemin au rythme de la chanson que je fredonnais dans ma tête, et ne tardais pas à arriver à destination.

Et c’est alors que je vis la chose la plus extraordinaire qui soit… Devant moi, le tronc d’un arbre était ouvert en deux. Un immense espace séparait les deux moitiés du tronc, et dans cet espace brillaient toutes sortes de couleurs de bleus. Je me suis approchée avec un frisson, en prenant garde à ne pas déchirer ma robe sur les ronces.

Le spectacle était tout simplement magnifique… Des poissons nageaient dans l’eau claire entre les deux morceaux du tronc de l’arbre, allant et venant au-dessus d’un paysage sous-marin d’une rare beauté. Parfois la nageoire de l’un d’eux crevait la surface liquide en suspension, et quelques gouttes salées m’éclaboussaient. Je n’ai jamais su combien de temps j’étais restée là, à regarder le merveilleux spectacle. Et puis, tout doucement, le tronc s’est refermé et je suis allée m’asseoir sous mon chêne.

Je n’ai pas lu, ce jour-là, mais j’ai rêvé. Et comme je ne bougeais pas du tout, les écureuils sont venus.

 

Improbable, mon histoire ? Vous en êtes sûr, jeune homme ? Regardez donc là-bas, sur mon étagère… Oui, là-bas ! Vous voyez ce coquillage ? Je l’ai ramassé ce jour-là dans la forêt, au pied de l’arbre magique. Et ne me regardez pas avec cet air indulgent, je vous prie. Je suis peut-être une vieille dame, mais j’ai encore toute ma tête, et je sais bien ce que j’ai vu ce jour-là dans la forêt.

 

Pensif, le jeune homme sortit de la chambre de la vieille dame. Bien sûr, il ne croyait pas un mot de son histoire, bien qu’elle soit très jolie. Il ne remarqua pas qu’à son tour il traversait le petit pont de bois et suivait le chemin vers la clairière. Ce ne fut que lorsqu’il arriva devant l’Arbre qu’il se demanda quel caprice du destin l’avait conduit là, au moment précis où le tronc s’ouvrait devant lui.

Ce qu’il vit ? Nul ne le sut jamais, sauf peut-être les écureuils, qui confièrent au vent qu’il était entré dans l’espace entre les deux moitiés du tronc et n’en était jamais ressorti. Le vent, à son tour, rapporta l’histoire à la vieille dame, qui sourit en silence et reprit son livre.

 

Improbable, mon histoire ? Vous êtes sûrs… ?Auriez-vous le courage de franchir le petit pont de bois et d’aller jusqu’à la clairière où se trouve l’Arbre… ?

Défi 335 du samedi 24 janvier 2015

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Les beaux dégâts (Pascal)

Moi, je connais une sirène, une belle-de-jour, qui n’a jamais écouté une seule de mes chansons de troubadour !... Pourtant, je me suis appliqué ! Je lui ai lancé mes meilleures trames énamourées, en bouquets de fleurs, en symphonies forcément inachevées, en mille tableaux bariolés et insensés !... J’avais, préparés dans ma manche, des cargaisons de compliments, des enfilades de galanteries, des trains d’enguirlandements pour le seul maquillage de son ego.

Jamais elle n’a voulu s’échouer un moment sur mon avenant rocher, cette insaisissable sirène !... Pourtant, j’avais commandé au soleilses meilleurs rayons réchauffants, ses guirlandes de miroitements, ses myriades de scintillements, là, tout autour sur la mer de mes embrasements !... Dans son espace, tout était en place !... Jamais la magie de l’Amour n’a opéré,  jamais elle n’a succombé à mes pièges, à mes arpèges, à mon siège. Je me suis ajusté à son diapason !... J’ai renié mes amis, mes enfants, ma santé, mes parents, mes vérités, mes fondements !... J’étais hypocrite, menteur, fabulateur !... J’étais un zombi au service de ses maigres sourires moqueurs !...

