Miroir, mon beau miroir

Je te hais,  oui je te hais !!!!

Toi mon compagnon de tous les jours, et même de tous les instants, aujourd’hui je te hais ! Oui je te hais.

Tu oses me demander pourquoi ! Tu as un culot phénoménal de te présenter à moi comme cela ce matin….

Mais revenons en arrière d’une cinquantaine d’année. C’est trop ! Alors disons quarante-cinq ans. Je t’ai rencontré et, pour la première fois on me rendait ce que je montrais avec une fidélité exemplaire. Tu étais indéfectible ; chaque jour je te posais la même question : suis-je belle et la plus belle ? Oui me répondais-tu, tu es la plus belle. Tu prenais soin de moi comme je prenais soin de toi ; oui bien sûr tu n’aimais pas que je t’asperge de détergent, ta vue se brouillait mais c’était pour mieux te contempler mon cher miroir. Tu me disais que j’avais une mèche de cheveux de travers, tu me consolais quand je pleurais avec des mots parfois durs : attention tu as les yeux gonflés et rouges. Tu me raillais quand le maquillage était un peu trop accentué avec des couleurs de caméléon et tu te souviens encore de cette horrible robe que ma mère avait voulu me faire porter pour le bal des anciennes de l’école. Quel fou rire !

Puis, je me mis à t’emmener partout. Tu étais dans mon sac et cela me rassurait ; fallait bien repoudrer le nez et remettre un peu de rouge pour donner bonne mine.

Une fois cependant tu m’as dit : « tu toujours aussi  belle mais attention, trois belles jeunes filles qui te ressemblent, te rattrapent et bientôt tu seras coiffée sur le poteau d’arrivée ». Je n’étais pas jalouse, elles étaient un peu moi les demoiselles.

Et puis le temps inexorable  passait et plus il temps passait plus tu devenais grognon. Tu te mis à faire grise mine. Je t’ai demandé si c’était mes ridules qui te gênaient. Tu m’as bredouillé une réponse comme on fait une pirouette et je me suis mise à chanter : Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! Tout en me tartinant de sérums de jeunesse et de crème anti rides, d’antis radicaux libres, d’anti vieillissement de jour et de nuit.

Rien n’y fit et aujourd’hui, je te découvre aussi craquelé qu’un tableau de Bruegel !

Miroir, je te hais, hélas tu ne peux rien contre la fuite du temps, mais tu réfléchis bien !