Miroir,oh mon beau miroir!

Qu’elle est donc cette vieille femme qui me scrute de son regard sombre et triste?

Les cernes sont soulignées par le Rimmel ,qui n’a pas résisté au rythme effréné de cette fin de matinée.

Mon visage au teint olive semble suspendu dans les profondeurs du miroir.

Sur mon front, je repousse une mèche blonde qui tente de s’échapper de mon chignon.

Une ébauche de sourire s’élance sur mes lèvres fines,comme si personne ne pouvait résister à l’emprise de ce grand réfléchisseur.

Sa tendre complaisance à mon égard efface en un instant toute mélancolie.

Quel ami sincère!Usant de son empathie,il se penche sur nos vies,reflète nos états d’âmes pour révéler nôtre inconscient à celui qui veut bien voir.

Derrière moi,une voix impatiente s’élève: «Mais enfin Maryléne,que faîtes-vous?»

Je fais un clin d’oeil à mon complice,et m’en retourne auprès de Blanche.

J’observe la carnation pâle de son joli minois,encadré par ses longs cheveux bruns,ses yeux noisettes m’interrogent.: «Si vous ne vous pressez pas ,m’implora-t-elle,je vais être en retard à ma séance!»

«Allons,la rassurais-je,vous avez rendez-vous à onze heure,nous avons le temps il n’est que dix heure.»

Elle haussa les épaules et pivota sur le bord de son lit,ses longues jambes nerveuses pendaient mollement.

Je me saisis de sa paire de baskets et la chaussait rapidement.

Elle se leva,dépliant son long et frêle corps,liane vacillante que je soutenais fermement.

Je l’accompagnais dans la salle de bain,pour elle, chaque pas est une épreuve d’équilibriste.

Elle s’assied face au miroir et mesure le chemin parcouru.

Ses mains fines se tendent vers ce destin perturbé,ses doigts s’immiscent dans le creux de la cicatrice qui orne sa tempe droite,sous la peau du crâne semble battre un coeur,fragile sans sa carapace osseuse.

Son apparence a tellement changé,ses petits anges oseront-ils l’enlacer,l’embrasser?

Calmement elle attrape sa brosse à cheveux.

Tenter un geste rationnel pour appréhender l’irrationnel.

Je pose une main amicale sur son épaule,je suis très impressionnée par son courage.

«Vous êtes une femme magnifique Blanche!»Murmurais-je.

Miroir,oh mon beau miroir,vous êtes donc cette femme qui veille sur moi!