Pour mes desseins d’écolier amoureux, je voulais être un arlequin, une marionnette en couleur, un pantin ; je voulais satisfaire le moindre de ses besoins !... Je pouvais lui décrocher toutes les lunes passantes, j’aurais semé des étoiles nouvelles pour égayer ses nuits de dentelle, j’aurais créé d’autres figures astrales, beaucoup plus partiales, pour aiguiser nos ailes !...

Jamais elle ne m’a regardé, cette sorcière. Pourtant, sans être beau, je nesuispas laid. Tel un Don Quichotte, je pouvaistout aussi bien être le fou de cette reine, son poétereau attitré, le chevalier de ses joutes, le gardien de son mouchoir, le déboucheur de ses chiottes !... Je voulais être le blé de sa prairie, le vent de son moulin, la farine de son futur, le pain de sa faim !... Jamais elle ne m’a écouté. J’ai cru qu’elle était sourde !... Jamais elle ne m’a parlé ; elle a perdu sa langue… Jamais elle ne m’a lu, elle ne sait pas lire. Sans doute, je ne voulais pas l’ouïr… J’ai présumé qu’elle était définitivement sourde, muette, aveugle !... J’avais de la peine de la savoir si handicapée...

Quand je crois l’avoir oubliée, quand elle s’est diluée dans le Temps guérisseur, elle me saute à la figure avec des souvenirs extraordinaires qui n’ont jamais eu lieu !... Cette réalité chimérique m’occupe plus que de raison. C’est inéluctable : je deviens fou. Je sais tout d’elle, même le pire, et cela m’est égal !... Je la prends comme elle est !... J’apprendrai son langage, j’embellirai ses qualités, ses défauts seront mes flambeaux, je ne cueillerai que ses meilleurs fruits, j’avalerais ses noyaux !...

Le matin, c’était la bête accolade, ces bises de mascarade pour des retrouvailles de camarades !... Jamais je n’ai pu la charmer. Elle est hermétique aux sensations. C’est une pierre sans ricochet dans la rivière de sa vie. Son électro-cardiogramme est affreusement plat !... D’elle, je ne subodore pas la plus petite réactionau moindre coucher de soleil, à l’arc-en-ciel, à la perle de rosée, à la chrysalide des bourgeons printaniers !... Quand elle a des frissons : c’est qu’elle a froid !... Quand elle pleure : c’est qu’elle est contrariée d’un caprice !... Quand elle rit : c’est qu’elle se moque !... Quand la mer se déchire, elle n’entend que le bruit. Cette sirène amorphe ignore tout du rythme effréné des plaintes de mes vagues à l’âme !... Du soleil, elle n’espère que le bronzage ; de l’encre, elle ne voit que des tatouages ; de l’argent, elle ne voit que les avantages !...

Tout mon or ne pourrait la combler. Si elle aimel’apparat, les fastes, les habits de luxe, les parfums onéreux, elle ne sait rien de la vraie Lumière. Elle est vraiment aveugle. Elle est insensible ! Pire : je ne lui plais pas !... Je n’ai pas la clé de son cœur et cela me désole d’une grandeur de camisole. Pendant des siècles, je pourrai me taper la tête contre ses barricades : jamais elle n’entrouvrira une fenêtre de sa palissade.

Un jour, je voudrais être un serrurier pour forcer son cadenas ; un autre, je voudrais être le dompteur des planètes pour subjuguer son signe du zodiaque ; le suivant, un preux chevalier montant à son créneau et le suivant : le patineur forcené de ses bottines dorées !... Je voudrais trouver le magasin de poudre aux yeux !... Je lui en jetterais plein la figure !... Je voudrais être un soleil pour l’éblouir, une pluie pour la faire grandir, un champ de fleurs pour l’enivrer, une musique pour la bercer, une caresse pour la faire vibrer !... Je voudrais être un grand sommelier pour faire pétiller la Lumière dans ses regards ! Je crierais : champagne ! à chaque repas en sa compagnie !... J’aurais des audaces de courtisan et des prières de manant ; j’aurais des prévenances d’amant et des requêtes d’assiégeant !...  

Mais imprenable, elle est invertébrée !... C’est un serpent qui siffle ses silences sur un pommier sans pommes !... J’ai faim d’elle !... Je veux ses pépins, ceux semés en force dans mes pensées insatiables, je veux son goût pour seule source véritable, sa chair comme seule nourriture désirable, ses bras emprisonnants comme des branches toujours en fleurs impérissables !... Cette diablesse, elle est l’oiseau rare, l’immaculée conception de mes hardiesses…  

J’ai usé toutes mes forces, je suis fané. Aujourd’hui, je suis exsangue, je suis déjà mort ; je suis comme une statue de square qui ne voit jamais le soleil et mon ombre s’ennuie dans cet immobilisme de carte vermeil. Les bras ballants, l’âme en perdition, l’avenir en désespoir, j’erre dans cette vie morose. Au fond de mon cachot, je cris encore que je l’aime. Aujourd’hui, à l’exécution capitale, je dis feu ; à sa féroce foudre, je dis : tout m’est égal. A la guillotine, j’aiguise la lame ; à la branche du seringat, j’espère le bon nœud. Du pont des Désespérés, je languis la noyade ; de la balle, j’estime… les beaux dégâts…

 

Moi, je connais une belle sirène…

 

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24 janvier 2015

Défi #335

Pour ce nouveau défi

 dix mots vous sont proposés :

Espace - Bruit - Frisson - Rythme

- Couleurs- Langage- Caprice - Lire -

Déchirer - Pont

à utiliser dans l'ordre que vous désirez

pour nous raconter une

rencontre improbable!

 

MOTS

A vos plumes !!!

Nous attendons vos trouvailles à

samedidefi@gmail.com 

A tout bientôt !

 

 

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la molécule de l'oubli (Pivoine)

« Quel était votre visage avant que votre père et votre mère se fussent rencontrés ? »

KOAN ZEN, cité par Marguerite Yourcenar, dans « Souvenirs pieux ».

 

Impossible de me souvenir de la cellule apparue alentour de Noël 1956. De deux cellules. Encore moins de l'autre cellule. De leurs bagages respectifs. De la rencontre. Involontaire. Du long voyage dans les tunnels obscurs, de l'arrimage, d'une « activité cardiaque », d'abord et avant tout. Coeur qui s'arrêtera un jour de battre, après avoir donné naissance à un autre coeur qui bat. 

Impossible de me souvenir du début de la vie. Impossible d'augurer de la fin de la vie. Je ne connais que le présent.

Je ne me souviens pas de la salle d'hôpital où je suis née

Je ne me souviens pas des cris qui remplissent l'atmosphère et des vêtements aseptisés du médecin de la sage femme des infirmières.

Je ne me souviens pas de ce que j'ai pu ressentir quand ma tête est apparue dans ce monde de bruit et de fureur

(Mais je me souviens de l'époque où j'ai lu ce livre).

Je ne me souviens pas de mes dernières heures de tranquillité, même si je puis les imaginer quand je me réfugie au fond de mon lit, couvertures sur la tête, avec juste un petit espace frais pour la respiration. Je ne me souviens pas de cette chaleur, mais je sais que j'aime cette chaleur et que j'en ai besoin. 

Et que je l'ai parfois retrouvée au creux d'une épaule.

Et je glissais alors, doucement, dans le sommeil le plus lumineux de la vie.

Je ne me souviens pas de ce moment de combat, pour venir au jour - même si c'était la nuit, je ne me souviens de rien, comme c'est normal. J'ai tout vécu, nous avons tout vécu, sans savoir, sans comprendre, et nos yeux fermés s'ouvraient au monde. De quelle couleur étaient nos yeux ? La femme aux cheveux verts avait-elle des prunelles vertes et cette lumière insondable, venue des profondeurs? 

Quelles fées se penchaient donc sur ce berceau? 

Je ne me souviens pas des paroles anxieuses de ma mère, "Docteur, est-elle viable?"

Je ne me souviens pas de ma grand-mère, qui avait l'âge que j'ai aujourd'hui, et qui est venue me voir.

Ni du froid de la première nuit, ni des paroles rassurantes et douces ni d'un doigt, sur mon front. Je ne me souviens pas de la chambre déserte ni du berceau ni du biberon oublié ni d'avoir souri aux anges ni des rangées de langes propres séchant dans le jardin.

Je ne me souviens pas du premier hiver ni de l'Expo 58 ni des trams 1, 2, 3 et 4, ni du premier anniversaire ni des biberons ni du lait acide que j'aimais, paraît-il, je ne me souviens pas des chansons de ma mère ni de ses larmes ni de ce que je pouvais ressentir, en contemplant sa chambre.

Ni même des pots de confiture qui moisissaient lentement, sur la cheminée.

Cet inconnu commun à toute l'humanité s'arrête pour moi au moment où, malade, l'on m'a conduite dans un hôpital, pour y être soignée. Au moment où dans un lit blanc, en face d'une haute fenêtre de l'hôpital d'Ixelles, j'avais trois compagnes de chambre et un jus d'orange pour goûter.

L'inconnu s'achève au moment où le taxi, une Mercedes, me ramène à la maison, où il gare devant la maison, je sais que c'est ma maison, je me tranquillise, je suis chez moi.

Et j'oublie tout... A nouveau. Jusqu'à bientôt.

Et pourtant, j'ai une vie, une plume, un éternel roman, dans la tête et une chanson et un jardin, et même l'avenue Louise, pour me souvenir... 

pi01

 

Bruxelles, avenue Louise, 11 juillet 1957 (c) J. Dallons

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OUBLIS (JAK)

Depuis quelque temps Memny avait des oublis continuels (de mémoire)   -Je précise, car je vous vois sourire-.

Ses clés disparaissaient régulièrement, sa brosse à cheveux  se retrouvait dans le frigo,  les factures et autres paperasses,  n’étaient jamais au bon  endroit…

 Un grand désarroi s’emparait d’elle..

 Quoi, elle la championne de QPUNC, la belle sportive sexagénaire  qui prenait si soin de sa santé, serait-elle attente d’un début d’ALZ ????

L’HIER se cachait sournoisement. Elle ne savait plus ce qu’elle y avait fait ou dit. Alors,  s’il fallait remonter plus haut, c’était le vide sidéral.

Elle consulta son médecin, fit des tests neuropsychologiques..

 Conclusion, c’était passager. Une simple fatigue psychique -son cerveau ne pouvait plus fournir un effort de concentration-, ajoutée à un  surmenage  physique de retraitée surbookée.

Une prescription de complément vitaminique remettrait tout dans l’ordre.

Un mois passa. Aucune amélioration.

Entre deux absences de mémoire, elle décida de prendre les choses en mains.

Elle ne stressa  plus, ne paniqua plus lorsqu’un incident fâcheux arrivait consécutif à ses oublis, elle accepta cette nouvelle façon d’être.

En résumé elle prit le partie d’oublier qu’elle avait des oublis.

Et ma foi, elle y arriva bien.

Depuis elle applique cette maxime :

« Les deux grands secrets du bonheur : le plaisir et l'oubli. »

(Alfred de Musset)

 

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pilules de l'oubli par bongopinot

 

bo01

 

 

Une pilule de l’oubli

Pour tout effacer

Tout bien gommer

Les images de l’esprit

 

Molécule de l’oubli

Balayer le stockage

Posé sur l’étalage

Des souvenirs vieillis

 

Vivre sans oubli

N’est pas chose aisée

Douleurs du passées

Aime les amnésies

 

J'accepte les oublis

Mais garde ma mémoire

le mauvais si dérisoire

le bon qui éblouit et réjouit

 

Je ne prendrai pas cette molécule

je veux garder intactes mes souvenirs

même les moins jolis et les pires

Qui ont permis que ma vie s'articule.

 

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